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                            Malevitch, Suprématisme 1915
 

Un vote important a eu lieu le vendredi 4 décembre 2015 à l’Assemblée nationale, dans le cadre du projet de loi de finances rectificative. Les députés se sont prononcés sur un amendement qui introduit un reporting public pays par pays pour les entreprises multinationales. Il s’agissait de rendre public un certain nombre d’informations sur les activités des multinationales dans les différents pays où elles opèrent: chiffre d’affaire, effectifs employés, masse salariale, profits réalisés, montant des impôts payés ou pas, etc. Le Gouvernement français, PS, farouchement opposé à cet amendement et soumis aux lobbies financiers, n'a pas pu obtenir cette fois-ci une majorité contre cet amendement malgré tout le travail des libéraux du gouvernement, dont le 1er Ministre Valls et le technocrate non-élu Macron. Le Sénat doit se prononcer dans une semaine. Et bien comme tout le monde pouvait se l'imaginer, le Parlement, soumis au Gouvernement Vals/Macron et aux lobbies financiers, vient lui-même de se dédire et de voter définitivement contre l'amendement du "reporting public" le 16 décembre 2015. Rien n'a été compris du message envoyé lors des élections régionales. "La guerre civile" comme dit le 1er Ministre? Elle viendra mais c'est du côté du PS qu'elle arrivera et une telle inspiration sémantique ne peut émaner que de quelqu'un qui la prépare.

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Quantitative Easing should be used
in a way that helps everyday people
and contributes to a sustainable recovery
 

Mais personne n'avait même pas effleuré l'idée que dans ce reporting public doit aussi figurer le montant des toxiques rachetés massivement par la BCE à leur valeur nominale alors qu'ils ne valent plus rien et qu'ils sont issus de la spéculation financière de ces investisseurs institutionnels. Un investisseur institutionnel qui jouit régulièrement depuis 2008 de bail-out se trouve dans une situation de distorsion comptable, de maquillage de bilan et d'envasement fiscal. Une banque, une assurance, un investisseur institutionnel qui évacue ses toxiques vers la BCE est aussi trouble que de la vase, et l'aspect qu'elle ou il devrait avoir au niveau économique, comptable, financier, managérial n'est qu'un architectone qui s'impose et se pérennise comme un fondement idéologique sans connexion avec le réel. Le reporting public des grandes entreprises devrait révéler que ces architectones sont bercés par l'illusion suprématiste de la concurrence libre non faussée et de la pure information parfaite qui sont l'échine cardinale de l'Europe. L'Allemagne de l'Est s'était effondrée après que le pays entier avait constaté et s'était avoué que l'illusion suprématiste du "socialisme réellement existant" n'était qu'un architectone qui avait mené le pays à la faillite et à la banqueroute d'Etat. L'entreprise, comme l'Etat, s'est réduite à un stade d'architectone, de proto-entreprise qui a oublié qu'elle doit être entreprise parce plus aucun programme ne lui est imparti et parce qu'elle n'est plus habitée.

Cet envasement fiscal initié par les Quantitative Easings, les facilitations quantitatives, qui n'excèdent pas les frontières de la Zone-Euro (plus la Grande-Bretagne qui en profite aussi, mais on ne le dit pas) transforme le pays comme la France ou comme tout État-Membre de l'EU en paradis fiscal et financier au même titre criminel que celui des paradis fiscaux des lagons bleus. Il arrivera un moment où le pays tout entier constatera et s'avouera qu'il s'est éconduit lui-même et qu'il a abusé de lui-même. Mais les petites-gens qui tenteront d'établir de nouvelles connexions (voir les élections régionales du 6 décembre 2015) pour se donner une nouvelle illusion d'Etat seront celles qui souffriront en premier. Les petites-gens souffrent déjà mais préfèrent l'illusion à la responsabilisation. Ils rejetteront toujours toute forme de responsabilisation et préfèreront faire, comme ils en ont l'habitude, un genre de révolution. La France en est friande. Elle est friande de fiente. De fientes en couches. Le gouvernement se veut être depuis les attentats de Paris le parangon de la transparence pour la sécurité publique, mais protège toute cette criminalité institutionnelle qui vide et détruit financièrement l'Etat, l'économie et les peuples. Les valeurs de la République ne lui sont utiles que lorsqu'il s'en sert. Il faudrait aussi qu'une Directive européenne institue un reporting public et complet sur toutes ces mesures de rachat des toxiques sans contre-partie, sur cette collectivisation des pertes et des dettes pourries, toxiques et irrécouvrables. L'Europe Providence Bancaire du communisme sélectif monétaire consent dans un esprit de collusion et en harmonie avec la Directive sur l'indépendance de la banque centrale (face au pouvoir politique), que la BCE rachète dans le cadre de la Facilitation Quantitative même aux entreprises sans la moindre des conditions les produits toxiques qui sont issus de leur criminalité financière. Le "sauvetage des banques" est une amphibologie dans laquelle il n'y a plus que le sublime qui apparait à la place du grotesque et de l'économicide. L'Islande s'est, elle, ménagé un espace critique et a laissé aller à la faillite les systèmes financiers, a mis les spéculateurs en prison, a créé une nouvelle Constitution. L'Islande n'a pas appliqué de Plan d'austérité pour financer indirectement tous ces organismes financiers, tous financièrement criminels. Les Islandais ne sont pas des "gauchistes". Ni des architectones. Ils habitent leur monde et leur vision du monde. Mais si dans nos pays cette amphibologie est fortifiée et perdure, c'est que les citoyens ont la paresse d'habiter toute vision du monde. La faute n'est jamais à rejeter sur les politiciens. Des alternatives démocratiques et parlementaires sont proposées à chaque élection. Et l'explication de cette paresse est que le citoyen n’accueille plus que dans ses représentations mentales ce monde émondé dans lequel les branches latérales sont supprimées. Le citoyen accepte sans ambivalence sa suppression dans cet ère dite "post-démocratique". Le citoyen est seul responsable. Les espagnols et les grecs ont voté en 2015 pour une révision de leur monde. Les français ont voté pour ou contre le fascisme. La France est le pays des lumières noires.

