en relecture

Joseph Stiglitz, américain et Nobel de l'économie en 2001, que l'hémisphère nord avait préféré faire passer comme l'antenne des gauchistes, poursuit son attaque frontale contre le $. La nouveauté est que cette fois la Communauté Internationale, l'ONU, lui offre chair, chaire et pupitre. L'ONU a décidé de le faire exister. Joseph Stiglitz est Président de la Commission d'experts de l'ONU sur la réforme du système monétaire et financier international qui va siéger entre le 1er et le 3 juin pour faire ce que le G20 a refusé de faire par obédience servile et opportuniste qui n'apporte d'ailleurs plus la moindre des marges opérationnelles: lancer les bases du Nouveau Système Monétaire International. Joseph Stiglitz: " Il est clair, qu'une devise de réserve ne doive pas être adossée à une monnaie nationale, parce que ceci ne peut que conduire à l'abandon de la discipline financière avec des conséquences désastreuses pour le pays émetteur de cette monnaie de réserve et pour l'économie mondiale. " C'est la première fois que se trouve la question d'une nouvelle monnaie mondiale à l'ordre du jour d'une conférence internationale.

Dans un article du 29 octobre 2008, Développement prudentiel durable - Mythologie de Bretton Woods 2 - Banqeroute d'État des USA, je vous rappelais ce qu'est le dollar >>> "Avec la rupture unilatérale de la convertibilité-or (gold standard) le Trésor américain avait  commencé cet énorme cycle du déséquilibre de la balance des paiements américains en fournissant en liquidités (en $) le monde entier. La question de la 'confiance interbancaire' ne se posait pas entre les banques centrales de tous les pays du monde, les banques centrales nationales acceptaient et acceptent toujours le $ dans leurs encaisses car tous les échanges commerciaux internationaux se font avec cette monnaie bancaire de singe qui n'est qu'une unité de compte en dehors des USA. Avant l'été 2009, le $ surévalué à hauteur de 1 pour 9 se sera écroulé. Il n'y aura pas d'instance supérieure qui va créer du déficit budgétaire qui va être titrisé et financé en Bons du Trésor eux-mêmes indexés sur des valeurs refuge monétaires comme le $. Le dernier maillon de confiance, de mensonge, auquel s'était accroché l'humanité, aura fondu à jamais... en bourse. Aucune monnaie du monde ne pourra, à partir de l'été 2009, remplir ce rôle de Standard, comme il y eut le Gold Standard, le $ Standard. Richard Nixon avait annoncé unilatéralement l'abandon de la référence à l'or. A l'été 09 les échanges commerciaux internationaux ne se retrouveront même pas au stade des phéniciens, inventeurs de la monnaie, mais au stade de l'âge de pierre et du troc. Au début des années 1970, John Connolly, secrétaire d'État au Trésor sous la présidence Nixon, avait résumé aux gouverneurs des banques centrales du monde: 'The dollar is our currency, but your problem'. Bretton Woods est une mythologie devenue durable dans la confiance de fait dans le $. Le $ est donc un vide conceptuel. Il n'est pas une intention. Même à 1,31 €. Il était agréable de croire en la valeur refuge du $ à cause de la suprématie militaire des USA. Non. Le $ n'était qu'un mensonge d'univers."

Ce n'était évidemment rien d'original ce que je vous écrivais. Je souligne qu'en octobre 2008, les analystes indépendants parlaient d'un $ surévalué de 9 fois, depuis janvier 2009 il est surévalué pour eux de 15 fois et le sera de 27 fois à la fin de l'année 2009 avec l'application des Plans TARP, TALF, PPIP et l'arrosage avec de la contrefaçon de monnaie issue de Paper Mill on the Potomac, la planche à billets.

