Ne ne pouvons pas évoquer des craintes au sujet d'un "protectionnisme rampant", parce que chaque État se transforme violemment en un sanctuaire d'arrangements comptables, si bien que toute comparaison internationale ne peut plus être juste entre les économies nationales et d'entreprise. Le poker menteur, dont je vous entretiens depuis septembre 2008, ne permet plus d'établir une plate-forme d'actions concertées pour combattre la crise au niveau international.

Le dernier assouplissement des normes comptables qui a eu lieu pendant le G20 a permis avec les amnésies bilanaires d'améliorer positivement les bilans des banques US de 20% (many US-based financial institutions are taking full advantage of relaxed accounting rules).

En Allemagne, les dissimulations dans les bilans semblent ne pas passer dans les médias et le scandale est entrain de pointer selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung du 26 avril 2009. Le FAZ a titré son article comme suit: "Verlust der Dresdner Bank verschwunden " (Disparition de la perte de la Dresdner Bank). En effet des trous dans les bilans d'un rapport trimestriel à l'autre sont de 6,3 milliard d'euros pour la Dresdner Bank, de 6,4 milliards d'euros pour Allianz, pour la Commerzbank, etc... On parle en Allemagne du "Phantomquartal", du trimestre fantôme. Les comptabilités commencent ou s'arrêtent à des dates saugrenues, d'autant plus que pour aider au sauvetage il y a eu des fusions, si bien que le bilan consolidé des nouveaux groupes ont des trous. La partialité des commissaires aux compte et des audits KPMG et PricewaterhouseCoopers (PwC), qui ont supervisé les fusions et signés les rapports d'activité, est publiquement gravement mise en cause en Allemagne. Souvenez-vous aussi de la fusion ordonnée d'en haut de la Banque Populaire et de la Caisse d'Epargne. On avait annoncé une perte pouvant exister, mais on nous avait dit dans tous les médias français "que cette perte n'est pas connue pour l'instant". Peut-on fusionner deux banques sans connaître les bilans comptables et avec des rapports d'activité maculés de trous?

Aujourd'hui c'est au tour de la Deutsche Bank de proclamer des bénéfices et de promettre de nouveau un rendement sur placements de 25%. C'est justement cette folie des placements à très haut risque et des rendements à deux chiffres qui est à l'origine de la crise financière mondiale. Le Financial Times Deutschland annonce ces "bénéfices" mais invite ses lecteurs à rester circonspect. Ce bénéfice est d'autant plus étonnant que la Deutsche Bank avait enregistré en 2008 la plus grande perte de son histoire. La Deutsche Bank a rejeté pour l'instant toute aide de l'État fédéral allemand.

Les billions de paquets conjoncturels et les besoins en financement des entreprises n'ont pas seulement augmenté la dette de l'État mais ont aussi conduit à un boom sur les marchés obligataires. Les gouvernements se sont endettés sur les marchés financiers à hauteur de 2000 à 3000 $ en faisant des emprunts d'État. Les États essayent de sauver avec cet argent le secteur bancaire et l'économie impactée par la crise. La Deutsche Bank est l'un des plus grands acteurs de la planète dans le secteur des emprunts d'État et des Bons du Trésor et gagne son argent particulièrement avec ses activités de conseiller et de mandataire financier. De gras bénéfices proviennent aussi des opérations de change dans lesquelles les entreprises se protègent contre des crises monétaires. Ce trimestre sera le meilleur de l'année 2009 et la crise économique et l'énorme vague de faillite d'entreprise va menacer gravement tout le secteur bancaire. La couverture de fonds propres de la Deutsche Bank n'est que de 1,7%, ce qui est catastrophique et correspond à 35 milliards pour 2200. Dans la presse internationale, les chiffres 2200 et 35 ne sont pas publiés, et... 1,7% est transformé en... 7,1%. Avec 1,7% la Deutsche Bank est toujours la plus leveraged (boosté par l'effet de levier) du système bancaire allemand et est extrêmement vulnérable. Avant la crise un taux de 7% en fonds propres était considéré comme raisonnable.

