6] Le nouveau front de classe des déçus du libéralisme. Il n'y a plus de clivage droite gauche

Les voix des déçus du libéralismes se font de plus en plus fortes aux USA qui se veulent en être le paradis et le sanctuaire et devant lequel notre Président NS tombe en pâmoison et entre en transe tétanique. Ces voix sont celles de plus de trois millions d'emprunteurs américains qui ne peuvent plus honorer le remboursement des échéances de leurs multiples emprunts et de leurs prêts hypothécaires à risque (subprime) et qui vivent à présent dans la rue comme les sdf qui ont tout perdu. Ces voix sont aussi celles de ceux qui ont acheté les titres émis sur ces prêts hypothécaires à risque et qui ne valent plus rien aujourd'hui. Ces voix sont encore celles des actionnaires de toutes ces banques au comportement hasardeux, irresponsable et véreux qui ont misé sur ces produits financiers basés sur ces titres indexés sur ces prêts hypothécaires qui ne valent plus rien puisque la bulle des crédits immobiliers à risque (subprime) a éclaté et que le prix de l'immobilier s'est écroulé. Nous voilà à présent en face de cet unique front de classe où il n'existe plus de clivage droite gauche puisque le même destin les unit, à savoir la perte de leur fondement et de leur stabilité économique, le toit qui a disparu sur leur tête avec les économies et les placements financiers destinés à assurer l'avenir, les vieux jours, les pensions, l'habitat.

Sont associés dans ce désastre économique et financier, 1) l'emprunteur consommateur avide, irresponsable et aveugle, 2) le spéculateur avide et déprédateur qui voulait s'enrichir dans cette économie du non-"réel" de ces subprimes, 3) les banques qui n'ont plus fait leur métier de contrôle de la solvabilité de leurs clients emprunteurs d'un côté et d'un certain degré de certitude de leurs placements de l'autre côté.

La situation semble être favorable pour qu'un nouveau consensus (de classe...) se forme et fasse éclater ce paradigme du tout-spéculatif de la globalisation et de l'internationalisation financière. C'est là qu'intervient Henry Paulson, Secrétaire d'État au Trésor américain. Les scandales des faillites des fonds de pensions Enron qui avaient mis irrémédiablement des centaines et des centaines de milliers de retraités à la rue et sans le sou n'avaient eux-mêmes pas été assez forts pour faire péter ce paradigme du tout-spéculatif.


7] Révision des attributions de la Fed', plan Henry Paulson.

A cette demande de nationalisation ou d'aide de l'État, pour éponger les dettes ou pour inverser le sens des faillites..., s'ajoute la nécessité de l'État de consolider ou de rétablir la confiance sur les marchés pour que les affaires reprennent ou ne s'effondrent pas dans une grave récession.

Henry Paulson est arrivé à la conclusion qu'il est illusoire d'être pédagogique en voulant raisonner les masses ou la fourmilière sociétale de consommateurs ou de créanciers mais qu'il faut donner à la banque centrale américaine, la Fed', le pouvoir d'imposer aux banques commerciales et d'investissement leur devoir de contrôle des garanties et de l'évaluation des risques, en les contrôlant elle-même.

Le plan Henry Paulson, cet électrochoc, est déjà perçu comme étant la plus grande réforme du rôle de la banque centrale américaine, la Fed', depuis le krach de 1929, voire depuis la guerre de Sécession (guerre civile américaine). Pourtant tous s'accordent à dire que s'il y a réforme de la Fed', il faudra attendre l'élection du nouveau président américain. Une chose est sûre, Henry Paulson a fait péter le paradigme du tout-laisser-faire néolibéral. Enfin vu de l'Europe, ce tout-laisser-faire néolibéral a une existence réelle dans le mental commun des européens, tout le monde sait que les USA prennent des mesures dirigistes quand ils en éprouvent le besoin, c'est à dire quand la catastrophe est arrivée. Seule l'Union Européenne consacre la liberté totale de toutes les circulations de biens, de services, de travailleurs et de capitaux et bannit avec son article 56 du Traité de Lisbonne (Traité Européen Simplifié) la moindre des restrictions de la circulation des capitaux entre les États membres.

