0_Brennkessel_2.jpgDans le contexte de l'enrichissement sans labeur et sans cause par les flux spéculatifs, les entreprises elles-mêmes se sont données les moyens de ne pas rendre pérennes leurs activités industrielles, commerciales et de service en ne pratiquant plus que leur propre optimisation financière. On a même fait passer depuis 2008 le moral hazard, l’aléa moral, pour une séquence normale de notre ADN sans quoi la vie même est impensable et impossible. Au nom de cet "esprit d'entreprise", la planète subit en plus de la crise de l'insolvabilité des banques une crise de l'insolvabilité des entreprises créée de toute pièce par elles-mêmes et pas uniquement parce que les banques leur ont fermé le robinet des liquidités depuis 2008. Nous sommes en face de la Bulle des LBO - Leveraged Buy Out, ces Opérations de rachat d’une société avec fort effet de levier grâce à l'emprunt et un montage financier organisé par les banques arrangeuses. Le LBO permet aux spéculateurs de se faire passer pour "des entrepreneurs qui ont une idée à faire valoir" et de se sentir sur-calibrés pour accomplir une mission supérieure de faire valoriser l'entreprise qu'ils ont ciblée. L'opération de financement par LBO promet aux capital-investisseurs appelés les mezzanines, les seniors ou les juniors, une valorisation financière de l'entreprise en portefeuille avec un rendement attendu de 25%. L'entreprise est devenue une saucisse à vendre qui ne cesse de se rallonger, mais pas à cause de son contenu, mais à cause du bavardage autour de sa valeur qu'elle prétend avoir. Une entreprise n'est plus une entreprise, mais un syndrome ou une maladie contagieuse. Le but est de spéculer sur une augmentation de la valeur de l'entreprise-cible au terme du LBO pour rembourser la dette d'acquisition et faire une énorme plus-value lors de la revente de cette entreprise en portefeuille. Le LBO offre d'abord aux capital-investisseurs l'accès instantané à leur profit avec une fraction minimale de mise de fonds propres et avec le rachat ultérieur de leur dette d'acquisition à effet de levier avec les moyens dégagés par le non-respect des conventions collectives, la mise au chômage massif pour réduire les coûts de fonctionnement, par l'appauvrissement des salariés et des populations dans des Pactes de Compétitivité imposés par chantage.

Et en dernier ressort les dettes irrécouvrables et pourries des LBO seront recapitalisées par les contribuables et les budgets nationaux qui nationalisent d'une manière ou d'une autre ces toxiques alors que ces dettes d'acquisition des LBO étaient déjà défiscalisées cumulativement à hauteur de l'intérêt de l'emprunt et avec l'exonération de l'impôt sur les sociétés et sur la distribution des dividendes. La fiscalité française sur les LBO - un héritage de la période Sarkozy que Hollande ne dénigre pas et avalise même - est la plus avantageuse au niveau européen. En plus de tous ces cadeaux fiscaux il y a exonération des impôts sur les plus-values réalisées lors de la revente de ces entreprises-cibles, si un délai de deux ans est respecté après la maturité du LBO dont le débouclage est programmé dans les 3 à 5 ans après leur acquisition permise avec l'emprunt. Le levier fiscal est le pilier de la rentabilité des LBO et la "libre entreprise" est donc largement payée par les contribuables avant et après les faillites. L'industrie du LBO est un paradis fiscal et une niche fiscale institués dans le périmètre du pays par le législateur au seul bénéfice des capital-investisseurs. Cette décomposition du signifiant "esprit d'entreprise" se fait de manière tout autant violente, mais au nom de la "création d'emploi", du "maintien de l'emploi" qui sont de nos jours des signifiants sans contenus. C'est la sublimation de l'esprit d'entreprise.

