L'Afrique est aussi le Continent le plus riche en minerais.

Le G20 financier de Londres du 2 avril 2009 a été une injure qui n'a que renforcé l'Axe du Mal. La spirale spéculative de crédit et son système d'assurance des risques de l'incertitude systémique (moral hazard) par les CDS, les CDO, les LBO, etc... ont tué l'activité économique et fait du Travailleur et des Pays ACP et des Pays En Développement une espèce d'emmerdeurs compressibles à souhait  au gré de l'actionnariat de fonds spéculatifs de toute nature. Une refonte du système de crédit sera à engager dans la prochaine décennie en augmentant l'exigence des fonds propres de réserve ce qui réduira l'effet de levier financier revolving. Les fonds propres de réserve en banque devront remonter à 4%, puis à 6% et sans doute dépasser les 10%. Il faudra organiser le ralentissement de la circulation de la monnaie et le ralentissement de l'expansion du crédit. Il faudra alors avoir au niveau macro-économique comme au niveau des ménages et des entrepreneurs une gestion prudentielle durable verte et sociale conforme au moins au libellé des normes Bâle 2 et IFRS qui sont des "normes comptables prudentielles". Ceci nécessitera de requalifier la Croissance en un Green New Deal et d'y intégrer l'IDH, l'Indice de Développement Humain. Un ralentissement de la croissance des pays industrialisés devra s'organiser avec les Pays En Développement (PED) et les Pays Afrique Caraïbes Pacifique (ACP).

L'action de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International dans les pays en développement est dénoncée depuis plus de 20 ans. La fin de la guerre froide a mis fin au maintien des obédiences et allégeances mais n'a pas arrêté la gestion du monde par blocs. Ces deux Institutions Financières Internationales soumettent les prêts qu'elles réalisent à de strictes considérations financières, qui suivent le dogme monétariste qui est le seul mode de communication des USA avec les canons. Ces conditionnalités sont politiques et obligent les pays qui les acceptent à réduire leurs dépenses budgétaires, notamment dans l'éducation et la santé (voir aussi ADPIC et ADPIC+) qui sont pourtant des clefs pour le développement, afin de pouvoir rembourser plus vite une dette, dont une grande partie est souvent illégitime: dans les années 1970, les pays en développement avaient une dette modeste, mais libellée en dollar. Les réajustements monétaires durant ces années l'ont fait exploser et dès le début des années 1980 le Mexique se déclare insolvable, suivi d'autres pays. Mais la plupart des pays en développement reste dans le rang, ou le rejoigne peu après. Ils croient avoir trop besoin des investissements étrangers pour leur développement.

Avec l'apparition d'une majorité politique de gauche en Amérique Latine et surtout depuis l'éclatement de "La Crise du Nord" les pays latino-américains ont coupé leurs liens avec le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale. Le Vénézuela en est sorti tout récemment en faisant grand bruit. Les pays émergents du Sud ont compris qu'ils ont seuls suffisamment de capitaux pour constituer leurs propres institutions financières, et proposer une politique de prêts au service du développement qui n'obéisse pas à la même logique que celle du FMI et de la Banque Mondiale. Seul le FMI est sorti "victorieux" du G20 de Londres du 2 avril 2008 où il a été donné aux marchés le signal que la helicopter money, qui est imprimée à Paper Mill on the Potomac et à Londres, va pleuvoir avec 1000 milliards de $ en direction du FMI et de la Banque Mondiale.

Vous comprenez mieux le choix politique de cette décision du G20 de Londres. Il ne s'agissait pas de renflouer les pays en détresse financière, mais il fallait étouffer toute volonté d'indépendance d'États Membres du FMI en leur faisant miroiter une aide financière internationale. La trappe à liquidité ne fait que de gonfler avec ces 1000 milliards de $ et toutes ces mesures n'auront qu'un effet de levier pour préparer Weimar 2, la misère et l'hyperinflation. Cette somme de 1000 milliards est historique pour le FMI. Ce Plan de renflouage du G20 de Londres est en réalité un plan coordonné de dévaluation du $ et de préparation à une inflation élevée pour faire disparaître d'une autre manière la dette et les créances pourries américaines. Le management d'évènements de Brown-Obama avait rebondi avec ce G20 de Londres pour euphoriser Wall Street.