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                        Malevitch, Théière 1923
 
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Ceci n'est
pas un tournevis
 

La BCE a annoncé en plus le prolongement de 6 mois du rachat des toxiques. En mars 2017 la BCE en aura encore racheté 500 millions d'€ supplémentaires. Ce "Bazooka monétaire", qui pourrait être prolongé de 6 mois après mars 2017 selon le Directeur de la BCE Mario Draghi, fera passer ce rachat des toxiques (bail-out) à 7200 milliards depuis 2008 et surmultipliera le gonflement de la bulle échoïque des placements en produits financiers sans ne jamais initier la moindre des relances économiques. Une campagne de signature qe4people.eu vient d'être mise en ligne et milite pour un Quantitative Easing pour le peuple.

Le cours des actions et des placements financiers est stimulé avec cet argent gratuit offert aux riches et aux investisseurs financiers. L'appréciation de ces valeurs boursières ne correspond à rien de réel dans une économie en récession depuis 2008. En mars 2017, le sauvetage des banques, assurances et investisseurs institutionnels par le rachat de leurs toxiques aura coûté 60% du PIB européen. Ces 60% ne servent pas à de la relance économique mais à la dissimulation des poubelles de la criminalité financière générée par la libre circulation des capitaux qui prend sa source dans les banques centrales indépendantes. La lâcheté de l'Europe et des Etats-Membres devant les lobbies financiers devient abyssale.

Depuis des années je compare le modèle économique à un architectone et à l'illusion suprématiste. Je pense à Malevitch quand j'analyse les faits. Mais on aurait aussi pu prendre les monades de Leibniz. Ce qui est fou est que des sociétés et des pays peuvent vivre des décennies dans l'illusion de leur narratif réduit la plupart du temps à un concept comme Dieu, le Libre échange, L'Egalité, La Fraternité, la Main vibrante d'Adam Smith, la Concurrence Libre et non Faussée, l'Information Pure et Parfaite, le Stress-Test des banques. Société, pays, peuples peuvent vivre des décennies dans l'illusion de leur narratif autour de l'accord social. Accord n'est pas consensus. La réalité est secondaire, voire inutile. C'est l’extravagant l'important. Pas la souffrance, mais la conception. Le TTIP est entrain de devenir le nouveau modèle de connexion et de connivence. Personne ne se rend compte que le TTIP n'est qu'une OMC encore plus ficelée alors que l'OMC est officiellement morte depuis les accords inaboutis de Doha il y a 10 ans. Pour que le Consensus de Washington ébranlé après Doha et l'année-Lehman 2008 puisse à nouveau faire la loi dans nos foyers et redevenir maîtres de nos destinées, il faut qu'il se vende à nous tous comme un suprématisme qui atteint dans l'idée de "Libre Echange" et avec son acronyme TTIP le degré suprême de la simplicité et de la pureté. C'est pourquoi toutes interférences ne sont pas admises dans les négociations qui se font à huis-clos depuis quelques années. Une sélection très serrée de députés et d'euro-députés n'est qu'admise à consulter quelques documents de travail expurgés, sous le contrôle d'officiers et sans moyen de reproduction, ni même de stylo et de papier. Plus c'est opaque, plus c'est simple. Il faut s'arrêter de raisonner, seul l'oeil doit se concentrer sur le papier du TTIP comme devant la théière de Malévitch qui est l'architectone du nouveau fonctionnalisme. L'idée pure et suprême de libre échange ne doit pas être altérée et doit s'admettre telle quelle sans se penser. Le libre échange du TTIP est chargé de s'imiscer dans nos foyers et nos destinées pour prendre un rôle heuristique et pour optimiser les existences altérées par l'ère démocratique. La notion "libre échange" devient le nouvel art de gouvernance des peuples du XXIème siècle en dessous et au-dessus de tout élément de démocratie. De l'existence nous passons à l'existranse. La démocratie devient désuète dans l'ère post-démocratique et pour renforcer l'idée pure, simple et suprême du libre échange, une "fin de l'histoire" est glissée sous la semelle. Cette idée de libre échange est si simplement universelle qu'il va être mis fin au regard et à l'intervention des peuples sur cette matière. Les tribunaux privés garantiront la liberté de l'investisseur en contournant toute norme sociale, fiscale, syndicale, environnementale, culturelle et politique. Le libre échange est dégagé d'une quelconque histoire, anecdote, mais comme la musique, produit son sens fédérateur sans besoin de consensus, sa réception intellectuelle et émotive par ses moyens spécifiques, par ses formes et ses couleurs et ses saveurs de la liberté et de l'échange. Le Consensus de Washington et l'Ecole de Chicago voulaient déjà initier et entretenir le "trickle down effect - l'effet du percolateur" pendant 2 décennies en annonçant l'enrichissement généralisé des masses que j'appelle l'humanisme automatique. Ce libre échange de l'OMC, de Washington, de Chicago et de l'Ecole de Friboug ont mené directement à la saving and loan crisis, à la Crise des DotCom et à la Crise des Subprimes et au prochain éclatement de la bulle des CDS/CDO/LBO et de la Quantitative Easing, de la facilitation quantitative. Dans le mot facilitation vous avez le suprématisme qui s'est détaché de tout élément de la démocratie pour devenir le bricolage technique qui doit apporter croissance, emploi et développement en un simple tour de vis.