On peut balayer le $ d'un revers, sans être obligé de "tuer Le père" comme le fait l'agence de notation Standard & Poor's en le faisant passer de "stable" à "negative". Il suffit de se parler, et de dépasser le Club de Paris (G8) rallongé au G20. S&P n'a aucun mérite à prendre subitement depuis deux jours l'initiative de reléguer le $, le sommet de l'ONU sur le $ est prévu depuis plusieurs mois. De partout les courages se forment pour balayer le $, vous pouvez alors estimer l'ampleur de la violence que cette démarche va engendrer. A mon avis ce courage planétaire de changer de monde, toujours commercial, rencontrera une violente opposition de ceux qui voudront sa restauration. Le déphasage du $ par rapport aux activités commerciales de la planète va entraîner un transfert de savoirs, de pouvoirs, de richesses d'un endroit à d'autres endroits de la planète. Le nouveau monde se prépare à une nouvelle commercialité, mais pas encore à un développement prudentiel social et durable. Le problème est de transformer les assets accolés au dollar-glut, ces réserves de $ hors des USA et ces Bons du Trésor américains libellés en $. Le problème sera pour les autres pays industrialisés de transformer en quelque chose ce rien - qui leur a coûté des sommes qu'ils croyaient placer avec un rendement sûr et stable.

Graphiques à gauche et à droite: 2009, chute du prix des Bons du Trésor US et du $, ce qui explique la perte du triple-A.

La 1ère phase du de la crise a été le désastre de la dette US, la 2ème phase a été l'effondrement économique, dans la 3ème phase les Bons du Trésor US et le $ sont gravement impactés à cause des ventes massives à l'étranger. Le gouvernement US n'est pas immunisé contre les marchés. A chaque phase successive de la crise de la dette, les investisseurs ont constamment attaqué et détruit la valeur au marché (mark to market) des banques et assurances comme pour la Fannie Mae, la Freddie Mac, la Washington Mutual, la AIG, la Bank of Amerika, Chrysler, GM... Les actions de ces entreprises ont été foudroyées et leur capacité à lever de l'argent frais anéantie. C'est au tour du Gouvernement US, Obama ou pas, à être impacté et détruit par le revanche du marché. Comme toute entreprise le Gouvernement emprunte, et comme tout emprunteur il a des créanciers. Et tout créancier peut décider de ce qu'il veut faire avec son argent.

Qui détient le $-glut de ~~ 6000 milliards de $ des USA?





(Graphique cliquable)
La Chine, avec le Greenback, sait faire des lanternes, sans avoir eu préalablement besoin de vessies, pour éclairer son fournil jaune. Le Greenback entre les mains des chinois est plus qu'une valeur ou une non-valeur monétaire échangeable, est plus qu'un syndrome ou un vide conceptuel à vocations multiples, idéologiques ou militaires. En mai 2009, la Chine possède 1953 milliards de $ dans les réserves de devises de ses caisses. C'est de très loin la plus grande réserve de $ hors des USA.




Qui détient les Bons du Trésor des USA?

(Graphique cliquable)
Selon le Trésor US, les chinois détiennent 1/4 des créances américaines (Bons, titres, obligations d'État) des USA et sont avec 768 milliards le 1er créancier des USA. La Chine se trouve prise dans la trappe à $ et n'avait pas d'autre choix que d'acheter en masse des Bons du Trésor US en échange de $, pour empêcher, retarder la chute du $ ou pour organiser son effondrement chirurgical. C'est à se demander qui joue le Faust? La Chine avait dépassé en 2007 ses records historiques dans l'achat des Bons du Trésor US. C'est sans doute aussi pour la Chine le prix à payer pour "acheter" Taiwan sans guerre.

La Chine tient les USA dans une seule main. La Chine est le seul pays qui peut se permettre une politique géostratégique à long terme.

Pour compenser ses achats en $ de ces Bons US, la Chine revend ses réserves en £. La Chine lâche la £. L'Euro n'est ni en progression ni en baisse dans les réserves chinoises en devises. Avec ces achats, la Chine n'est pas bonne samaritaine, son intention n'est pas de procéder au bail out de la Fed'. D'ailleurs la Chine ralentit beaucoup (graphique à droite) depuis le second trimestre de l'année 2008 ses achats de Bons du Trésor américains (T-Bonds). Il y a donc à présent un désaffection généralisée des acheteurs internationaux face à ces T-Bonds, ce qui va précipiter la situation qui mérite un downgrade à partir du triple-A de la crédibilité des USA. Ceci signifie que la Fed' est entrain d'être lâchée par tous les investisseurs privés ou institutionnels de la planète. Si les médias annoncent encore actuellement qu'il y a un rush sur les T-Bonds US, c'est effectivement qu'ils sont achetés. Mais ils sont massivement achetés en cachette par la Fed' elle-même contre des $ de contrefaçon (planche à billet) versés à des Tiers inconnus. La Fed est suspectée d'acheter ses propres Bons du Trésor US depuis de nombreux mois déjà, via ses "Primary Dealers" et elle refuse de divulguer qui a bénéficié de plusieurs dizaines de milliards de Dollars (artificiels) d'injection de sa part.