Dans cette Crise du Nord, les perspectives sont d’autant plus moroses pour les Pays En Développement et les Pays ACP qu'ils ne disposent pas de moyens suffisants pour financer des plans de sauvetage et de relance de leur économie. Sans ressources internes et externes additionnelles, ils souffriront beaucoup plus gravement de la récession globale. Les moyens supplémentaires mis à leur disposition seront assez limités: sur les 1000 milliards de dollars annoncés par le G20 de Londres du 2 avril 2009 pour relancer l’économie mondiale, seulement 50 milliards reviendraient directement aux pays à faibles revenus. Cet apport additionnel constitué de prêts assortis de conditionnalités devrait être décaissé sur une période allant de deux à trois ans. Or, rien que pour l’année 2009, le FMI évalue à 216 milliards de dollars la facture de la crise financière pour les pays les plus pauvres. De plus le poids du remboursement de la dette continue à détourner une part conséquente des finances publiques des Pays En Développement. Selon la Banque Mondiale, le service total de la dette des pays à faibles revenus est passé de 21 milliards de dollars en 1990 à 31 milliards de dollars en 2007.

C'est ce qui expliques toutes les initiatives actuelles pour contourner la dépendance par rapport au FMI, à la Banque Mondiale et au Système monétaire International. La création de la Banco del Sur est signée le 9 décembre 2007 par les membres de l'Union des Nations Sud-Américaines. D'ici quelques semaines la Banque du Sud va commencer ses activités. Ayons une pensée pour Salvatore Allende et Pablo Neruda., cette gauche d'Amérique Latine qui avait été éliminée dans le sang par la CIA, les GIs et leurs dicatures téléguidées (Pinochet, etc).

Les parties de la planète non inféodées aux USA, ou qui en ont assez de l'avoir été, ou qui en comprennent enfin les dangers parviennent enfin - à l'inverse du G20 de Washington de novembre 2008 et du G20 de Londres du 2 avril 2009 - à poser au Système Monétaire International les questions fondamentales qui sont mises en avant par la Crise financière et économique. Toute la planète envasée dans le dollar-glut (les agglutinements de $ en dehors des USA) regarde avec gravité le $ comme monnaie de référence internationale. La Fed' avait lancé pendant 15 ans la planche à billets sous la direction de Bernanke, adulé mondialement comme "le Gourou", pour combattre la récession. La Paper Mill on the Potomac finançait l'endettement de la super-puissance américaine dont l'économie est fondée sur la consommation à crédits cumulés.

Les autres pays de la planète sont assis sur des réserves en $, 2000 milliards pour la Chine. Quand le $ va s'effondrer ce sera le fruit de quelques décennies de travail qui sera perdu pour ces pays. Selon Zhou Xiaochuan, gouverneur de la banque centrale chinoise, "il est unique dans l'histoire de l'humanité qu'une monnaie nationale adossée sur le crédit soit en même temps une monnaie de réserve internationale". Depuis De Gaulle, nous savons que "les américains font financer leur pauvreté par le reste du monde". Car les USA sont pauvres depuis presque 3 décennies. Le saviez-vous?

Nous sommes tous organiquement ancrés dans une contradiction interne du Système Monétaire International: l'Amérique ne peut revendiquer le rôle d'une réserve monétaire internationale et pratiquer en même temps une politique monétaire à ambition égocentrique nationale. Les parties du monde se rebellent et n'acceptent plus d'être au service de cet Axe du Mal du $. Il faut donc bien dépasser les ressentiments équivoques que peuvent susciter la Chine ou Hugo Chávez qui a lancé la Banque du Sud, et comprendre qu'un nouvel ordre international s'installe à côté des USA qui ont définitivement perdu toute crédibilité, mis à part la médiatique marionnette de Wall Street en la personne d'Obama. Il a quelque chose en négatif du Bip, Marcel Marceau le pantomime strasbourgeois, mais chez lui le tragique est une écriture réelle, une réelle écriture de l'épilogue américain. Nous sentons bien que son regard qui s'arrête à droite et à gauche de la dalle plasma ne regarde jamais le centre, vous. Il y a une énorme dimension tragique en cet homme, élu pour enlever les poubelles d'une nation.