3_chute_mur_de_berlin__du_communisme_au_fascisme_1986-87.bmp
 

Mais la "Crise des Subprimes" a commencé en juillet 2006, cela fera donc 10 ans maintenant que les richesses réelles sont détruites à cause de la spéculation financière sur les produits financiers dérivés qui n'ont aucun lien avec un projet économique, social et écologique. Pire, entre 2008 à 2012 la bulle des produits financiers dérivés est passée de 600.000 milliards à $ 800.000 milliards à cause des bricolages réalisés dans le dévoiement du keynésianisme. Depuis 2013 son taux de croissance annuel est de 20% selon le rapport de la Banque des Règlements Internationaux - BRI/BIS et 90% de cette nouvelle bulle financière sont des produits financiers dérivés. Parallèlement à ceci, des plans d'austérité sont appliqués à la chaîne depuis 2008 et vident de leur sens les Etats en projetant les populations dans l'indigence, la pauvreté, la grande pauvreté et la désertification des services publics et des infrastructures. Dès 2010 on savait que la crise des subprimes avait détruit plus de "richesses" que la Seconde Guerre mondiale. Certains pays sont au bord de la guerre civile ou sont entrés dans un régime totalitaire soft plébiscité à 91%. Depuis janvier les 7,5 millions de "Je suis Charlie" ont fait pschittt comme je l'avais prévu. Ils ne réclament pas "un Plan Marshall des quartiers" dont il avait été question en janvier. Il faudra aussi bien vérifier à l'avenir pour regarder d'où vient "l'assaillant". On ne pourra sans doute plus dire avec ce soulagement déterminant qu'il "a une double-nationalité", il sera un produit du pays avec l'ADN du pays, et les nouveaux organisateurs de l'ordre auront le même ADN et la même culture. Une guerre civile sera transformée en prêt-à-porter propre sur soi. Pour la Conférence Climatique COP 21, toutes les manifestations sont interdites, toutes les ONG sont refoulées et ne peuvent organiser des forums ou participer aux débats, et même des paysans de l'agriculture biologique sont assignés à résidence en Dordogne. La France est unie avec du scotch.

En 1986/87 j'avais peint de manière prémonitoire la Chute du Mur de Berlin. Voici un tableau de cette série. Son titre est: "Chute mur de Berlin, du communisme au fascisme". On peut rallonger la phase intermédiaire en développant sa conscience politique. Personne ne crie "Je suis Citoyen", mais tout le monde crie "Aux armes Citoyens". Les élections régionales du 5 décembre 2015 le souligneront.

Il est grand temps que nous retrouvions la lutte politique en énonçant un projet de société. C'était agréable pendant ces deux dernières décennies de lire et d'entendre partout "qu'il n'y a plus de clivage droite-gauche", "que nous sommes tous unis face au défi", ainsi tout le monde s'est glissé dans une douce déresponsabilisation face à la chose politique. Il est grand temps que nous vivions tous en disharmonie pour que renaisse le débat politique et pour que chaque citoyen apprenne à définir des choix de société et à les exprimer et à agir conformément à ceux-ci. Le slogan du "nous sommes tous unis" n'est qu'une agrégation réactionnaire pour se faire croire que l'on a chaud ensemble avec une bougie, mais en-semble contre. La mièvrerie qui s'installe depuis ces deux attentats majeurs de Paris pour cette année 2015, n'est que l'image de la mièvrerie citoyenne qui n'attend plus qu'une seule tunique... qui sera une tunique d'infamie (cherchez la référence littéraire, mais ce n'est pas nécessaire). La France est unie avec du scotch à deux faces et le citoyen est lui-même l'acteur de sa propre disruption, avant même que d'autres soient frappés de la déchéance de nationalité chère à l'extrême droite comme au gouvernement néo-libéral Hollande/Valls/Macron.