Dans la période de croissance factice des USA des années 90', l'économie américaine avait besoin d'attirer à elle 80% de l'épargne mondiale pour financer ses déficits. Comme je vous l'écris depuis longtemps, les USA étaient un Pays pauvre. Les Plans Paulson, TARP, TALF, PPIP, etc... gonflent le déficit des USA entre 500% et 1000% à la fin de 2009. Vous comprenez alors mieux ce que veut dire que le $ sera surévalué de 27 fois à la fin de l'année 2009. La planète elle-même a perdu des trillions (milliers de milliards) d'actifs, et il reste la bulle des CDS de 68.000 milliards de $ qui est entrain d'exploser. L'épargne mondiale ne se dirige plus vers les USA. La seule solution qui reste aux USA est d'augmenter les spreads, les taux d'intérêts qu'elle "offre" sur ses emprunts en vendant ses Bons du Trésor. Depuis des mois je vous écris sur mon site, que vous pouvez trouver sur le web (gratuit) toutes les informations sur les CDS (Credit Default Swap = assurance couvrant des crédits d'entreprises ou souverains) des Obligations d'État de tous les pays de la planète sauf ceux des USA, du Royaume-Uni. Tout simplement parce qu'ils doivent être très chers, ce qui signifie que le risque de défaut de paiement des USA et du Royaume-Uni est très élevé.Les USA et le Royaume-Uni sont insolvables, comme l'Islande l'a été en octobre 2008. La gang Obama & Ponzi espère berner la planète en maintenant son management de l'évènementiel, en falsifiant le Stress Test des banques pour faire croire le plus longtemps possible que le système bancaire américain et les USA sont solvables. Le Gang Obama & Geithner crée par trillions de la monnaie de contrefaçon issue de la planche à billets en racontant partout que la reprise est déjà là. Comme les entreprises, la capacité du gouvernement américain à lever de l'argent frais est anéantie. Le Gouvernement US, Obama ou pas, va être impacté et détruit par le revanche du marché qui n'ont plus envie de croire à ce qu'ils savaient depuis toujours être des mensonges.

La Chine achète le reste


A côté de ceci, la Chine fait en ce moment ses emplettes dans les marchés mondiaux qui sont tous discounts et heureuses d'avoir un client à fort potentiel et dont les bonités bancaires sont plus que du triple-AAA. Avec la Crise, les rôles sont inversés. Les pays industrialisés avaient profité de la Chine comme pays à bas coûts. Aujourd'hui la Chine fait ses achats sur la planète et profite des bas coûts... pour organiser sa... croissance à durabilité sûre.

La Chine étend son influence économique autour de la planète et rachète en $ des entreprises et des matières premières en masse. Elle vient d'acquérir pour 2,2 milliards de $ la raffinerie Singapore Petroleum Corp (SPC). Cette acquisition est stratégique parce que 12% des livraisons de pétrole de la planète passent par la route de Malacca à Singapour.

De par sa position d'acheteur, la Chine s'établit comme un puissance qui dicte ses prix sur les marchés des matières premières. Elle vient d'augmenter de 3500 % ses achats d'aluminium, payés en $, de 2200 % pour le zinc, de 900 % pour le plomb, de 300 % pour le cuivre, de 200 % pour nickel. C'est grâce à la demande chinoise qu'il n'y a pas eu de chute trop importante sur ces marchés.

75% des acquisitions chinoises d'entreprises étrangères se font dans le secteur minier. Pour les 5 premiers mois de l'année 2009, elle a acquis pour un montant de 20,1 milliards, en 2008 le montant était de 28,6 milliards. Chinalco a acquis de l'australien Rio Tinto pour 11,8 milliards d'exploitations minières et de prises de participation. China Minmetals a pris des parts chez l'australien QZ Minerals qui est surendetté. Etc...