La relation avec les USA, que ce soit pour l'Asie, l'Inde, et l'Amérique latine est précaire. Pour stimuler leurs exportations ces régions ont maintenu leur monnaie artificiellement basse en rachetant constamment du $. Ces régions ont éclusé en retour dans l'Amérique, pays de la réserve monétaire mondiale, ces $ achetés. Ils ont acheté des Bons du Trésor américain ou financé des emprunts. Ces flux de capitaux ont exercé une pression à la baisse sur les taux d'intérêts aux USA et ont puissamment alimenté les bulles spéculatives immobilières et les autres. La contradiction organique du Système Monétaire International a exercé un effet de levier multiplicateur sur l'éclatement de la crise. Tout, toujours et tout le temps devait passer par le Système Monétaire International au service des USA. Il faudra donc bien faire la différence entre ceux qui craignent le retour du "protectionnisme" parce qu'ils comprennent qu'ils sont étouffés par les USA, et ceux qui veulent continuer à être au service des USA.

Les chinois proposent comme mesure temporaire la création d'une réserve monétaire supra-nationale grâce aux Droits de Tirage Spéciaux (DTS) du FMI. Ceci mettrait enfin un terme à la vassalité envers le $ qui est imposée au reste de la planète depuis la Conférence de Bretton Woods de 1944. John Maynard Keynes avait proposé en vain en 1944 une unité de compte internationale appelée "Bancor". Les DTS actuels sont constitués d'une corbeille de monnaies basées sur le crédit ($, Euro, £, Yen) et le Chine aimerait bien y ajouter le Yuan. Comme ceci ne va pas assez vite elle organise aussi en Amérique latine des Accords swap, d'échange de monnaies, qui permettent de s'affranchir du $ pour financer les échanges bilatéraux des pays signataires. L'incertitude se trouve en ce moment sur la capacité des DTS, de cette monnaie synthétique, à être acceptée et à instaurer de la stabilité. C'est pourquoi se créent autour de la planète la Banque du Sud et des multipolarisations par régions économiques mondiales destinées à gérer régionalement des problèmes économiques et financiers. La grande réforme sur la vision de proximité de la Banque Mondiale et du FMI, lancée par Michel Camdessus, Président du FMI de 1987 à 2000 a été rejetée comme le Bancor.

Michel Camdessus n'en a pas moins été un libéral convaincu qui avait orienté de manière brutale le FMI en imposant aux pays pauvres ou en voie de développement des mesures de privatisations ou de réductions des dépenses publiques d’éducation et de santé en échange de prêts. Ce troc avait aggravé des crises existantes ou jeté ces pays dans des crises sans précédent: Mexique (1994), Thaïlande (1997) puis toute l'Asie du sud est (1997-1998), Russie (1998), Brésil (1999), Turquie (2001) et Argentine (2000-2001). L'Argentine constitue le cas d'école de l'échec du FMI, car elle a servi pendant des décennies d'exemple et de modèle au directeur du FMI et à ses États Membres, tous d'accord avec la politique du FMI, tous d'accord dans un système de vote censitaire où les USA sont actionnaires majoritaires et où seule la vision américaine compte. Rubens Ricupero, secrétaire général de la CNUCED, estimera, dans son Rapport sur le commerce et le développement que la politique de libéralisation a "provoqué le chaos en Extrême-Orient et en Russie et neutralisé les progrès accomplis en Amérique latine". Ce chaos en Amérique latine avait été aussi constamment consolidé par la CIA avec des régimes fascistes et dictatoriaux du genre de Peron, ou de Pinochet, etc...

Le temps semble donc être révolu pour une telle monnaie synthétique qui n'est qu'une monnaie politique aidée par les armes ou la torture le cas échéant. Ce que les pays industrialisés ont réclamé et instauré dans leurs systèmes, dans leurs Constitutions, dans le Traité de Lisbonne, dans le Pacte de Dublin de Stabilité et de Croissance et le Traité de Maastricht installant l'Euro, à savoir "l'Indépendance de la Banque Centrale", n'a curieusement pas été réalisé au niveau du FMI et de la Banque Mondiale qui ne sont que l'arme de poing des USA sans représentation et mode de fonctionnement démocratiques.

