Je lis aujourd'hui dans le China Daily et dans le Hindustan Times que l'Asie est entrain de créer son propre système monétaire. La Chine, le Japon, la Corée du Sud et 10 autres pays asiatiques (ASEAN plus trois = 13) font passer leur aide de crise de 80 à 120 milliards de $. Avant la fin de l'année le Fonds Asiatique sera opérationnel. "Le Fonds Monétaire International travaille avec une optique mondiale. Nous allons faire à présent ceci à un niveau régional", selon Rajat Nag, Directeur de la Banque de Développement Asiatique (ADB) à sa réunion annuelle à Nua Dua en Indonésie. "Le sens de ce Fonds est d'offrir une alternative au FMI. C'est pourquoi ce pool asiatique devra être plus attentif aux spécificités et plus flexible", pour Surin Pitsuwan, Secrétaire général de l'Association des Nations du Sud Est, ASEAN (Brunei, Cambodia, Indonesia, Laos, Malaysia, Myanmar, the Philippines, Singapore, Thailand and Vietnam).

La Banque ADB a triplé en même temps son capital initial de 165 milliards de $, ce qui lui permettra plus facilement d'accepter des fonds supplémentaires. La Banque ADB va augmenter pour cette année et l'année prochaine d'1/3 ses prêts (32 milliards $). L'année dernière elle avait accordé en prêts une somme record de 10,5 milliards de $.

Il est très préoccupant que l'argent quitte l'Asie. Le transfert de l'épargne d'une partie du monde vers une autre fonctionnait bien quand les économies avancées pouvaient absorber la production des pays en développement (PED), mais la situation actuelle de l'économie globale montre que ce transfert de richesses est tari. Le solde net en défaveur de l'Asie est de 30 milliards de $ cette année. La conséquence est que de plus en plus de pays de l'Asie du Sud Est ne parviennent plus à se fournir en liquidités sur les marchés financiers. De plus, la prime à payer pour couvrir le risque exclue de plus en plus de pays. Mais certains pays comme la Chine ont toujours accès librement aux marchés des capitaux. La banque ADB a déjà avancé très rapidement 3 milliards à des conditions avantageuses aux gouvernements qui en ont eu besoin.

Bien que les économies nationales asiatiques aient encore une croissance relativement élevée par rapport aux USA ou à l'Europe, les pays exportateurs sont durement touchés. "La situation actuelle exige plus d'efforts concertés pour créer de nouveau la confiance, pour conserver la stabilité financière et pour arrêter une autre réduction de la croissance. La grippe H1N1 (grippe porcine mexicaine) contraint ces pays d'être particulièrement vigilants par rapport aux effets sur la vie économique", selon les explications de "ASEAN plus 3".

Les gouvernements asiatiques ont injecté dans le circuit économique 1 milliard de $ depuis le début de la Crise. La Chine, le Japon et la Corée du Sud sont signataires de cet accord d'échange (Swap-Agreement) à hauteur de 38,4 milliards de $. C'est la première fois que la Chine met à contribution Hong-Hong, cette région gérée de manière autonome sous administration spéciale, avec une somme de 4,2 milliards de $. La contribution de la Corée du Sud est de 19,2 milliards de $, le reste provient des pays du sud-est asiatique. Cette répartition 2:2:1 entre la Chine, le Japon et la Corée du Sud porte le nom Chiang Mai Initiative.

L'Asie crée ainsi de facto un Fonds Monétaire propre ce qui était impossible sous le gouvernement Bush. L'Asie s'en donne les moyens. Il y aura au siège de la Banque Asiatique pour le Développement une unité spécialisée en économie nationale qui observera la situation des 13 Pays membres ainsi que l'octroi de moyens financiers. Dans la concurrence entre la China et le Japon pour obtenir les faveurs de l'Asie du Sud-Est, le Japon offre en plus aux Pays en Développement un Fonds de crise de 6 trillions de Yen (45,5 milliards d'Euros) et garantit les prêts des entreprises au Japon à hauteur de 500 milliards de Yen.

La banque ADB estime, que le crise va forcer jusqu'à l'année prochaine 100 millions de personnes en Asie à vivre dans une extrême pauvreté avec 1,25 $ par jour. 130 millions de personnes ne disposeront que de 2 $ par jour. La croissance en Asie sera cette année aussi basse que lors de la Crise Asiatique, soit 3,4% sans le Japon (6,3% l'année dernière).

