Depuis le sommet européen du 8/9 mai 2010, l'euro a été changé par le Nouvel Euro. Le sommet européen du 8 et du 9 mai 2010 a fait éclater en un claquement de doigt tous les critères de Maastricht mais a aussi consacré la libre circulation des capitaux sans y apporter un soupçon de contrôle et de régulation. Ce sommet européen a autorisé à la BCE de pratiquer la planche à billet (Quantitative Easing / Helikopter Money) et la Qualitative Easing par le rachat direct des créances et de Bons du Trésor des États membres de l'UE ou de la Zone Euro. Ces deux activités lui étaient interdites. Le sommet européen a transformé la BCE en bad bank européenne. L'Europe Providence Bancaire n'offre plus de cadre de Stabilité et n'a jamais offert le cadre de la Croissance. Le sommet européen du 8 et du 9 mai 2010 constitue une violation du droit communautaire européen, du Traité de Lisbonne, du Pacte de Dublin, du Traité de Maastricht et des Directives européenne.

L'Euro était un artefact au niveau des comptabilités des pays membres de la zone euro, mais avait entrainé une concurrence entre les pays européens sur la dernière variable d'ajustement qui existait, soit la valeur horaire du travail (voir note de bas de page). Tout le monde savait que la Grèce avait triché avec sa comptabilité nationale pour faire croire qu'elle respectait les critères de convergence pour adhérer à la Zone-Euro, et tout le monde sait aussi que la France ou l'Allemagne ne respectent plus tous les critères de Maastricht depuis 2003 et qu'ils ne payent pas l'amende qui est prévue à cet effet. Maintenant on comprend aussi pourquoi je clame sur mon site depuis toujours que je ne suis pas d'accord avec ces critères qui ne sont que des critères financiers. Le seuil des 3% du PIB pour le déficit budgétaire et de 60% du PIB pour la dette qui ne sont plus respectés par la France et l'Allemagne auraient pu être respectés avec les outils actuels de plans d'austérité. Le gouvernement Sarkozy a fait passer de 2008 à 2010 la dette publique de 64% à 90%, et ceci juste avec des plans de relance et de sauvetage des banques, donc avec un "investissement" sur le passé, mais pas avec un investissement qui jette les bases de la croissance de l'avenir. François Fillion, 1er Ministre français, a pris le gouffre à 64%.

Mais l'Allemagne dont la seule HRE est impliquée à hauteur de 80 milliards d'euros dans les créances pourries des PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Spain) a peur de sombrer plus vite que les autres pays membres de l'Euro-Zone qui sont "impactés" par les positions toxiques qui croupissent dans leurs banques. La bad bank allemande, la SoFFin a déjà injecté 500 milliards d'euros dans les banques allemandes qui détiennent des positions toxiques. Les chiffres français ne sont pas connus. Le BaFin, l’autorité de réglementation financière allemande, le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble et la Chancelière allemande, Angela Merkel, ont pris la décision unilatérale d'interdire jusqu'en mars 2011 les ventes à découvert sur les actions bancaires, les emprunts d'État et sur tous les CDS. Les banques et instituts financiers concernés sont la Commerzbank, la Deutsche Bank que l'on disait si forte... la Münchener Rück, la Deutsche Börse, la Postbank, la Hannover Rück, la Aareal Bank, la Generali Deutschland, Allianz. L'interdiction du short selling est totalement conforme au Communiqué final du G192 présidé par Jospeh Stiglitz du 24 au 26 juin 2009. Le nacked short selling, ou nacked short, est appelé en Suisse "pari baissier à règlement différé" ou "vente à découvert spéculative".