Greenspan qui a été 15 ans Gouverneur de la Fed' avait analysé en 1996 dans le rapport "L'or et la liberté économique" (Gold and Economic Freedom) l'effet fatal d'une politique monétaire laxiste, et pourtant c'est sous Greenspan que les USA ont pratiqué la politique la plus laxiste. Quand il y avait avant la 1ère Guerre Mondiale l'étalon-or qui mettait des limites "physiques" à l'expansion du crédit, les récessions économiques étaient relativement réduites. La Fed' avait été crée en 1913 et sa politique d'expansion monétaire des années 20 avait surchauffé un boom qui s'était effondré en 1929 et qui est identique à la crise actuelle qui a commencé dans les médias avec les Subprimes dès 2006. Trop d'argent à bon marché a développé des flux monétaires qui n'ont plus pu être maîtrisés. Comme je vous l'ai expliqué dans mon article précédent, il faudra requalifier et ralentir la croissance. Il n'est pas dit qu'une requalification de la Croissance entraîne une récession des Pays En Développement et des Pays ACP. Il faudra analyser à ce sujet l'analyse juste de la propagande idéologique des spéculateurs systémiques qui veulent poursuivre leur job et remplir leurs fouilles. Nous comprenons que les Pays d'Asie du Sud-Est et d'Amérique Latine s'organisent régionalement et veulent définir le rythme de leur propre croissance durable.

Il faut bâtir sur une stabilité. Certains préconisent le retour à l'étalon-or. L'avantage de l'étalon-or est qu'il ne permet pas non plus un endettement démesuré des États. Les déficits budgétaires chroniques des États sont le signe des États "modernes" qui mettent en avant la Croissance sans même tenter de la qualifier ou de s'enquérir de sa durabilité. L'expansion monétaire ne mène qu'à de l'inflation, qui est considérée jusqu'à un certain point comme une manne nécessaire venue du ciel, un enrichissement sans cause en réalité. C'est aussi pourquoi l'inflation réelle a été bien plus grande qu'avouée comme nous le voyons sur le graphique ci-dessous publié par shadowstats.com.


Chart of U.S. Consumer Inflation (CPI)

Il faudra réinventer un système, comme l'étalon-or, qui permette d'éviter l'expropriation cyclique des économies des peuples et des ménages par l'inflation. L'inflation du monde étant tirée par l'expansion monétaire, l'expansion monétaire étant tirée par Paper Mill on the Potomac, et est tirée aujourd'hui par Obama Geithner par les Plans TARP, TALF, PPIP de bail out, de rachat des créances toxiques pour les cacher avec de l'argent frais revolving, artificiel ou synthétique.

Les banques centrales sont un Janus protéiforme dont l'une des têtes cachées est hypertrophiée. Les idéologies dominantes doivent donc être à la hauteur de la pratique dans le système ordolibéral pour conserver toutes ces têtes sur le tronc du dominant. Pendant que les banques centrales nourrissent l'impression que leur politique monétaire contribue à la stabilisation des économies nationales, elles ont souvent réalisé le contraire, la déstabilisation, l'effondrement économique, l'hyper-inflation. Préparons-nous en passant à Weimar 2. Selon des analystes c'est historiquement un mythe que les banques centrales, à fortiori la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, ont été créés pour lisser les pics de conjoncture et pour stimuler la croissance. Elles servent à la politique fiscale ou à une autre forme de politique que je catalogue sous cet aphorisme de mon cru: la politique est l'art du réel, elle sert à organiser le transfert des savoirs, des pouvoirs et des richesses, mais toujours du même côté. La Fed' a excellé dans ce transfert planétaire, mais, si elle a permis l'élargissement de la domination américaine et la traite des richesses du monde, elle a conduit les USA dans la bulle de l'illusion de la richesse et en réalité à l'appauvrissement extrême des USA, et des autres têtes de ce Janus, le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Islande, etc...

Il n'y a rien d'étonnant que le Fonds de Crise des Pays du Sud-Est asiatique et la Banque du Sud se promettent de ramener dans les capitales des pays concernés la gestion du devenir de leurs peuples et de leur économie. Mais il sera impossible d'adosser les monnaies nationales ou régionales à l'or parce qu'il n'y a pas assez d'or disponible. Le prix de l'or devrait alors se multiplier par 40 selon les analystes. Et il ne faudra pas non plus tomber dans l'idée chérie par Augustus von Hayek, le libéral de tous les néolibéraux, qui se souhaitait la concurrence libre et non faussée... des monnaies. Nous voyons comme les opérations carry trade sont nuisibles aux monnaies des pays et peuvent les démolir en une nuit de folle spéculation comme l'a fait Geroge Soros sur la £. Je ne me souhaite pas une guerre nationaliste par monnaie interposée, il faudrait alors inventer un système mixte entre un étalon-or et une corbeille de monnaies. Je m'imagine que tout l'or du monde pourrait être réparti dans un système mutualisé de Fonds Régionaux, comme la Banque du Sud, le Fonds de Crise Asiatique, un Fonds Africain, un Fonds des Pays Industrialisés, mais que la répartition devra être démocratiquement répartie selon le poids des populations dans un gouvernance globale.