Dans ce court billet je vais simplement traduire l'article du FTD du 28 avril 2009. Vous trouverez sous la traduction la version en VO. J'espère que cet article va faire taire ceux qui ne veulent rien savoir et crient si vite à la désinformation subversive. Je vous ai exposé plus amplement dans un article précédent tous les artifices de l'assouplissement des normes comptables (aufgeweichte Bilanzierungsstandards) et du hold-up sur les liquidités présentes ou futures de l'État.

Début de l'article >>>

Deutsche Bank - Pas l'ombre d'un espoir

Aussi brillant que soit le rapport trimestriel d'activité, il n'est pas possible de tirer des conclusions édifiantes sur la réelle santé de la banque. Les investisseurs évoluent toujours dans l'obscurité. Ce qui pourrait les aider avant tout, ce serait des règles comptables homogènes.

L'Allemagne semble en ce moment être assoiffée de nouvelles qui proclament l'imminence de la fin de la crise économique. Joseph Ackermann aimait voir une lumière à la fin du tunnel, et ceci même lors des évènements qui ont entouré la chute de la Lehman Brothers. Mais cette fois-ci le Chef de la Deutsche Bank lui-même s'est refusé de répandre un optimisme débridé - même s'il a pu présenter à son institut un bénéfice d'un milliard pour le dernier trimestre.

C'est pourquoi la retenue du banquier, qui n'a jamais été un tant soit peu modeste, doit être un avertissement non seulement pour les actionnaires mais aussi pour l'opinion publique. Les chiffres positifs du plus grand institut de crédit allemand ne peuvent pas être le moindre signe d'un espoir, même si cela est tant souhaité pour l'économie et pour la politique.

Le problème avec le résultat trimestriel de la Deutsche Bank, est qu'il n'autorise pas la moindre des conclusions sérieuses fondamentales. Ils montrent qu'il est possible même en période de crise de réaliser des bénéfices dans le secteur tant décrié de la banque d'investissement, que ce soit dans les opérations de prêts que dans la couverture du risque monétaire. Il est aussi évident que le bénéfice de la Deutsche Bank aurait été significativement plus petit si la banque n'avait pas interverti dans le bilan certaines positions particulières. Il est toujours largement impossible de savoir vraiment combien de positions à risques se trouvent encore dans les livres de compte.

Cette incertitude est voulue politiquement. Les gouvernements européens ont significativement assoupli les normes comptables pour briser le cercle vicieux entre des besoins de réaliser des amortissements pour dépréciation des actifs et entre des parapluies de sauvetage toujours plus grands pour les banques. Cette politique a été un succès pour la Deutsche Bank, puisqu'elle a permis d'éviter un amortissement de 1,2 milliard d'euros.

Le prix à payer est que les résultats présentés ne sont à présent pratiquement plus comparables avec ceux de la concurrence étrangère. On ne peut aussi que spéculer sur la durabilité des bénéfices et sur la viabilité future du modèle managérial.

Une plus grande flexibilité a été aménagée pour les banques pour qu'elles puissent de nouveau gagner la confiance des investisseurs. Mais il est aussi important pour la confiance que les marchés puissent évaluer les chiffres qui leurs sont présentés. Et ceci n'est possible que si les banques se coordonnent au niveau international et si elles se soumettent à des standards harmonisés.

Il est temps que la politique reconnaisse cet ordre d'idée et qu'elle agisse en conséquence. L'Allemagne ne pourra espérer voir aussi une lumière à la fin du tunnel seulement si les investisseurs ne sont plus obligés d'avancer à l'aveuglette.