Ce qui est interdit, c’est le "naked short selling" qui est une vente à découvert sans avoir emprunté auparavant les titres vendus à découvert. Dans une vente à découvert classique, un investisseur vend des titres qu’il a empruntés en misant sur la possibilité de les racheter à un prix plus bas dans le futur. Quand il les rachète, il les remet à celui de qui il les avait empruntés. Cette activité est généralement faite par des "hedge funds" qu’on appelle maintenant des fonds spéculatifs puisque telle est leur principale activité. C'est par exemple ce qu'avait essayé sans succès de réaliser Adolf Merckle qui avait spéculé sur les actions Volkswagen, mais Adolf Merckle avait conduit à la faillite le groupe Merckle Ratiopharm. Dans le cas d’un "naked short-selling", l’investisseur n’emprunte pas les titres auparavant. C’est de la spéculation pure. A cause des énormes capitaux dont disposent les fonds spéculatifs, il leur est possible de vendre massivement des titres et de conduire ces titres à la baisse. Quand ils estiment qu’un creux est atteint, ils rachètent ces titres et réalisent leurs profits.

Lors de la crise financière de 2008, les autorités réglementaires et les gouvernements de plusieurs pays avaient également interdit les ventes à découvert sur les actions des grandes banques. Les spéculateurs s’étaient précipités sur les titres des banques les plus vulnérables comme ceux de la Lehman Brothers, qu’ils avaient vendus en masse en espérant les racheter à un prix plus faible. Cette spéculation est pro-cyclique et elle avait ainsi fait empirer la crise. Cette interdiction avait été rapidement levée, mais deux ans après le 15 IX 2008, aucune mesure de contrôle et de surveillance n'a été prise. Les hedge funds ne sont toujours pas réglementés, à part  le fait de devoir être inscrits auprès d’une autorité réglementaire. On ne connaît pas leurs placements, ni leurs actions dans les marchés.

La mesure prise par le gouvernement allemand va dans le bon sens des principes énoncés dans les derniers Kasino-G20 et surtout dans le sens des principes énoncés au G192. Les bons principes étaient énoncés, et étaient aussi restés sans effet. Mais le combat épiphane du gouvernement allemand contre les spéculateurs est absurde et détourne l’attention du problème. Ce n’est qu’un grand bluff. L'effet d'annonce a le mérite de prouver que l'Euro est une réalité de caméléon que chacun des Pays membres ou non de la Zone-Euro utilise à sa manière.

Le gouvernement allemand interdit jusqu'au 31 mars 2011 quelque chose qui n’existe quasiment pas en Allemagne et sa mesure ne changera rien aux pratiques des spéculateurs. La vente à découvert est interdite sur les actions de dix banques et instituts financiers uniquement si elle est réalisée à la bourse allemande ou avec un partenaire financier domicilié en Allemagne. Cette mesure n’a donc aucun effet sur le commerce de ces produits financiers dérivés qui se fait en dehors des frontières allemande. D’autre part au cours des derniers mois, les ventes à découvert n’ont plus joué un grand rôle en Allemagne. En ce qui concerne l’interdit sur les emprunts d’Etat émis en euro, il ne concerne que les Bons du Trésor allemands et autrichiens négociés à la bourse allemande. 4/5ème de la spéculation en Europe se font à la City de Londres.

Le BaFin interdit également l’utilisation à des fins spéculatives des credit default swaps (CDS). Conçus à l’origine pour servir de d’assurance contre la faillite d’une entreprise ou d’un État auxquels un investisseur prête de l’argent, ces produits Over The Counter (OTC) donc extra-bilanciels, sont traités de gré à gré entres les partenaires financiers (just-between-us) et sont réservés à des institutions d’une certaine taille. Les CDS offrent aux spéculateurs l'avantage d'automaticité de la hausse lorsque tout va mal. Les spéculateurs se contentent de contracter ces assurances multirisques sans devoir protéger un quelconque prêt. Cette pratique du "naked CDS" est également interdite par le BaFin.

Ce coup de poing réglementaire n'est que de la poudre aux yeux car les ventes à découvert sur les CDS ne peuvent être interdites que si elles ont lieu sur le territoire allemand. La gouvernement aurait aussi pu interdire au Hàns ìm Schnokeloch de bourrer sa pipe au Haut-Koenigsbourg entre la 12ème et la 13ème lune. Si le gouvernement allemand organise cette attraction foraine c'est pour détourner l'attention de son échec et de sa responsabilité au milieu des attaques contre l'euro et des "dysfonctionnements" des marchés. Le gouvernement allemand avait besoin de cet "effet de manche" d'Angela Merkel pour adopter le Fonds d'intervention du parapluie européen de 750 milliards auquel l'Allemagne va le plus contribuer à hauteur de 160 milliards à elle-seule.

