Le Parlement islandais avait accepté le 31 XII 2009 le remboursement des avoirs perdus par les déposants britanniques et hollandais dans les banques d'investissement islandaises. Ces 3,8 milliards d'euros, 3/4 du PIB de cette île, auraient dû être remboursés entièrement en 2024. Les dettes des banques privées auraient dû être remboursées par l'État islandais et donc par leurs contribuables, leurs habitants, leurs électeurs. Pour y parvenir les salaires islandais ont déjà été diminués de 15 à 20%, l'impôt islandais a déjà été augmenté, les dépenses publiques islandaises sont déjà laminées. Ce peuple est directement puni d'avoir accepté et cautionné un modèle de société d'exploitation capitalistique. Il ne dispose pas du luxe américain de faire diversion par des conflits de guerre pour relancer la machine industrielle par les commandes des armées, ni de la capacité et de la crédibilité à émettre des Bons du Trésor comme la Fed'. Les spéculateurs britanniques et hollandais, alléchés il y a encore deux ans par les marges à 2 chiffres promises par les banques islandaises, voulaient récupérer leurs mises qui ont donc été à risque zéro pour eux pendant plus de 10 années. L'Islande n'a pas la force de chantage de la City de Londres ou des ports hollandais et aurait dû accepter telles quelles les conditions et les termes du remboursement.

L'Islande n'est pas une filiale de Paper Mill of the Potomac et n'a pas la capacité à lancer la planche à billets pour créer de la monnaie de contrefaçon et rembourser les dettes et les positions toxiques. La couronne islandaise est effondrée et toutes les importations se payent à présent à prix d'or. L'Islande n'a pas été too-big-to-fail et n'attend son secours que du saumon d'élevage aux hormones de croissance. Ils nous est aisé de comprendre que l'État et le peuple islandais doivent payer pour avoir accepté et développé un modèle de société et d'économie du Tigre de l'Atlantique adossées entièrement sur l'escroquerie internationale par le système de spéculation compulsive Ponzi-Madoff.

Croyez-vous que la Grande-Bretagne et les USA disposent encore d'une valeur ajoutée à proposer?

L'Islande aurait dû rembourser, mais le 5 janvier 2010 le président islandais Olafur Ragnar Grimsson n'avait pas ratifié la loi en sachant que le remboursement est l'une des conditions à la candidature de l'Islande à l'adhésion à l'UE qui pourrait être refusée par... le maître des opting-out, le Royaume-Uni qui se sert de l'Europe comme de sa boîte à sucettes. Ce peuple islandais veut-il retourner à l'âge de mer, se vendre aux russes ou faire du chantage à l'UE pour obtenir des fonds européens avant l'adhésion? L'UE acceptera ce pre-opting-out islandais avant le holliday in de l'Islande dans l'Europe. Elle a bien accepté la Grèce alors que nous savions dès le début qu'elle falsifiait sa comptabilité nationale pour s'appairer avec les critères d'adhésion à la zone euro.

L'âme protectionniste de Vauban plane à Bruxelles et dépasse la raison par la catallaxie mercantile.

Aurait dû rembourser, mais l'Islande a rejeté le 7 Mars 2010 par référendum le remboursement au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Bernanke, le président de la Fed', la banque centrale américaine, a encore annoncé hier le 14 avril 2010, qu'il va maintenir le taux d% directeur à son niveau le plus bas "for an extended period" qui pourrait aller jusqu'en 2012. Les USA peuvent prétendre avoir l'arrogance de continuer à financer la croissance avec de la dette et de l'argent facile, comme le firent Nixon-Bush / Greenspan pendant 16 ans. La croissance des USA et de l'hémisphère Nord est une Debt Fuelled Economic Growth, croissance nourrie par la dette. L'Islande n'a à offrir comme flux que le flot de ses geysers, et les islandais n'auront d'autre activité que celle de compter les gouttes qui en retombent entre les moutons et les touristes qui passent.