La Chine voudrait créer une corbeille à métaux et mettre à côté de l'or d'autres réserves monétaires matérielles, c'est à dire d'autres métaux ou d'autres matières premières, mais pas des coquillages tout de même. Quoique, il suffirait d'instaurer une discipline dans les ratios de couvertures et nous ne sommes ici pas loin des fonds propres de réserves de ladite norme comptable prudentielle appelée Bâle 2 ou IFRS. Il suffit d'une discipline effectivement respectée avec des sanctions, au pire des cas comme celles prévues par exemple dans les Critères de Stabilité et de Croissance régissant l'Euro. Si les critères sont dépassés une forte amende est imposée. Cette disposition du Pacte de Dublin n'a jamais été appliquée dans la Zone Euro et chaque pays, à commencer par l'Allemagne, le plus intégriste monétaire, qui est allé au delà des seuils des Avertissements de Bruxelles. Ne parlons même pas des dépassements abyssaux dûs aux Plans de Sauvetage des Banques & Assurances ou du Plan-(s) Européen-(s) avec ses Boîtes à Outils.

Sur le long terme, les coûts de maintenance d'une corbeille de monnaies de réserve matérielle sont inférieurs aux coûts dûs aux éclatements de bulles provoquant des appauvrissements cycliques. Même si ma phrase, le néo-libéralisme a fait plus de dégâts économiques que Hitler ou Staline, semble, à la date du 12 mai 2009, n'être qu'une provocation de pétomane, il faudra avoir l'honnêteté d'y penser.

Banco del Sur

Aujourd'hui ne subsite plus aucun obstacle à la création de la Banco del Sur, la Banque du Sud. Les ministres de l'économie de l'Argentine, de la Bolivie, du Brésil, de l'Équateur, du Paraguay, de l'Uruguay et du Vénézuela se sont mis d'accord vendredi dernier le 8 mai 2009 à Buenos Aires sur la constitution de la banque multilatérale qui sera une alternative régionale à la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire International (FMI). La procédure constituante avait commencé en 2007 et la ratification par les Parlements nationaux des États Membres suivra rapidement avant l'été 2009.

La Banco del Sur a pu être mise sur pieds grâce à la majorité de gauche des gouvernements actuels d'Amérique Latine. Face à la crise financière déclenchée par le nord, elle est le signe que l'Amérique Latine aspire aujourd'hui à son indépendance économique. Sa structure de gouvernance va aussi considérablement se démarquer de celles des Institutions Internationales Financières issues des Accords de Bretton Woods. Ainsi, exactement à l'opposé des pratiques du vote censitaire de la Banque Mondiale et du FMI où les USA usent et abusent de leur domination majoritaire, chaque État Membre de la Banco del Sur dispose d'une voix, même si les projets seront principalement financés par les pays financièrement les plus forts comme le Vénézuela, le Brésil et l'Argentine.

La Conférence interministérielle de Buenos Aires sera la dernière de ce type. Les Chefs d'États et de Gouvernements de ces Pays Membres se réuniront encore ce mois de mai et proclameront officiellement la naissance de la BancoSur. La Banque du Sud aura son siège à Caracas et dans deux annexes à Buenos Aires et à La Paz. La Banque du Sud est née d’une idée du président Hugo Chávez, qui a donné lieu à la tenue d’une dizaine de réunions techniques depuis 2007 entre les pays qui ont adhéré à cette proposition du dirigeant vénézuelien. La Banco del Sur doit commencer avec un capital de départ de 7 milliards de $. L'Argentine, le Brésil et le Vénézuela vont verser chacun 2 milliards de $. L'Équateur et l'Uruguay vont verser chacun 400 millions de $, la Bolivie et le Paraguay vont verser chacun 100 millions de $.