Pour Rajat Nag, Directeur Général de la banque ADB, "cette Chiang Mai Initiative est appelée à s'agrandir et à devenir une multilatéralisation qui n'a pas l'intention de supplanter le FMI dans la région. Mais si la région est entrain de devenir un pôle de croissance économique il est approprié qu'elle sache qu'elle dispose des ressources et des réserves qui lui permettent de rester sur ses propres pieds".

Il est à souhaiter que l'Afrique puisse s'organiser face à la Crise et se soustraire de l'influence nocive de l'Hémisphère Nord et des Pays de l'Ouest. L'Afrique sera de nouveau gravement pénalisée par la Crise.

Le FMI pousse l'Afrique à dévaluer ses monnaies.

Dominique Strauss Kahn a fortement invité les pays africains à dévaluer leur monnaie pour contrer la Crise. Ce sera la seconde dévaluation du FCFA (Franc CFA), 17 ans après la première. Les déclarations de Christine Lagarde -ministre Française de l’économie- qui se voulait rassurante sur la question lors de la dernière conférence de Ouagadougou sur la zone franc, n’étaient que l’arbre qui cachait la forêt. Le rapport du FMI daté du 25 Avril 2009 prévoit une baisse de la croissance des pays de l’Afrique subsaharienne dans l’ordre de 4 points (de 6à 2%), causée par une baisse drastique des exportations, des transferts d’argent à destination du continent, et la baisse de la demande des matières premières Africaines. D’où la recommandation faite par l’institution internationale, de dévaluer les monnaies Africaines.

Les conséquences d’une telle décision, seront très négatives pour les économies Africaines déjà chancelantes:
  1. Le dépouillement de ses matières premières, par leur acquisition à un taux presque nul
  2. Le relèvement des prix des produits importés,
  3. L’anéantissement des efforts fournis dans le cadre des programmes d’ajustement structurels
Les pays de la zone Franc CFA pourront-ils supporter une autre dévaluation de leur monnaie?


La banque anglaise Barclays transforme le Ghana en paradis fiscal pour venir en aide à l'Afrique...

Je lis dans ghanazone.com et dans Ghana.gov.gh que la banque britannique Barclays joue un rôle moteur dans l'installation d'un paradis fiscal au Ghana. La banque très controversée a travaillé étroitement avec le gouvernement ghanéen pour lancer dans une joint venture un Financial Services Center offrant un niveau très bas de taxes et une obligation à la publication financière des comptes extrêmement réduite. Il est à craindre qu'un tel établissement à proximité des gisements de pétrole et de minerai des pays riverains comme le Nigéria, le Sierra Leone, la Guinée Équatoriale encourage une rapide augmentation de la fuite des capitaux et de l'évasion fiscale. Les barons de la cocaïne utilisent aussi l'Afrique de l'ouest comme hub en direction de l'Europe et l'argent de la drogue va transiter à travers le Ghana. (3 Pictures: click to expand)



La législation bancaire du Ghana a été transformée pour permettre à la Barclays d'opérer comme une banque off-shore. Ce n'est pour l'instant que la seule banque de ce type au Ghana, mais d'autres banques sont déjà entrain de suivre en prévision d'une autre loi qui va passer au Ghana. C'est la loi sur l'enregistrement au Ghana d'entreprises et de groupes étrangers. Le Ghana sera à ajouter à la black-list noire, virtuelle et qui n'avait qu'une durée de vie de 4 jours suite au G20 de Londres du 2 avril 2009.



Ceci est un manière très cynique de faire des affaires, mais elle est totalement équivalente à celle de Jersey, Andorre, Monaco, la Suisse, l'Irlande, la City de Londres, le Liechtenstein, l'Islande, Monaco, le Luxembourg… Ce nouveau mode de créer de la richesse va convoyer du cash dans les caisses gouvernementales du Ghana.



Selon Barclays, l'établissement de ce tax haven au Ghana va entrainer la création d'emplois de haut niveau et va encourager le tourisme et l'activité économique. Ces dernières semaines, la Barclays, comme tout le système bancaire de la City, de l'Angleterre et de l'Écosse a été mêlé à plein d'affaires concernant l'évasion fiscale. Cette semaine justement la Barclays va de nouveau briller à Londres avec de "bons" chiffres. Si l'on amnésie les trillions de £ qui ont été injectés pour sortir de la faillite les banques du Royaume-Uni, elles sont de facto "propriétaires" de l'État britannique et le contribuable anglais est lui-même gestionnaire des paradis fiscaux. Vous pouvez lire la publicité que fait Barclays sur son respect de l'Ethique. Nous ne faisons pas mieux en Europe continentale.