Le Plan: il prévoit un contrôle renforcé des marchés financiers par la Fed'. Jusqu'à présent les différents contrôles étaient éparpillés entre différentes autorités qui ne communiquaient pas entre elle. A l'avenir, un nouvel organisme de surveillance sera créé pour contrôler et interdire les prêts hypothécaires afin d'éviter des débâcles comme celle de la crise des subprimes. Cette organisme devra éditer des normes destinées aux banques de prêts hypothécaires ou de crédits fonciers et devra contrôler les États fédéraux dans ce domaine. Le plan prévoit de légiférer au sujet des compétences et attributions des autorités de tutelle de la Fédération et de chacun des États fédéraux. L'autorité de régulation des marchés financiers américains (SEC) sera fusionnée avec la Commodity Futures Trading Commission dont la mission est de contrôler et de réguler les marchés à terme des matières premières et des devises. Le Office of Thrift Supervision, dont la mission est de contrôler les caisses de dépôts et de prêts sous la haute autorité du ministère des finances, fusionnera avec l'Office of the Comptroller of the Currency qui contrôle l'ensemble des banques nationales américaines. La Fed' sera impliquée dans une plus grande mesure dans le contrôle des acteurs financiers dans l'espoir de contribuer plus amplement à la stabilité du système financier. La Fed' n'avait par exemple pas la possibilité de prévoir suffisamment à l'avance le risque encouru par la Bears Stearns avec les prêts hypothécaires à haut risque. A l'avenir les banques d'investissement seront aussi soumises aux mêmes exigences de transparence et de publication de leur situation à l'instar des banques polyvalentes de dépôts ou d'affaires. Jusqu'à présent elles ne devaient pas rendre des comptes. La Fed' pourra s'arroger le droit de se faire présenter les comptes des banques d'investissement et de placement, des Hedge-Fonds et des agences de notation (évaluation et conseil boursier) et de tout autre institut financier.


8] Et la taxe Tobin?

Les propositions de Henry Paulson doivent encore être soumises au vote du Congrès majoritairement Démocrate, mais ces derniers sont déjà entrain d'élaborer des propositions encore plus sévères. Historiquement les Républicains sont plutôt dans la mouvance de Hayek et de l'État minimal, il est donc d'autant plus intéressant que Henry Paulson fasse sauter ce paradigme qui gouverne son action et la vision plus globale de la société américaine. Comme écrit plus haut, ceci vu de loin et de l'Europe, car l'État fédéral comme les États fédéraux ne se sont jamais privés d'intervenir dans le commerce quand ils le jugeaient nécessaire. Je souligne le fait que l'Europe a une vision fausse des USA, et que le dernier président en date français, NS, cultive pour flatter son propre compte, cette vision de l'Amérique néolibérale. Il n'en demeure pas moins vrai que de telles nouvelles attributions et compétences de la Fed' seront une révolution culturelle. A l'ampleur de ce saut quantique nous pouvons mesurer l'ampleur de la crise (cataclysme) qui se prépare. Le symbole, le mythe, le mensonge, le paradigme sont du réel constituant de l'existant humain. La transgression est significative à la vue de l'état antérieur, de l'état annoncé, de l'état prétendument en cours et de toutes les danses et contorsions faites devant elle.

Aujourd'hui, nous sommes très loin du débat sur la Taxe Tobin qui devait être prélevée sur chacune des transactions boursières pour éviter le tourisme des investisseurs, des fonds de pensions, des hedge-fonds qui prélèvent à chaque fois leur marge au détriment de l'économie "réelle" et du management entrepreneurial. Mais avec l'application du plan Paulson il n'est pas impossible que cette taxe Tobin revienne pour consolider les entreprises et rendre leur activité et leur croissance durable. Durable est donc l'un de ces paradigmes qui tentent de s'imposer dans la sphère conceptuelle et sémantique des masses. Il faut savoir que chaque paradigme cache son anti-matière, son anti-image, qui est sans doute encore plus prégnante que le paradigme lui-même.