La Banco del Sur supplantera dans un avenir proche le FMI, la Banque Mondiale et la Banque Interaméricaine de Développement qui a son siège à Washington... mais comme son nom ne l'indique pas, son cahier de charge est de promouvoir l'économie et le commerce en Amérique Latine.

"La Banque du Sud doit être un premier pas vers la création d’une monnaie propre à l’Amérique du Sud. Une espérance naît pour nos pays avec la Banque du Sud" avait déclaré à la première réunion interministérielle Evos Morales, premier président de la République de Bolivie d'origine amérindienne. Pour le Président brésilien Lula, "la Banque du Sud est un pas important pour renforcer l’autonomie financière de l’Amérique du Sud. Elle pourra financer des projets dans des secteurs clefs de l’économie, tels que l’infrastructure, les sciences et technologies, et pour la réduction des asymétries dans la région".

Pour le Président équatorien, Rafael Correa, "la Banque du Sud sera au cœur d’un réseau financier pour le développement, en tant qu’alternative au FMI et à d’autres organismes. Nous avons débuté une nouvelle période, une nouvelle architecture internationale, avec une banque qui sera au cœur d’un réseau financier pour le développement. Plus de 250 milliards de dollars des banques centrales d’Amérique latine sont déposés hors de la région, dans le dénommé premier monde, sous prétexte de sécurité. De ce fait, il faut construire un fonds du sud, qui rassemble les réserves déposées en dehors du sud et les multiplie pour éviter les crises financières et équilibrer les balances de paiements. La longue et triste nuit néolibérale a non seulement conduit à la dépendance économique mais aussi à un pillage sans scrupule, avec ses politiques d’ajustement apatrides pour spolier les peuples. La Banque du Sud est la réponse politique au Fonds Monétaire International, qui est un désastre pour le tiers-monde. Le FMI est devenu le gendarme des créanciers de la région".

Le Président vénézuelien Hugo Chávez a souligné que "la Banque du Sud est devenue une réalité qui aurait été impensable pour le continent il y a 9 ans d’ici. Il y a eu de nombreux obstacles. L’obstacle majeur est le manque de conscience de notre part, car il s’agit d’un changement de paradigme. La Banque du Sud, à côté d’autres initiatives comme PetroSur, constitue l’union de l’effort des pays d’Amérique du Sud pour combattre la pauvreté, la misère, la marginalité, l’analphabétisme, pour garantir à nos peuples l’éducation, la santé, le logement, et un emploi digne. En résumé, il s’agit d’un instrument pour la libération. Il est maintenant temps de récupérer les capitaux latino-américains afin de les investir dans les besoins de la région. La Banque du Sud doit être un premier pas pour commencer à récupérer ces capitaux qui sont les nôtres, ceux de notre peuple, et les convertir en investissements pour le développement, en investissements dans la lutte contre la pauvreté. Nous ne devons rien attendre sinon de nous-mêmes."

Et maintenant, on fait quoi? Cette question, je la posais le 4 avril à la suite du G20 en pleine euphorie guerrière du Sommet de l'Otan dans ma ville à Strasbourg. La Banco del Sur, le Fonds Asiatique de Crise montrent la voie. L'Europe pourrait garder ou se découvrir une indépendance de manœuvre face aux USA. Mais elle vient, comme toujours de copier le Royaume-Uni et les USA en lançant l'expansion monétaire par la planche à billet pour racheter à hauteur de 60 milliards d'euros directement des créances pourries des instituts bancaires européens drogués par la spéculation systémique et se trouvant en phase terminale. Les USA auront de plus en plus de mal à organiser le trickle-west effect (l'effet de percolation qui ramène tout aux USA) quand on sait qu'il ont dans leurs caisses 11000 milliards de $ de créances pourries et 45000 milliards d'assets toxiques hors-bilan (CDS / CDO) à en lire le Financial Times Deutschland du 13 mai 2009. Plus personne ne croit en la note AAA toujours accordée aux USA par les agences de notation.

Comme pour la création du Fonds de crise Asiatique, l'information sur la création de la Banque du Sud passe presque inaperçue à 99,99 % sur le web en anglais, français et allemand. Je n'ai trouvé cette information, relative à cet évènement daté au mois de mai 2009 que sur deux sites allemands: Fachinformationsdienst für Globalisierung, Nord-Süd-Politik und internationale Ökologie qui est une plateforme des ONG, et le journal de gauche Neues Deutschland.