Les marchés sont effrayés en ce moment. Il parait que ce serait à cause de l’effet d’annonce des mesures prises par le gouvernement allemand. L’évocation d’une régulation et d’un contrôle des marchés financiers ferait-elle peur ? Certes la mesure allemande n’est qu’une mesure populiste sans effets, puisque sans objet. Les pays animateurs de l'euro font leur sapho vexée face à la décision unilatérale que l'Allemagne a prise sans concertation. Je me demande pourquoi, l'Euro se trouve dans chaque porte-monnaie, mais n'est pour aucun pays souverain la même chose. Le non respect du critère des 3% du déficit budgétaire n'avait pas non plus été ignoré après concertation avec les pays de l'Euro-Land. Le Commissaire à la régulation des marchés financiers, le français Michel Barnier, a violemment critiqué "l’arbitraire de la chancelière Angela Merkel et l’éclatement à l’intérieur de l’EU". Et la riposte européenne avec les Boîtes à Outils de novembre 2008 invitait donc chacun des pays membres de la Zone-Euro de pratiquer son cavalier seul avec sa boîte à outils qu'il jugerait la plus adéquate.

Ce que je constate depuis presque 8 mois, c'est qu'à chaque panique sur les marchés financiers, le Dow Jones et le Nasdaq descendent toujours beaucoup plus que l'euro, et que l'euro remonte après deux jours au maximum dans le vert alors que le Nasdaq et le Dow Jones poursuivent leur descente. Cette fois-ci l'euro remonte vite avec les rumeurs selon lesquelles la BCE serait intervenue en rachetant des euros et en vendant des devises qu'elle a en réserve.

Mon article a de nouveau remué dans tous les sens mon chiffon du pessimisme, mais le week-end du 8 au 9 mai 2010 a permis de déposer les bases d'une entité européenne qui grignote l'association des États souverains pour tracer les fondements d'une fédération. Cette mutation dont personne ne parle s'est faite par chantage. En effet, le 9 mai 2010 les 27 ministres des finances de l'UE ont été sommés d'accepter les décisions des 16 États membres de l'Euro-Zone prises le 8 mai en dehors de tout Traité ou de Directive débattue au Parlement européen. Un refus des pays non membres de la Zone-Euro les aurait laissés en dehors du parapluie du Fonds d'intervention des 750 milliards d'euros. Seul le Royaume-Uni a refusé. Le Royaume-Uni se donnera en spectacle tout seul d'ici 2 à 3 mois quand il sombrera dans sa banqueroute d'État. D'ici l'été 2010 le Royaume-Uni devra trouver 200 milliards de £ parce que 200 milliards de £ sous forme de Gilts, les Bons du Trésor, arriveront à maturité et il faudra les rembourser avec de l'argent frais, qui sera introuvable.

Note de bas de page: (Attention le haut niveau salarial allemand n'est pas à analyser en faisant un amalgame: les deux Allemagne ne sont pas encore réunifiées économiquement 20 ans après la réunification, et les salaires de l'est ne sont pas encore égalisés avec les salaires de l'ouest de l'Allemagne. C'est comme si la France avait dû se réunir avec le Massif Centrale et tout le désert industriel qu'il y a au tour. Le salaire médian d'une France réunie se trouverait baissé d'un jour à l'autre et les allemands ne parleraient pas d'un dumping salarial français comme le font les français en parlant des salaires allemands. Les Traités et Directives européennes, comme l'OMC, interdisent aux gouvernements des subventions directes aux entreprises, par exemple pour qu'elles s'installent dans la Lozère, dans la Creuse, ou à l'est de l'Allemagne au nom de la concurrence libre et non faussée. Il n'y a plus de place pour une planification incitative.)