Il ne vous aura pas échappé que tous les médias se plaisent actuellement à parler de "l'économie réelle" en évoquant à contrario, comme éberlués devant une découverte inattendue et surprenante, cette économie spéculative qui n'a rien d'irréel et en annonçant à demi-mots mâchés le grand cataclysme des répercussions sur cette autre économie (la réelle), en pensant subitement tout pudiquement à cette économie productive (presque oubliée) de biens et de services, en pensant à l'écroulement de la production américaine, à l'effondrement prévu de la demande et aux répercussions pour l'emploi. Ah, oui, c'est vrai, il faut aussi les payer ceux-là. Dans le glocal on avait oublié le local au profit du global. Ce retour à la mise en avant de cette "économie réelle" dans le paysage sémantique est une transgression arrière partant du credo du librement-spéculatif pour accéder à l'entreprise quasi locale. La proximité, la subsidiarité reprend du sens. Ceci me fait le même effet que les Kapo, les VoPo, la Stasi et la Securitate et tous les flics qui gardent mètre par mètre le passage de la flamme olympique: c'est une collision signifiante qui caractérise le mensonge, la valeur, le mythe, le paradigme qui font exister le monde et sa fourmilière sociétale. J'appelle communément ceci sur mon site la participation à la compromission universelle. (Les tentatives d'étouffement de la flamme olympique sur son parcours jusqu'à Péking n'ont rien de généreux pour les tibétains dont on se fout du génocide du 1,2 million des leurs, elles veulent juste faire la nique à la Chine, à cette Chine).


9] Hayek / Keynes?

Cette analyse ci-dessus entre-t-elle en collision avec l'analyse keynésienne qui met en avant une faiblesse de la demande comme facteur déclenchant et aggravant la crise? Cette analyse de la conjoncture économique met ici en avant les facteurs monétaires, le rôle de l'argent et du crédit qui financent l'investissement. C'est justement sur ce point que Hayek et Keynes sont violemment opposés. Pour Hayek la crise a été préparée par les mauvais investissements (ici à risque) des entreprises et des banques et c'est à ce niveau que doivent être opérées les corrections.

Pour ma part, il n'y a pas lieu d'opposer, dans ce système d'économie de bulle, la vision de Hayek à celle de Keynes. A l'époque de Keynes nous étions encore tout proche d'Ötzi et le temps avait encore cette dose romantique et mystérieuse d'incompressibilité, les volatilités n'étaient pas encore si fugaces comme le permettent depuis 15 ans les autoroutes de l'information du grand village global, et l'économie "réelle" s'exerçait dans le domaine palpable des biens et des services arrosé d'une couche de valeur, de mythe et du paradigme de la croissance capitalistique. Depuis l'ouverture et le rapprochement global et la capacité d'agir partout en même temps, comme le permet le marché financier global, l'économie non-"réelle" a pris (avec le chat de Schrödinger) la place de l'ancienne économie du palpable, de celle d'Ötzi. Pour moi il y a conjugaison de la crise d'avant (de celle vue par Hayek, et les mauvais investissements des entreprises et des ménages) à la crise d'après (de celle de la chute, de la carence ou de l'absence de la demande... de biens économiques palpables).

Les économistes de gauche, et en ce qui me concerne, d'un Parti Socialiste toujours absent des débats, devront apprendre à réviser leur vision du monde et à avoir une stratégie qui sache répondre à la crise d'avant combinée à la crise d'après. Le mot "durable" n'a pas encore livré tout son sens. Je pense que, pour le monde, et pour l'Europe, un Plan Paulson, associé à la taxe Tobin, à une politique budgétaire européenne qui assujettit la BCE et l'Euro-Groupe (chercher ce mot dans le site) à des critères sociaux et plus uniquement monétaires, pourrait ramener toute l'économie nationale et d'entreprise à ce monde visuel et audible du palpable. Durable.


10] Oui, mais quid des vulture fonds qui jettent dans la faillite les pays africains comme l'emprunteur américain?

Le monde "civilisé" industrialisé se découvre subitement un mal qui l'entraîne à sa perte et invente des systèmes pour se réparer de ses premiers dégâts et pour se protéger du cataclysme futur. Le mal est provenu d'un systémique et déjà banal éclatement de bulle, cette fois-ci de la bulle des prêts et placements hypothécaires à risque. La cupidité véreuse des systèmes bancaires avait inventé un nouveau produit financier se voulant être prometteur pour les spéculateurs. Ils avait procédé à la titrisation de ces dettes contractées pour les placements immobiliers à risque.

Il existe une autre forme de titrisation des dettes qui est orchestrée par les vulture fonds, les fonds vautours. Ces fonds vautours sont des fonds de couverture qui rachètent à vil prix des obligations (des créances) de pays pauvres, souvent accablés de dettes, pour ensuite entamer une procédure judiciaire à l'usure et les obliger à payer la valeur nominale (le montant initial de la créance) de ces obligations au moment de leur émission, majorée des intérêts moratoires et des intérêts composés.