En cette période de crise et de récession, la Chine est le seul pays qui gagne en influence, et qui le fait savoir avec des critiques contre le $ comme monnaie internationale de référence et contre la politique budgétaire des USA. Zhou, le Président de la Banque Centrale de Chine, réclame la création d'une nouvelle monnaie internationale de référence et s'y emploie ouvertement et sans ambages en Amérique Latine avec la Banque du Sud, et en Asie du Sud-Est avec la Fonds Asiatique de Crise. Sa volonté est de découpler tous ces pays de la dépendance face à la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire International. Il ne faut pourtant pas voir dans ces activités chinoises le "début de la relance". La Chine stocke à bon compte ce dont elle aura besoin plus tard, le jour de la vraie relance. Face aux pays industrialisés naufragés dans la récession, elle sera la première à rebondir.

Quo vadis, Dollar?

Joseph Stiglitz, a été nommé avant la tenue du GT20 de Londres du 2 avril à la tête d'une initiative de l'ONU. Estimant que la crise n'était pas que l'affaire des pays riches, le secrétaire général Ban-Ki-Moon avait créé dans la discrétion une commission de 18 experts présidée par le Prix Nobel d'économie 2001. Cette Commission a été si discrète que personne n'en avait entendu parler au Sommet de Londres alors que l'objectif était le même, celui de créer un nouveau système monétaire international. Comme ce G20 de Londres passe pour avoir été la Victoire des Banques, il n'est pas étonnant que l'OVNI Stiglitz n'ait pas pu prendre des aspects terriens.

La Chine, la Russie et le Brésil travaillent au remplacement du $ comme monnaie de référence. Ils ne peuvent se permettre une dépréciation du $, mais ils espèrent parvenir à une plus grande indépendance face à lui et à la politique monétaire des USA et de ses trop grandes variations de cours. Beaucoup d'économiste voient dans le $ l'origine de beaucoup de crises financières depuis les années 70'. Les américains aimeraient que la situation reste inchangée pour que tous les pays continuent à investir leurs devises dans la plus grande puissance militaire et économique de la planète. Siègent dans cette Commission Stiglitz (qui n'a rien à voir avec une commission éponyme lancée par pinocchio en France) l'économiste Nouriel Roubini, mais aussi de ministres de 192 Pays. Il s'agira de débattre sur les conséquences de la crise financière sur la Politique du Développement.

Il ne faudra pas attendre grand-chose de cette conférence interministérielle et diplomatique, mais elle aura le mérite de transposer le débat ailleurs qu'au G8 + 12, c'est-à-dire là où il y a une majorité d'humains et pas de porte-monnaies. Ils vont examiner comment un système de réserve donnant un rôle plus efficient et plus élargi aux Droits de Tirage Spéciaux (DTS) émis par le FMI. Ces DTS sont une monnaie synthétique et revêtent à présent une importance toute particulière pour la Chine, le Brésil, la Russie et la Commission Stiglitz. Les DTS sont utilisés jusqu'à présent comme unité de compte basée sur une corbeille de monnaie dont la valeur est calculée sur le cours journalier du $, de l'Euro, du Yen et de la £. Les Pays membres du FMI ne gardent qu'une petite partie de leurs réserves sous forme de DTS qu'ils échangent auprès d'autres pays contre de la vraie monnaie et sous le contrôle du FMI.

Il n'existe pas encore de marché pour l'échange libre de DTS. Selon les experts en matière monétaire, "le $ restera encore de longues années la monnaie mondiale de référence et la chute du $ prendra encore au moins dix ans". Selon Nouriel Roubini "cette chute peut être beaucoup plus rapide si nous ne remettons pas de l'ordre le système monétaire."

La Commission Stiglitz prévoit elle-même plusieurs années pour introduire une nouvelle monnaie de référence. L'ONU et le FMI devront introduire graduellement de plus en plus de DTS. Il faudra créer un bureau de change où l'on pourra obtenir des DTS contre des Euros, des $, ou d'autres devises. Par la suite les États ou des entreprises pourront émettre des emprunts adossés libellés en DTS. Petits à petit les exportateurs et les banques centrales pourront se familiariser avec cette nouvelle devise de réserve, avec son impact et avec sa signification.