Plus il y a de décroissance ou de récession, plus les acquisitions d'entreprises ou le financement des extensions d'entreprises par LBO mènent inéluctablement à la faillite. Les entrepreneurs ont même créé tout naturellement une holding qui a racheté par LBO leur propre entreprise pour accéder encore plus instantanément au profit et détourner ses actifs. Le LBO est une opération financière à haut risque même en période de croissance et en plus le LBO relègue obligatoirement au second plan les primes et les salaires, la formation des salariés, la Recherche & Développement et les investissements et réduit gravement les possibilités d'autofinancement de l'entreprise... qui doit alors avoir recours à... l'emprunt auprès des banques qui profitent déjà de leur situation privée d'avenir. Pour les entreprises, les banques agissent au travers des LBO comme des Vulture Funds - fonds vautour. Le LBO, aussi appelés "fonds de la terreur", est comme une acquisition par un hedge fond, mais à domicile. Le LBO offre à l'acquéreur-spéculateur le levier juridique par lequel il s'assure le contrôle d’une entreprise sans avoir besoin de répondre à l’obligation d'en détenir la majorité du capital tout en limitant son engagement financier et en exigeant le maximum du retour sur son investissement. En passant, le capital-investisseur peut même avoir radicalisé son intervention en dépeçant le département R&D de l'entreprise ainsi acquise et avoir organisé le transfert de technologie et l'accaparement de son portefeuille de brevets d'invention et de ses contrats au profit d'une autre entreprise dans laquelle il est lui-même acteur. Les fonds LBO s'intéressent surtout aux PME, mais Picard, Afflelou, DELL ont aussi été des entreprises ciblées par les LBO. Le LBO, qui a accéléré la désertification et la désindustrialisation du pays, sert à faire remonter un maximum et au plus vite du cash comme une sangsue sur un mammifère. L'objectif pour le repreneur d'une entreprise, quand il ne s'agit pas d'une reprise par le management ou les salariés, étant de céder cette entreprise dès qu'une occasion de plus-value se présente. Or ces occasions ne se présentent plus depuis 2008 où nous sommes entrés en récession. Le scandale des Bolognaises à la viande de cheval est arrivé chez Spanghero, une LBO qui a vendu son âme et sa culture d'entreprise aux spéculateurs.

0_Brennkessel_3.jpgLe LBO est à l'entreprise ce que le Subprime est à l'immobilier, et il semble que 1/4 des émetteurs de LBO feraient faillite en Europe d'ici à 2014/15 où les LBO montés depuis 2006, 2007 et encore 2008 arriveront à maturité et quand les emprunts faits pour les acquérir arriveront à échéance et qu'il faudra les renouveler et les rééchelonner. Il semble même que 50% des LBO soient en risque de défaillance, ce qui est réaliste quand on apprécie l'ampleur de la récession à l'aide du Baltic Dry Index. Le LBO est l'égal du financement pyramidal à la Ponzi. Pour 1 euro apporté en fonds propres pour 6 à 9 euros empruntés, le capital-investisseur s'assurait encore en 2008 la propriété d'une entreprise qu'il espérait essorer. Dans les opérations d’une certaine importance la dette des LBO, qui peut atteindre un ratio astronomique, n’est pas portée dans sa totalité par le banquier ou le mezzaneur (capital-investisseur) qui l’a mise en place. Le risque de la dette des LBO est syndiqué, multi-mutualisé, est transformé et blanchi au travers de paquets de créances en produits financiers titrisés mis sur le marché, soit dans le cadre d’opérations de gré à gré OTC - Over The Counter extra-bilancielles, soit à travers la constitution de véhicules ad hoc, les SPV ou des CDO. Comme le débouclage des LBO ne pourra se faire comme prévu dans cette période de récession, la BEI - Banque Européenne d'Investissement pense devoir lancer avant 2015 une opération similaire aux deux opérations bancaires "Grosse Bertha" et "Bazooka" en direction de ces entreprises pour leur racheter leur m****, leurs produits financiers titrisés sur les LBO. Autrement dit, la BEI va procéder au bail-out des entreprises qui ont détourné leurs actifs sociaux dans ces opérations de financiarisation par LBO sur le dos de leurs salariés et des recettes publiques du fisc. La BEI va donc aussi dévoyer le keynésianisme bien que sur son portail elle affiche ceci: "La BEI accroît son soutien à l'innovation et au renforcement des compétences, des domaines cruciaux pour la croissance à long terme dans l'UE."