Les pays africains endettés jusqu'à l'étranglement sont devenus, eux aussi, l'objectif cardinal d'investisseurs véreux qui se promettent des marges opérationnelles d'un exceptionnel niveau. Il existe un type nouveau de fonds d'investissements qui se sont spécialisés dans le rachat à vil prix de créances non recouvrables des pays du tiers monde et dans les actions en recouvrement portées devant les tribunaux.

En avril 2007 la Zambie a été la plus récente des victimes de ces vulture funds (fonds vautours). La Cour de Londres a condamné la Zambie à payer à Donegal International, le vulture fonds américain, 17 Millions de $. La Zambie avait contracté en 1979 à Ceaucescu, le tyran de la Roumanie, un emprunt de 15 millions de dollars pour acheter des tracteurs agricoles roumains. Dans les années 80, la chute du cours du cuivre, qui représente la plus grande valeur d'exportation de la Zambie, a plongé le pays dans des difficultés financières insurmontables et dans l'impossibilité de rembourser la dette.

Alors que ce crédit devait être totalement remboursé dans les années 90, le vulture fonds Donegal enregistré dans les Iles Vierges anglaises, a racheté la créance pour 3,28 millions de dollars. Donegal a ajouté au capital dû les intérêts et la capitalisation des intérêts, et a porté l'affaire devant la cour londonienne et revendiqué 55 millions de dollars. La cour aurait donné raison à Donegal si ce dernier n'avait pas versé 1 million de dollars au Président Chiluba de Zambie pour qu'il remette la créance sur le second marché. La cour a rabaissé le montant de la demande de Donegal sans juger sur le fond et sans en remettre en question l'objet. Donegal a réalisé une marge opérationnelle de 700% (= montant de la dette + taux d'intérêts + plus intérêts composés + intérêts moratoires). Pour la comparaison, la marche opérationnelle d'une strat-up ou d'un fonds de pension est de 20%, celle d'une activité économique habituelle de 3 à 7%.

Le milliardaire new-yorkais, Paul Singer, a inventé le vulture fonds en 1996 et fondé sa société Elliot Associates Ltd. Paul Singer avait réussi a empocher 58 millions de dollars du Pérou pour une créance de 20 millions de dollars qu'il avait racheté 2 millions de dollars. Paul Singer avait menacé de faire plonger le Pérou dans la faillite. Le Pérou, acculé à la faillite par ce fonds vautour, avait dû consentir à lui payer les 58 millions de dollars pour être admis a la table de nouvelles négociations avec la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International (FMI) en vue d'une reconversion de sa dette. Paul Singer avait en effet menacé de bloquer toutes nouvelles négociations entre le FMI et le Pérou aussi longtemps qu'il ne serait pas remboursé.

La Zambie fait partie des "Highly indebted poor country" (HIPC, les Pays Pauvres Très Endettés, PPTE) qui venaient justement d'obtenir une annulation de la dette. Ces pays s'étaient engagés de réaliser en échange des investissements d'une même valeur dans les infrastructures, la santé et l'éducation. Les 17 millions dûs par la Zambie à Donegal représentent 1/4 de son budget annuel social et de santé. La Zambie qualifie d'injuste le jugement de la Cour de Londres, mais pour Donegal la cour n'a fait que d'appliquer un principe de légalité dans le cadre du remboursement d'une somme empruntée.

Alors que les bailleurs de fonds internationaux consentent des remises de dette pour les dettes persistantes, ce sont des créanciers privés véreux qui tirent bénéfice de ces programmes. Des comportements d'une telle immoralité mettent en péril les objectifs du Millenium qui prétendent vouloir réduire de moitié la pauvreté dans le monde...

Cette stratégie est mise en œuvre dans toute l'Afrique actuellement. La Zambie n'est que la pointe de "l'iceberg". D'autres vulture funds comme Kensington, Elliot Associates réclament des sommes tout autant astronomiques aux autres pays africains. Selon le FMI 44 affaires sont pendantes devant les tribunaux pour un montant global de 1,9 milliards de dollars. Le ministre des finances anglais, Gordon Brown (qui a remplacé Tony Blair) avait critiqué dès 2002 ces pratiques et réclamé leur interdiction. George Bush avait cessé de critiquer les vultures funds quand Paul Singer s'était constitué comme le premier financeur de sa campagne électorale aux Présidentielles.