Le G20 de Londres avait décidé le 2 avril à Londres avec le point n°19 du Communiqué final de porter graduellement la réserve des DTS actuelle de 30 milliards de $ à 1000 milliards de $. Mais cette décision du G20 n'a pas du tout la même portée que celle qui va advenir du G192. Ce n'est qu'un club restreint de 8% des Pays membres du FMI qui profite actuellement des DTS du FMI. Comme l'a prévu le G20 de Londres, faire gonfler les réserves du FMI à 1000 milliards de $ n'est qu'une autre manière de s'inventer une banque centrale mondiale qui vient au secours de banques centrales nationales en péril.

"Pour que la monnaie synthétique des DTS élève sa réputation à une réelle monnaie au service du G192, il faut que son volume passe à au moins 3000 milliards de $", selon Onno Wijnholds, ancien Directeur du FMI et ancien représentant de la BCE aux USA. Le FMI pourrait installer des comptes de substitution sur les quels les pays déposent leurs $ excédentaire et les placent en DTS. L'intérêt pour ces États est de se passer du marché des devises, ce qui préserve la valeur du $. De tels plans existent déjà depuis les années 70'.



Selon les experts il est temps de se dépêcher parce que beaucoup de pays émergents prennent des initiatives concrètes. La Chine a conclu un accord Swap d'échange de devises afin de contourner le $ avec les Tigres asiatiques (ASEAN plus 3), les pays andins et principalement l'Argentine et très bientôt le Brésil. La Chine et le Brésil ont déjà signé des accords en ce sens. Les Russes possèdent aujourd'hui déjà plus de réserves en Euros qu'en $. Stiglitz a récemment dit à une interview à Emergingmarkets.org que "la question "n'est pas de savoir si nous nous éloignons du $, mais cela se fera d'une manière chaotique ou organisée".



G192 Conference Objectives and Principles


Le point n°10 du Projet de Document final du Sommet, révision n°1, du G192 du 1-3 juin 2009 est intitulé "Causes of the crisis". Il retrouve un peu de ce langage qui était un peu moins englué dans de la langue de bois et qui était utilisé de suite après l'effondrement de la Lehman Brothers après le 15 IX 2008. Souvenez-vous de pinocchio en France qui parlait des "marchés financiers fous", et qui vociférait à hue et à dia avec des "je ne tolèrerais pas que..." ou qui menaçait encore à la veille du G20 de Londres de "claquer la porte avant la fin".

Je vous livre la traduction de ce point n°10, mais il faut toujours rester circonspect, car l'ONU, qui est une instance internationale démocratique et légitime n'est pas écoutée par les Gouvernements et n'a pas de poids dans leurs décisions, alors que le G4, ou le G8, ou le G8 + 12 sous forme du G20, ne sont pas des instances, ne sont pas démocratiques, ne sont pas légitimes mais prennent à la place des peuples et pour la planète entière des décisions qui ne sont pas non plus soumises à un débat sociétal et parlementaire déjà au moins dans les 20, les 8, ou les 4 États des ces G. Les autres points du Projet de Document final sont aussi porteurs d'espoir.

Point n°10 du Projet du Document final, 1ère révision: "Les moteurs financiers et économiques de la crise sont complexes. Nous reconnaissons que les racines incluent des crises structurelles dans l'environnement, l'énergie, l'alimentation et l'eau. Elles comprennent aussi des facteurs systémiques comme la concentration de revenus et de bien-être tout comme un cycle excessif de la volatilité des marchés. L'effet de ces des facteurs s'est considérablement amplifié avec des déséquilibres globaux et un dysfonctionnement grave de la régulation financière, du contrôle et de la surveillance du secteur financier. Ces défauts de régulation combinés avec une absence généralisée de transparence et de l'intégrité financière ont conduit à une prise de risque excessive, une instabilité des prix élevés des actifs, une irresponsabilité dans le décuplement des risques et un haut niveau de consommation nourri par le crédit facile et une inflation du prix des actifs. Les régulateurs financiers, les pouvoirs politiques et les institutions qui ont été chargés de traiter les questions formelles du secteur financier ont failli dans l'appréciation du risque du système financier parallèle ou l'expansion des vulnérabilités économiques et leurs interconnexions. D'autres faiblesses de nature systémique ont aussi contribué à la crise. La confiance aveugle dans l'autorégulation des marchés, la poursuite du profit non durable, l'insuffisante mise en évidence du développement humain équitable et éthique ont abouti dans de sévères déficiences du système financier global et de l'architecture économique et des inégalités significatives entre les pays et les peuples. Le déploiement de la crise a révélé la besoin d'une plus grande implication des gouvernements dans l'économie pour assurer un nouvel équilibre entre les marchés et l'intérêt public.".