A cause du financement extrabilanciel des LBO, le législateur et les instruments de statistique nationale ne peuvent pas évaluer la situation réelle des multiples d'endettement des entreprises par rapport à leur résultat et le PIB d'un État est ici aussi un PIB fictif, furtif et d'initié qui ne permet pas au gouvernement d'avoir une politique économique réaliste et sérieuse ni une politique fiscale d'impôt sur les sociétés. PIB ne veut pas dire PIB. En un mot, on ne sait pas ce qui se trafique dans une économie nationale, mais ce genre d'entrepreneurs vous traiterons de communiste si vous réclamez un contrôle et une réglementation. Le signifiant "communiste" est toujours aussi bon-marché et soulage celui qui s'en sert comme réprimande. Pourtant, le LBO n'a rien à voir avec un management durable de l'entreprise mais est une manœuvre d’optimisation financière sans logique industrielle qui passe par la spéculation à court terme, de 5 ans environ, et les banques et les fonds d'investissement ont poussé à ce système d'endettement et ont obtenu des banques centrales les liquidités pour permettre aux fonds-LBO et aux spéculateurs d'assouvir leur haut risque spéculatif. Les fonds-LBO sont devenus eux-mêmes des banquiers sans visage et sans siège qui n'ont même pas été concernés par le périmètres des normes prudentielles comptables Bâle II, qui pourtant étaient tellement laxistes puisqu'elles aménageaient pour les banques et les entreprises et les assurances la possibilité d'interpréter elles-mêmes leur exposition au risque et leur ratio d'endettement qu'elles ont toutes criminellement minimisées pour conserver le minimum de fonds propres règlementaires et engager un maximum d'opérations d'investissement-endettement à fort effet de levier.

A tous les niveaux, les banques centrales n'ont pas exercé de contrôle ou de réglementation sur les banques qui ont volontairement négligé leur fonction d'analyste pour devenir broker, et actuellement les dettes d'acquisition des LBO ne sont plus recapitalisées par les banques dont le seul motif d'existence depuis 2008 et de se recapitaliser elles-mêmes avec les liquidités gratuites de la BCE et des États "souverains". Les banques sont coupables de n'avoir pas voulu constater les insuffisances d'actifs des entreprises rachetées par LBO et de leur avoir accordé un soutien abusif qui les a conduites à la faillite. Le Législateur et les Pouvoirs Publics de notre "État de Droit" sont coupables d'avoir accordé en métropole aux capital-spéculateurs le privilège de la niche fiscale des quatre défiscalisations sur les LBO. Un État de Droit n'est pas un État de Droit. L'objectif de la création des LBO n'a souvent pas été de développer l'entreprise, mais de détourner ses actifs. Le LBO permet au travers de la rotation de la propriété du capital de l'entreprise de la laisser nue avec ses dettes augmentées par effet de levier. Et comme pour les CDS-square, les CDS sur des CDS, le milieu financier a amplifié la financiarisation de l'entreprise avec des LBO sur des LBO appelés LBO-secondaires. Bien sûr il y a aussi des LBO tertiaires et des LBO quaternaires et la traçabilité est d'autant plus anéantie. Le LBO est le détournement de la quasi-totalité de la création de valeur économique de l'entreprise vers les apporteurs de fonds propres qui la mettent en pression de façon disproportionnée et abusive face à son résultat. Le LBO est une diminution et même une destruction de fonds propres de l’entreprise qui sont remplacés par des prêts, qui deviennent des toxiques en période de décroissance ou de récession. En réalité les hedge fonds ou les LBO ont généré la décroissance économique en rendant les groupes industriels, les PME et les TPE incapables de résister sur les marchés et à la concurrence internationale. Avec l'appui des austérologues de la Commission de Bruxelles et des gouvernements, les capital-investisseurs comptent aussi se refaire une santé sur les dos des Travailleurs en leur imposant des Accords de Compétitivité, le TSCG et la Règle d'Or. Vous avez vu comme les médias français et le gouvernement affilié font de la lèche au Travailleur pendant ce mois de mai 2013 avec tous les ponts en nous affirmant que "non, ce ne sont pas les jours fériés qui vont mener à la baisse de la croissance, ils ne coûteront que 0,1% du PIB, et c'est très bien de faire du tourisme, c'est bon pour l'économie". Un tel ton démontre que l'implosion est imminente.