Il est à regretter que le plan Paulson n'évoque même pas ces Vulture Fonds américains qui comme les Hedge Fonds, les banques, doivent être tout autant contrôlées par la Fed'. Mais pour Paulson, cette pauvreté dans laquelle sont jetés des pays entiers, les PED (Pays en développement) et des Pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique), est sans importance.

11] Jérémiades du FMI face à la régulation des marchés financiers - Oublis du FMI face aux fonds vautours:

Les travaux préparatoires du G8 de Heiligendamm / Rostock promettaient de traiter de la question des Vulture funds et de l'Afrique. Le G8 qui chapeaute de manière informelle toutes les organisations globales comme le Fond Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale, l'ONU, l'OTAN... aurait dû proposer l'interdiction des vulture funds, mais George Bush s'y était opposé pour les "raisons personnelles" citées plus haut.

Le Pérou, acculé à la faillite par le fonds vautour Elliot Associates Ltd de Paul Singer, avait dû consentir à lui payer les 58 millions de dollars pour être admis a la table de nouvelles négociations avec la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International (FMI) en vue d'une reconversion de sa dette. Paul Singer avait en effet menacé de bloquer toutes nouvelles négociations entre le FMI et le Pérou aussi longtemps qu'il ne serait pas remboursé. Le FMI avait donc fait du chantage sur le Pérou pour qu'il honore au préalable la créance de ce fonds vautour. Ce n'est pas un hasard si le FMI, la Banque Mondiale et l'OMC sont des Clubs de riches aux yeux des pays pauvres.

Le fonds vautour Kensington International (détenu par le Fonds Elliot Associates de Paul Singer) a racheté une dette du Congo-Brazzavile pour 1,8 million de dollars. Ce fonds, dont le siège est établi dans les îles Caïman, réclame aujourd'hui 120 millions de dollars au Congo-Brazzaville. Pour se faire payer, il fait saisir dans le monde entier des fonds destinés au Congo — Brazzaville. Une première saisie, pour un montant de 10.300.000 euros, concerne un "prêt d'État à État" qui fait partie d'un crédit mixte destiné au financement de la construction d'une centrale thermique à Brazzaville. La deuxième saisie a trait à un don, d'un montant de 587.585 euros, de la Coopération belge au développement en faveur de la direction générale de la télévision nationale du Congo-Brazzaville. La saisie a été demandée au moment du versement par la Belgique en faveur de l'État congolais. Le comportement des fonds vautours a un impact direct sur la politique en matière de coopération au développement. Certains pays en développement visés par les fonds vautours risquent de se voir couper les vivres par la communauté internationale, étant donné que les fonds vautours s'emparent chaque fois de cette aide pour engranger rapidement des bénéfices.

Les accords relatifs à la remise de dettes dans le cadre du FMI ou de la Banque mondiale doivent valoir pour tous les créanciers. Il faut protéger les pays les plus pauvres contre leurs créanciers, à l'instar de ce que l'on peut faire aujourd'hui pour les entreprises.

Ce vulture capitalisme des fonds vautours est-il si éloigné des pratiques des banques américaines et des autres instituts de crédit qui ont transformé en titre leurs prêts hypothécaires à risque qu'ils sont accordés sans contrôle et sans garantie à des emprunteurs non solvables pour des achats immobiliers? Non. La prédation du vautour est la même et les banques américaines voulurent gagner bien plus d'argent en titrisant les créances et leur risque encouru avec l'octroi de ces créances véreuses. Les fonds vautours sont des créanciers véreux, les autres banques américaines et européennes qui ont racheté ces titres à des fins spéculatives sont tout autant des créanciers véreux.

DSK, issu de l'aile libérale du PS et le nouveau patron du FMI, n'est pas Henry Paulson. Il ne propose rien pour attribuer au FMI et à la Banque Mondiale de nouvelles compétences de contrôle et d'interdiction de ces fonds vautours.

Les ONG intensifient les pressions aux États-Unis. En mai 2007, la sous-commission Afrique (Subcommittee on Africa) du Congrès américain a organisé une audition sur l'impact des fonds vautours sur les programmes d'allègement de la dette.