Point n°12 du Projet du Document final: "La globalisation sans des institutions globales et régionales effectives conduit au chaos. Ceci empêche la prise de décisions globales et les actions nécessaire à faire face aux défis au regard de l'humanité et tout spécialement dans le domaine de l'environnement. Le contrôle des institutions globales qui sont réticentes à la démocratisation et plutôt empressées de la réduire a conduit à un malaise politique au niveau de la planète et une carence de solutions pour répondre aux problèmes urgents globaux. Certains pays ont découvert que la meilleure voie pour prendre en main le contrôle de leur destin se trouve dans des organisations régionales. Il faudra renforcer les Nations Unies et l'Assemblée Générale selon le principe de une nation une voix ce qui pourra conduire une institution globale légitime. Au même moment le niveau régional doit être renforcé."

Point n°11 du Projet du Document final: "Le marché sans régulation détruit l'environnement, concentre les revenues, le bien-être, la puissance, augmente les inégalités et favorise le capital financier qui conduit à la volatilité et aux effondrements financiers. La dérégulation systémique généralisée d'après 1980 a conduit aux crises et à l'imbrication malheureuse de la cupidité sans limite et de l'auto-régulation. Le principe est d'assurer un nouvel équilibre entre le marchés et le contrôle des forces des marchés par l'État en accord avec une économie centrée sur les gens pour donner priorité à l'accomplissement des besoins humains, des droits humains et de la sécurité humaine."

Point n°10 du Projet du Document final: "L'alimentation et l'énergie ont fait partie de la débauche spéculative des années2006-2007 qui a propulsé les prix à des sommets historiques avec 147$ le brent de pétrole et un crash à 30$ quelques semaines plus tard. L'échange de produits financiers dérivés, des marchés où s'appliquent de manière extrême les leviers de spéculation, les ventes à découvert (naked short sellings) et les Credit Default Swaps (assurance sur crédits) non couverts ont contribué à la volatilité. Les marchés de l'alimentation et de l'énergie doivent être spécialement protégés de la spéculation."

Point n°9 du Projet du Document final: "La volatilité devient particulièrement intense quand le capital financier devient hégémonique. Selon l'UNCTAD les profits générés par les services financiers sont passés de 6% dans les années 80' à 40% en 2007 dans les bénéfices des entreprises. La valeur du marché du secteur financière virtuel a augmenté de 6 fois (300.000 milliards de $US) avec le secteur financier parallèle, les hedge fonds, les produits financiers dérivés, par rapport à l'économie réelle (50.000 milliards de $US). Le principe est que le secteur financier doive fournir des services à l'économie réelle à un coût raisonnable et ne doit pas être mis au centre de l'accumulation de profits avec les conséquences désastreuses que nous connaissons aujourd'hui. Quand le secteur financier devient hégémonique une bulle et un crash s'ensuivent."

G20 des banquiers versus G198 démocratique et légitime?

Je pourrai continuer à vous traduire le Projet du Document final du sommet des 198. Mais, posez-vous une question. Grand cas avait été fait du G20 de Washington de Londres de cet automne 2008, du G20 de Londres du 2 avril 2009, du Sommet de l'Otan du 4 avril 2009 à Strasbourg, du moindre des Town Hall Meetings d'Obama, mais quid de ce Sommet des 192 de l'ONU?