Les démocraties nordiques et principalement la démocratie d'un pays de 350.000 habitant comme l'Islande fonctionnent de manière totalement transparente et... démocratique et collégiale. Ce peuple islandais ne pouvait ignorer son système Ponzi sur lequel était adossé le PIB du pays. Les islandais sont de toute façon bilingues, ont profité de l'un des meilleurs systèmes de sécurité sociale et de retraite du monde grâce à cet enrichissement subit de ces 15 dernières années. Et tout le monde est capable de lire en Islande aussi dans les devantures des banques les publicités vantant 25% de rendement, parfois 50%. Les devantures de ces banques islandaises étaient visibles dans toute l'Europe où l'on sait aussi lire les chiffres. Dans un tel pays islandais où il est difficile de faire du PIB, ce chiffre devait passer comme la morue aux œufs d'or de ce consensus. La seule ressource naturelle de l'Islande est l'eau chaude des tréfonds, mais l'Islande ne peut l'exporter sous forme lyophilisée pour faire du PIB.

L'Islande aurait dû payer, mais le Parlement islandais publie aujourd'hui son "Livre noir sur le désastre financier" et pose les bonnes questions sur la libre circulation des capitaux et sur ce que les islandais en on fait. Vous connaissez ma position sur la Responsabilité citoyenne face à ce système qui a été accepté par les peuples qui avaient cru pouvoir en tirer profit comme les grands financiers. Il semble que les islandais fassent un outing qui va totalement dans la direction de ce que je comprends au sujet de la Responsabilité ou de la Compromission Universelle.

Avant l'été 2009 il y a eu des wildcat strikes (grèves sauvages non cautionnées par les syndicats...) et des émeutes en Irlande et au Royaume-Uni comme à la Sodimatex en France en avril 2010. Émeutes contre qui? Contre soi-même? L'électeur avait préféré écouter les sirènes, il va maintenant se frapper lui-même sur la tête par personne interposée? Sur certains portails agrégateurs de contestations, j'en énerve certains avec ma confiance en l'information, l'engagement et la responsabilité politique des citoyens. L'africain est victime des régimes politiques, l'Européen a choisi son régime politique et son modèle de "concurrence libre et non faussée". Le TSE ne serait jamais passé en France si les sénateurs et députés PS n'avaient pas laissé le gouvernement en place agir au Congrès de Versailles du 4 février 2008. L'Europe est même plus active que les USA dans le domaine de la globalisation appauvrissante.

L’Islande vient de commencer un travail de mémoire sur la crise bancaire qui lui a couté des milliards. Ce travail se fait sans épargner qui que ce soit. La privatisation des instituts et la dérégulation passent pour en être la cause. Le travail de mémoire précède le travail sur les responsabilités politiques et juridiques. La Commission d’enquête du Parlement de Reykjavik vient de présenter le 12 avril 2010 ses conclusions sur les raisons qui ont mené au collapse du système des bulles bancaires en Islande qui ont plongé le pays dans une grave crise économique.


Sept des neuf tomes du Livre noir traitent des évènements qui ont précédé l’effondrement: la privatisation du système bancaire nationalisé, le dérèglement des flux des capitaux, le contrôle défaillant du secteur financier. L'autorité de surveillance, la Fjármálaeftirlitis, et la Banque Centrale sont sévèrement critiquées parce qu’elles n’ont jamais été à la hauteur de leurs obligations de contrôle. De 2004 à 2007 les trois banques privées ont fait exploser leurs activités et leurs actifs sont passés de 100 à 923% du PIB islandais. On dit toujours depuis 2008 que l’Islande s’était prise pour l’Irlande, que l’Irlande s’était prise pour le Royaume-Uni, que le Royaume-Uni s’était pris pour les USA et que les USA s’étaient pris pour le tour-opérateur de la planète.

Selon le Livre Noir, le frein aurait dû avoir été mis au plus tard en 2006. Dès 2006 il y avait des signes évidents que la part des crédits pourris était démesurément élevée. Au lieu de ceci, des crédits avaient toujours été octroyés à grande échelle. De 2007 à 2008 un 1/3 des crédits avait été donné à des emprunteurs qui n’étaient plus capables de rembourser leurs emprunts et leurs dettes précédentes. Ces emprunteurs sont aux USA connus sous le nom d’emprunteurs NINJA (no income, no job no assets – sans revenu, sans emploi et sans bonités bancaires) et étaient détenteurs des crédits "subprimes".

Il est reproché personnellement au 1er Ministre Geir H. Haarde, au ministre des finances Árni M. Mathiesen, au ministre de l’économie Björgvin G. Sigurdsson, au Gouverneur de la Banque Centrale Davís Oddsson et à trois régulateurs du secteur financier d’avoir failli à leur tâche. Au lieu de freiner les banques, ils avaient tous soutenu leur expansion. Quand la crise était devenue un fait concret du quotidien, ces hauts responsables avaient réagi avec retard et sans coordination et avaient surtout essayé de sauver l’image des banques islandaises à l’étranger. Avec une telle exposition publique des griefs en Islande adressés aux responsables actifs de la crise et de la banqueroute d’Etat, nous sommes loin du Tribunal des Banques organisé par Attac dans un théâtre à Berlin, et nous sommes dans un monde parallèle impénétrable quand on regarde la guignol-fashion de la France, le chairman-prince président et la ministre des finances, Mme Lagarde.