En France, le gouvernement a pris une initiative dans ce domaine et une proposition de loi a été déposée. Cette proposition prévoit que les juges peuvent déclarer les actions des Fonds vautours irrecevables ou les rejeter. C'est aller trop loin dans la mesure où cela constitue probablement une violation des droits de la défense et une atteinte à l'accès de tous à la justice. Cette proposition ne passera sans doute pas le cap de la Cour européenne.

Il convient d'élaborer des codes internationaux de bonne conduite. La mise en œuvre, au sein des forums internationaux compétents, de directives et de codes de bonne conduite visant à prévenir la revente de dettes à des fonds vautours aux pratiques abusives et agressives est une bonne piste dans laquelle les gouvernements et l'Europe doivent s'engager. Pour l'instant aucun accord international existe à ce sujet et le FMI et la Banque Mondiale commencent tout juste à s'émouvoir de ces pratiques.

Mais face à la crise des subprimes le FMI est plus prolixe: voir FMI et Attac même combat: le contrôle des marchés financiers


12] La psycholepsie des Grands Argentiers du G7 du 11 avril 2008 (plus rénovateurs que la gauche!)

L'électrochoc du Secrétaire d'État américain au Trésor, Henry Paulson, a ébranlé le paradigme du consummisme et des comportements à risque et addictifs des emprunteurs, des spéculateurs et des bailleurs de fonds véreux. Les ministres de l'économie et des finances du G7 se sont rencontrés dans une réunion extraordinaire à Washington, toujours pour tenter de rétablir la confiance sur les marchés financiers, en fait pour essayer de rendre durable leur morphing du même visage d'Ötzi Schrödinger qui feint ses mea culpa d'usage en expliquant "qu'il s'était mépris sur la gravité de la situation". Le monde des grands responsables et des grands spécialistes internationaux, qui se sont mépris, grandit de jours en jours à la même vitesse que les pertes avouées de jour en jour: Georges Soros, Alan Greenspan et Ben Bernanke patrons de la Fed', la 5ième banque américaine Bear Stearns, la plus grande banque du monde Citigroup, la plus grande banque suisse UBS, la Société Générale... : "les turbulences sur les marchés financiers demeurent prégnantes et plus durables que nous ne l'avions anticipé". C'est étrange, la crise est connue depuis 2006, et dès juin 2007, plus de 3 millions d'américains avaient été déclarés en faillite personnelle et avaient tout perdu, dont leur bien immobilier acquis avec ces prêts hypothécaires à haut risque. La raison de cette cécité et de cet autisme était de jouer au poker menteur et de se tromper mutuellement entre banques en retardant au maximum les publications des pertes pour ne pas dévisser à la bourse, et entre banques centrales pour éviter une dévaluation de sa monnaie.

Le Grand-Guignol ne pouvant plus durer, à l'orée du cataclysme à venir, le G7 a "mis en demeure les banques de publier leurs pertes dans les cent jours et lors de la publication de leurs comptes semestriels". Cette sommation est mignonne, mais comme les recommandations du G8 de Heiligendamm Rostock ou de Gleneagles, elle ne comporte aucun cadre légal et un catalogue et un agenda de mesures dans le cadre de la souveraineté des États concernés. Le G7 poursuit en demandant "des améliorations de la comptabilité et de la transparence des engagements hors bilan des établissements financiers". Elle demande aussi "la valorisation à la juste valeur des instruments financiers durant les périodes délicates". Le G7 souhaite que "des tests de robustesse soient appliqués aux produits risqués et dérivés" et que "les ratios de trésorerie (liquidité) des banques soient améliorés et augmentés". D'ici à la fin de l'année le G7 veut aussi que "soient accrues les exigences de fonds propres pour les produits structurés complexes et les entité hors bilan pour mieux en apprécier la dangerosité". Les agences de notation doivent "mettre fin à leurs conflits d'intérêts résultants de leur double activité, celle de la notation (boursière et d'entreprises) et celle de la commercialisation de produits financiers complexes". Les agences de notation doivent aussi "améliorer leur méthodes d'évaluation".