Mais comme ces accords du Pacte de Compétitivité et la Règle d'Or ne suffisent pas à ramener la santé aux entreprises qui se sont rendues elles-mêmes malades, le gouvernement français a par exemple mis en place les mini-injections keynésiennes du plan CICE - Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi du gouvernement français pour soutenir "la culture du risque" des entrepreneurs selon Jean-Marc Ayrault, 1er Ministre PS du Gouvernement Hollande épris du corpus libéral. Ces mini-injections keynésiennes sont plus destinées à recapitaliser et rééchelonner les dettes des entreprises plutôt que de lancer de nouveaux projets économiques à caractère social et environnemental. 0_Brennkessel_4.jpgLe gouvernement et l'État français se substituent aux banques pour faire un bail-out des entreprises qui sont les premières avec le "Mouvement des Pigeons" de Jean-David Chamborédon à critiquer les contributions patronales et les allocations chômage, alors que le taux d'impôt sur les sociétés est passé en 20 ans de 50% à 33% et même jusqu'à 15% pour les PME, ou même à 0% pour les groupes internationaux, sans reparler de la défiscalisation des LBO. En ce moment on entend aussi que "le management français est très prisé à l'international". On oublie de préciser que les français sont N°1 des LBO en Europe, ce qui n'a rien à voir avec une politique d'entreprise mais avec leur financiarisation et avec l'optimisation fiscale.

Si vous cherchez sur Google Déclaration de la Crise des Subprime mon site est en A1 sur 1.070.000 résultats. Il est aussi le seul car j'ai inventé ce signifiant; personne n'a compris que ladite crise est une guerre civile planétaire, ne parlons même plus d'une lutte des classes. C'est pareil pour titrinogène, alors que c'est la maladie du siècle de l'économie issue des Dividendes de la Paix de 1989: externaliser le risque de la dette, mutualiser la dette, titriser la dette, blanchir la dette en un objet financier, et comme l'économie réelle n'est pas prévue pour rapporter ce retour sur investissement, multi-mutualiser la dette devenue des toxiques, titriser les toxiques, blanchir les toxiques en un objet financier et faire racheter les toxiques par le contribuable, blanchir les toxiques devenus des Bons du Trésor et faire rembourser les toxiques d’État par deux générations futures. Autrefois on disait "privatiser les bénéfices et nationaliser les dettes", mais à la fin des années 80' et avec les Autoroutes de l'Information il manquait la dimension séculaire et ubuesque. Pour parvenir au pouvoir ou pour y demeurer avec assurance, il fallait décomposer ce signifiant, et mettre en avant l'audace économique de celui à qui tout est permis librement parce qu'on voulait bien lui reconnaitre, à lui l'acteur global libéré du temps, la force de faire du futur et de la croissance sa créature. Si vous cherchez sur Google la bulle des LBO, mon site est déjà en A2 sur 421.000 résultats un jour après la publication de mon billet sur le net. Ceci aussi n'est pas non plu un contenu de conscience et un vécu collectif.
Si vous cherchez sur Google aifm spv cdo mon site est en A2, A3, A4, A5