<<< Fin de l'article du FTD

Cet article est conforme à la ligne éditorial de ce journal financier.
Je donne ma conclusion personnelle: les Allemands pourront espérer voir aussi une lumière à la fin du tunnel s'ils sont de nouveau embauchés, si le chômage partiel est de nouveau aboli, si les milliards versés aux banques pourries sont remboursés par leurs actionnaires, si les carnets de commande des entreprises se remplissent de nouveau, si la misère et la pauvreté sont éradiquées.

______________________________________________________________________________________________

Article en VO:   "Deutsche Bank - Kein Hoffnungsschimmer


So strahlend das Quartalsergebnis des Instituts auch ist - Rückschlüsse auf den grundsätzlichen Gesundheitszustand der Bank lässt es kaum zu. Anleger tasten sich damit weiter durch die Dunkelheit. Helfen würden vor allem weltweit einheitliche Bilanzregeln.

Deutschland scheint derzeit geradezu nach Botschaftern zu lechzen, die das nahende Ende der Wirtschaftskrise ausrufen. Josef Ackermann hat in der Vergangenheit stets gerne ein Licht am Ende des Tunnels gesehen, auch noch in den Turbulenzen um dem Fall der Investmentbank Lehman Brothers. Doch diesmal weigerte sich selbst der Chef der Deutschen Bank, uneingeschränkten Optimismus zu verbreiten - obwohl er für sein Institut im vergangenen Quartal wieder einen Milliardengewinn präsentierte.

Nicht nur für die Aktionäre der Deutschen Bank, auch für die Öffentlichkeit sollte die Zurückhaltung des nicht eben bescheidenen Bankers deshalb ein Warnsignal sein. So wünschenswert es für Wirtschaft und Politik auch ist, dass sich der Bankensektor stabilisiert: Die auf den ersten Blick positiven Zahlen des größten deutschen Kreditinstituts taugen nicht als Hoffnungsschimmer.

Das Problem mit dem Quartalsergebnis der Deutschen Bank ist, dass es kaum seriöse Rückschlüsse auf den grundsätzlichen Gesundheitszustand des Instituts zulässt. Sie zeigen zwar, dass im viel geschmähten Investmentbanking auch in der Krise Gewinne möglich sind, ob über das Anleihengeschäft oder die Absicherung von Währungsrisiken. Klar ist aber auch, dass die Gewinne der Deutschen Bank deutlich geringer ausgefallen wären, wenn das Institut nicht einzelne Positionen innerhalb der Bilanz verschoben hätte. Wie viele Risiken noch in den Büchern stehen, bleibt in weiten Teilen im Dunkeln.

Diese Unsicherheit ist politisch gewollt. Um den teuflischen Kreislauf von ständigem Abschreibungsbedarf und immer breiteren Rettungsschirmen für die Banken zu durchbrechen, haben die europäischen Regierungen die Bilanzregeln deutlich aufgeweicht. Im Fall der Deutschen Bank war diese Politik insofern erfolgreich, als Abschreibungen in Höhe von 1,2 Mrd. Euro vermieden wurden.

Der Preis dafür ist jedoch, dass sich die präsentierten Ergebnisse mittlerweile praktisch nicht mehr mit denen ausländischer Konkurrenten vergleichen lassen. Auch darüber, wie nachhaltig die Gewinne und wie zukunftsfähig das Geschäftsmodell sind, lässt sich nur spekulieren.

Den Banken wurde mehr Flexibilität eingeräumt, damit sie das Vertrauen der Anleger zurückgewinnen können. Für Vertrauen ist aber ebenfalls notwendig, dass die Märkte die vorgelegten Zahlen auch einordnen können. Und das ist nur möglich, wenn Banken sich international koordinierten und harmonisierten Standards unterwerfen müssen.

Es ist Zeit, dass die Politik diesen Zusammenhang erkennt und entsprechend handelt. Erst wenn Anleger nicht mehr gezwungen sind, im Nebel zu stochern, darf Deutschland auf ein Licht am Ende des Tunnels hoffen."