Je vous ai mis en garde plus haut dans ce billet. En réalité plusieurs Pays membres de l'ONU exercent des pressions pour minimiser l’importance de cette conférence et n’envisagent pas d’y envoyer les plus hauts responsables de leur État. Ce G192 vient d'être reporté au 24-26 juin 09 par faute d'avoir suffisement d'inscrits et de chefs d'Etat ou de Gouvernement. Ces gouvernements ont accordé au G20 de Londres la victoire aux banques en détournant son Communiqué final déjà le lendemain de sa tenue, ont réduit la black list des paradis fiscaux à 4 pays "non coopérants" puis à zéro 2 jours plus tard, etc. De l'automne 2008 au 2 avril 2009 il était question de refonder le système monétaire international, mais les bails out, les mesures de planche à billet, les rachats par les États ou les Banques Centrales des pays industrialisés n'ont fait que d'ajouter une bulle financière d'État à la bulle du système des risques de crédit. En réalité ce G192 sera comme le G20. Le G20 a été un G8 + 12 invités. Le G192 sera un G8 + 12 + 172 invités, chaque cercle d'invité sera relégué à de la figuration. L'ONU est la seule instance internationale démocratique, mais elle feindra, comme autrefois en RDA, d'être multipartite et parlementaire, d'organiser une consultation de la base, mais agira conformément à la liste du parti central, celle qui est présentée par le G8. L'hégémonie de l'Hémisphère riche ne pourra pas être balayée.

Juste Joseph Stiglitz aura pris chair. Est-ce le bond quantique attendu par les non-alignés? On ne pourra plus associé Joseph Stiglitz à de la gauche de la gauche, à de l'ultragauche, à une gauche de hippies et de rêveurs généraux, à quelque chose qui pue. Souvent, pour mieux oublier les choses, on en parle aussi souvent jusque cela devienne un psittacisme. Regardez les "Lois mémorielles" françaises qui veulent faire de la colonisation française un bien-fait de l'humanité, mais qui cachent, pour notre histoire contemporaine, les massacres du 8 mai 1945 des 20.000 indigènes arabes à Sétif et Guelma, ou les ratonnades de Paris ou les parisiens ont jetés en 1961 en octobre une certaine journée 161 arabes dans la Seine, etc... Les idéologies étant tombées en 1989 à l'Est et le 15 IX 2009 à l'Ouest, les hégémoniques n'ont plus besoin de s'embarrasser de rhétorique, ils agissent, écrasent, font leur lobbying en tissant leurs réseaux d'allégeances utiles had hoc et au cas par cas. Leur violence est encore plus grande, excessive, immédiate et sans rémission. Donc il n'y aura pas une refonte organisée du SMI.

Déclaration des ONG adressée aux G192


La société civile demande de la substance, et non des arguments procéduraux à la Conférence des Nations Unies sur la crise

Signez la déclaration du 15 mai 2009 à propos des négociations sur les aboutissements de la Conférence des Nations Unies sur la crise économique et financière mondiale et son impact sur le développement