Pour tirer une conclusion plus globale, il faut exposer tous les facteurs qui ont conduit à la crise. Dans ma réflexion que je mène sur les trois fronts des solidarités locales, régionales et globales nous ne pouvons plus seulement dire qu'il faut rendre aux salariés le fruit de leur travail, que la part juste de l'augmentation du PIB revient aux salariés. Depuis les années 1960, le PIB a tellement augmenté grâce à l'économie réelle et sans compter l'augmentation artificielle par l'hyper spéculation qui explose toujours et qui retombe et qui fait perdre encore plus que ce qui n'a été acquis, mais qui fait perdre à la communauté des peuples qui paye pour elle avec tous ces plans idiots de "Sauvetage / Bail out" de l'État Providence Bancaire. Si les salariés ont le salaire qui leur revient, il n'y aura pas de création d'une hyper-bulle de la dette. Bien sûr, il faudra réorganiser l'Organisation Mondiale de la Commercialisation et de la Production. On ne pourra plus se permettre ce ying-yang du Pacifique où les capitaux vont vers la Chine et où les biens de consommation vont vers les USA. Il faudra surveiller très étroitement le système de réserves fractionnaires des banques, ce droit qu'elles ont de prêter de l'argent qu'elles n'ont pas, et sur lequel, outre le remboursement par le débiteur, elles touchent des intérêts. Il faudra faire de Bâle 2, de IFRS et des Directives européennes CRD de véritables normes prudentielles comptables. Il ne faudra plus tolérer que grâce à la prédominance et la prédation du $ comme seule monnaie de référence, les pays de la planète soient obligés de se soumettre à la folie dépensière des USA, comme État avec sa dette publique hypertrophiée et supportée par les créanciers du reste de la planète, et la dette hypertrophiée des ménages américains. Il faudra aussi éliminer les Accords bilatéraux de Partenariat Économique qui sont plus éliminatoires pour les Pays en Développement et les Pays ACP que ne l'a été l'OMC qui est morte à Doha en 2001. Il faudra éliminer les AGCS qui font du monde une marchandise et les Accords sur les ADPIC qui font du monde et du vivant une propriété industrielle couverte par les Droits de Brevet. Et pour le Développement durable, le vrai, et social vous avez aussi de nombreux articles sur mon site.

On ne peut punir les électeurs d'être aphasiques et abstentionnistes. On ne peut que les blâmer comme il faut blâmer les intellectuels influenceurs, les politiciens de gauche, les syndicats d'avoir failli devant leurs obligations d'information, d'éveil et de mise en garde et de dénonciation. On ne peut punir ce monde de personnes fluidifiées de s'être pris comme un détenteur des codes et le grand éducateur des populations. On ne peut que le blâmer et ne plus lui donner de mandat ni d'audience. Par contre actionnaires et conseils d'administration des entreprises, les auteurs de la criminalité financières, des maquillages de bilans, des falsifications de la comptabilité nationale doivent répondre de leurs actes. En Islande, la démocratie est à ce point moderne et élaborée qu'elle l'a prévu dans la Constitution.

Le Livre Noir de l'Islande évoque sans ambages des actions en justice à l’encontre de l’exécutif politique et des chefs des autorités de surveillance et de contrôle: il existe en Islande une loi sur la responsabilité des ministres qui prévoie un emprisonnement de 2 ans au maximum en cas de violation de leurs obligations administratives conférées par leur mandat. Le Livre Noir ne dénonce pour l’instant que les responsabilités politiques. Une team adhoc de procureurs s’intéresse aux actes des banquiers et à leurs fautes et délits. Une première action en dommage et intérêt à été ouverte lundi contre les anciens propriétaires et managers de ces banques. 

En attendant d'être... un membre de l'Euro-Zone, l'Islande vient de signer le 9 juin 2010 un accord swap de devises avec la Chine d'un montant de 3,5 Milliards de Yuan, 428 Millions d'Euros, 66 Milliards de Couronne Islandaise.