Les ministres de l'économie et des finances du G7 "se réservent le droit de réglementer si les agences de notation ne devaient pas se réformer". Nous pouvons donc observer que l'intervention de l'État prévue par le G7 n'est pas encore inscrite dans leur mental, à l'image de Henry Paulson, et qu'une seule réglementation est prévue pour les agence de rating (notation). Le G7 n'attend que du FMI et de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) pour octobre des proposition destinées à encadrer leurs futures activités propres. Nous observons la couardise du G7 et sa manière de faire rentrer par la petite porte le retour de l'interventionnisme étatique en s'appuyant sur d'autres organisations internationales. Malheureusement il faudra passer par le cataclysme financier et économique pour mettre fin à cette psycholepsie des responsables politiques qui sont encore dans leur rêve néo-libéral, en apparence pour eux légitimé par la chute du Mur de Berlin, qui est dans la continuité de von Hayek et de son État minimal. C'était tellement agréable pour cette classe politique de se laisser élire par les peuples sans être obligés d'agir pour le bien public et pour le service au public et pour laisser faire ce laisser-faire.


13] La contre-réplique répulsive de l'IIF - l'Institut International de la Finance

Quand la croissance durable du club des riches, composé de l'OMC, du FMI, de la Banque Mondiale, de l'OCDE, mais aussi à sa tête composé de la néolibérale Union Européenne, est elle-même menacée, le grand garant, l'IIF, sort de l'ombre pour porter le flambeau olympique de la finance et qui n'hésitera pas à commanditer sa milice privée, le moment venu, à l'image de la Chine génocidaire. (avez-vous remarqué que l'État souverain français a laissé opérer la milice privée chinoise en jogging bleu et blanc sur son territoire et tout au long du parcours de la flamme? La compromission universelle n'a pas de limite).

L'IFF n'est pas une association secrète mais il n'était connus que des milieux spécialisés et il n'organisait ses réunions qu'à New York, Londres ou Washington. C'est la première fois dans ses 25 ans d'existence qu'il a siégé à l'étranger, soit à Francfort et qu'il a émis un catalogue de proposition d'une telle ampleur. L'IIF est une association bancaire qui regroupe 375 membres. Il s'agissait pour l'IIF de se demander si les politiciens des pays industrialisés de l'ouest allaient imposer des limites à la branche débridée du secteur bancaire. Dans ce cas, l'IIF reconnaît "la légitimité des politiciens face à la crise financière la plus virulente et la plus grave depuis la seconde guerre mondiale et qui est due à un octroi excessif de prêts en Amérique, à des spéculations inappropriées et à une politique lacunaire du risque de beaucoup de banques européennes et américaines".

Selon Charles Dallara, Président de l'IIF, l'organisation fera tout son possible pour "assainir d'elle-même la maison et pour ne pas abandonner cette tâche au législateur". L'IFF prévient les politiciens de ne pas "légiférer dans l'urgence et de manière inappropriée". La crise "qui n'avait commencé qu'en rien d'autre qu'une crise immobilière aux USA avait pris une telle ampleur parce que les banques avaient enveloppés les crédits immobiliers dans des constructions de plus en plus complexes et qu'elles les avaient revendues au niveau mondial". Ceci avait provoqué "une crise de confiance entre les banques parce que personne ne connaît en réalité ses pertes réelles et la forme et la hauteur des risques encourus".

Nous ne pouvons croire qu'au niveau de la direction générale de tous ces instituts financiers et bancaires l'on ne connaisse au jour le jour les positions comptables et l'orientation des affaires. C'est comme l'affaire montée du trader de la Société Générale qui aurait à lui seul provoqué la plus grande des pertes d'une banque. Non. Nous sommes bien au niveau du tout-laisser-faire où le seul objectif est de tromper le partenaire économique pour profiter de lui au maximum et le plus vite possible dans ce système des réseaux emboîtés du monde de la finance. Pourtant, il y a moins d'un an l'IIF répandait sa mantra selon laquelle "ce système des réseaux financiers emboîtés concourrait justement à la stabilisation du système financier et que les instituts financiers se préoccupaient de répartir les risques de manière efficiente". Il y a un an aussi, Dallara chantait les louanges pour le "management du risque très amélioré des banques". Et c'est le contraire qui est réalité: l'opacité des produits structurés et imbriqués entre eux a échoué et a mis en péril la stabilité mondiale du système financier.