15 mai 2009, Choique.org

  1. Nous sommes confrontés à une crise systémique mondiale qui a pris naissance dans les pays riches du Nord, en raison de leur consommation débridée, de leurs modèles de production et du comportement économique irresponsable de leurs acteurs sociaux les plus influents. La crise affecte des milliards de personnes dans le monde entier, précipite plusieurs millions d’entre eux dans le chômage et la pauvreté et viole leurs droits économiques, sociaux et culturels.
  2. La réponse du G20, trop limitée, ne comporte pas de mesures concernant les causes premières de ces crises multiples -crise alimentaire, crise climatique, crise des marchés financiers, crise du développement durable.
  3. La crise mondiale requiert une réponse mondiale impliquant toutes les sociétés affectées. L’ONU est donc le seul forum légitime au travers duquel il est possible de trouver des solutions. Aussi avions-nous vivement applaudi la décision des gouvernements à Doha de tenir une Conférence des Nations Unies sur la crise économique et financière mondiale et son impact sur le développement.
  4. Depuis la Conférence de Doha, il a fallu plus de 16 semaines aux diplomates pour se mettre d’accord sur les modalités de cette « Conférence de crise ». Ils sont responsables de ce retard, ils sont responsables du peu de temps qu’il reste pour mener des négociations consistantes sur les aboutissements de la Conférence.
  5. Les organisations et les réseaux de la société civile ont émis un certain nombre de déclarations récapitulant leurs recommandations et leurs demandes sur les façons de faire face à la crise ; la première intitulée « Civil Society Benchmark Paper » a été publiée au lendemain de la Conférence de Doha de 2008.
  6. Les recommandations de la « Commission Stiglitz » en mars 2009 font écho à beaucoup de nos demandes. C’est pourquoi nous considérons que ces recommandations constituent une bonne base pour la construction d’un nouveau système économique et financier mondial.
  7. Le premier avant-projet présenté par le Président de l’Assemblée Générale, le 8 mai 2009, concorde, lui aussi, avec beaucoup de nos positions. Nous comprenons que les recommandations que contient ce document portent sur des mesures à court-terme qui doivent être appliquées immédiatement pour répondre à la crise actuelle, comme la mise à disposition de fonds suffisants pour financer un plan de relance mondial, et des mesures à long-terme, comme la création d’un Système de réserve mondial ou la proposition d’une Autorité fiscale mondiale. Nous pensons aussi que la Conférence de juin des Nations Unies doit fournir des réponses immédiates à la crise et en même temps décider d’un processus intergouvernemental de réformes à long-terme et du calendrier de ce processus.
  8. Par contre, dans l’avant-projet des co-modérateurs, daté du 6 mai 2009, il n’y a ni spécification d’actions indispensables à court terme, ni engagement concret à des réformes structurelles à long-terme. En gros, il confirme - en termes recyclés - les décisions prises lors de la Conférence de Doha et lors des Sommets du G20. Il n’y a aucune connotation d’urgence dans les recommandations politiques. Les recommandations sur les réformes institutionnelles (para. 47) sont dignes d’intérêt, mais aux dires des co-modérateurs eux-mêmes, ce ne sont que des recommandations que « l’on pourrait prendre en considération ». C’est le genre de phrase diplomatique qui rend une recommandation totalement inutile. Si les gouvernements paraphent un tel document final, ils vont un peu plus affaiblir les Nations Unies en tant que forum mondial de coordination de la politique économique et de décision, et leur échec à trouver des réponses réelles à la crise actuelle sera total.
  9. Nous comprenons que vu le peu de temps imparti il va être difficile aux gouvernements de se mettre d’accord sur la totalité des réformes radicales suggérées par le Président de l’Assemblée Générale dans son avant-projet. Mais il est encore possible d’obtenir un consensus sur beaucoup des réformes concrètes qui ont été proposées. Les décisions les plus urgentes et que la Conférence des Nations Unies pourrait prendre sans attendre sont: 

    • * La création d’un Panel mondial sur les risques systémiques dans l’économie mondiale, sur le modèle du Panel intergouvernemental sur le changement climatique, réunissant des universitaires, des représentants de la société civile et des responsables politiques.
    • * La décision de transformer le Comité d’experts de la coopération internationale en matière fiscale en une Commission intergouvernementale en matière fiscale, qui serait une commission fonctionnelle de l’ECOSOC, avant la fin de l’anée 2009.
    • * L’engagement politique d’instaurer au niveau international une Taxe sur les transactions financières, pour, à court-terme, mobiliser des ressources supplémentaires pour un Fonds mondial de relance, et à long-terme, réaliser les Objectifs de développement qui ont fait l’objet d’un accord au niveau mondial, en particulier les OMD.
    • * La création d’un Groupe de travail intergouvernemental, qui aura un mandat précis, de durée limitée, pour définir les modalités et les termes de référence d’un Conseil mondial de coordination économique au sein du système des Nations Unies. Ce groupe de travail devra agir de façon transparente et devra être ouvert à la participation des ONG.
    • * La décision de réviser l’Accord entre les Nations Unies et les Institutions de Bretton-Woods dans le but d’améliorer la coordination et la cohérence politique, en intégrant complètement ces Institutions au système des Nations Unies, en tant qu’agences spécialisées
  10. Nous appelons les gouvernements à ne pas s’abriter derrière des arguments procéduraux pour s’autoriser à ajourner les négociations sur les mesures politiques qu’il est indispensable de prendre d’urgence pour répondre à la crise actuelle.