Les banquiers ont promis de faire pénitence et de "grandes lacunes ont été reconnues dans la pratique des affaires de la part des instituts de crédit". Un code de bonne conduite, qui sera publié cet été, promet un meilleur management du risque contrôlé de manière plus accrue par le Président du directoire et du Conseil de surveillance de chaque institut financier. Dans un catalogue en 98 points l'IFF plaide pour améliorer la transparence de ces produits financiers complexes et pour rémunérer les banquiers qui prennent plus en compte les critères du long terme dans leurs calculs du risque. Vous voyez ce que la taxe Tobin n'a pas encore eu le droit d'appliquer, à savoir de freiner le tourisme spéculatif, l'IIF prétend vouloir le freiner. Ne nous faisons aucune illusion, ceci n'est qu'une pseudomnésie, rien d'autre. Il faut aux banques gagner du temps pour se régénérer dans la bubble economy et pour inventer une nouvelle bulle pour opérer en leur faveur les transferts de richesses auxquels elles aspirent. Les banques ne se sont jamais soumises elle-mêmes à leurs obligations volontaires de bonne conduite et leur dernier déni en date remonte à mars 2007 où l'IIF avait recommandé sans suite les banques à améliorer le management de la trésorerie (liquidités).

La crise a des racines bien plus profondes que l'éclatement de la bulle financière, le management défaillant du risque, etc... Les banques ont inventé depuis ces deux dernières décennies des produits de plus en plus innovants et sophistiqués avec lesquels elles se sont laissées dépasser. Les entreprises financières ont contribué de manière considérablement disproportionnée à la croissance économique des nations industrialisées (économie "réelle" / économie non-"réelle"). Les banques ont aussi gonflé leurs bilans avec des montagnes de dettes et se sont catapultées dans des proportions non tenables sur le long terme. Au début des années 80' la dette de la branche américaine de la finance correspondait à 1/10 du volume du crédit, elle est aujourd'hui de 50%.

Que la main ferme de l'État "bidouille" (selon Dallara) dans les affaires des banques, ou que ce soit la main tranquille des marchés qui s'en occupe, les banques devront rétrécir de manière incontournable le volume de leur dette et devoir restreindre le volume de leurs affaires. Pourtant l'IIF rejette de façon véhémente et à tout prix des lois plus astreignantes pour les banques mais les souhaite pour les sociétés de notation (rating). L'IFF attend aussi, en situation de crise, un plus grand soutien financier de l'État... cqfd. Oh, non, non pas pour sauver des banques, saperlotte, pécaïre, mais pour éviter une plus grande crise et la récession. Eh voilà, les gars, l'État doit de nouveau agir, avec l'aide du contribuable, comme une entreprise de réparation des marchés financiers internationaux pilotés par des opérateurs au comportement irresponsable et méprisant de la chose publique.

Vous n'avez toujours pas envie de signer les pétitions ci-dessous? Ou de vous demander, pourquoi il y a des européens nonnistes comme moi? Ah oui, c'est vrai le PS et ses boys de Solférino se sont "abstenus" le 4 février au Congrès de Versailles pour l'adoption du TSE, du Traité de Lisbonne.

C’est pourquoi nous, citoyens européens, demandons l’abrogation du Chapitre 2 "Interdiction des restrictions quantitatives entre les États" du Traité de Lisbonne (TSE, Traité Simplifié Européen) de l’art. 56 qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également que soit restreinte la "liberté d’établissement" (chap. 2, art. 48), qui laisse opportunément au capital la possibilité de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et qui permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs. Vous voyez, même si le FMI devait émettre des recommandations de bonnes conduite, l'Europe s'est elle-même verrouillée de partout avec une adoption de la Constitution européenne "simplifiée" qui demeure la Loi fondamentale au-dessus de toutes les autres lois nationales et qui a force quasi immuable. J'ai voté NON le 29 mai, je vote toujours NON parce que je suis un européen convaincu. L'histoire punira d'elle-même tous ces partis qui ont abandonné les peuples au profit des affaires commerciales d'une UE qui n'est qu'une AELE, Association Européenne de Libre Echange conforme au modèle anglais, que notre nouveau Président, NS, est venu embaumer à la City avec ses chaussures à talons hauts.

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1] Pour signer la pétition lancée par Oxfam contre les vulture funds et Stop the debts vulture de Jubilee Debt Campaign

2] Pour signer la pétition européenne "Spéculation et crises financières: ça suffit".


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Lire aussi: FMI et Attac, même combat: le contrôle des marchés financiers.