Avec Henry Paulson, le manifeste en bannière de mon site trouve sa légitimité aussi dans tout l'éventail de la droite, de l'ultra-libéral au Ps compris, et ce que j'écris sur mon site, tout comme ATTAC, prend enfin sa dimension éligible pour bazarder tous ces paradigmes que j'ai vus moi-même dès 1989 après la Chute du Mur de Berlin. Je suis tellement heureux d'avoir enfin été rattrapé par l'histoire, après 19 ans de pratique solitaire.

Du coup, les européens, avec - entre autre - leur Article 56 du Traité de Lisbonne (TSE, Traité Simplifié Européen), succédané du TCE (le NON du 29 mai), ont de nouveau le dogmatique pour eux comme valeur privée jalousement gardée, à l'image de leur cher Hayek, père fondateur de la pensée européenne de la toute-libre-circulation.
Cet article 56 empêche justement toute restriction de circulation des capitaux entre les États membres partie à l'Union Européenne.


1] Commerce international, globalisation, économie de bulles (bubble economy).
Mythes, paradigmes et asservissements des acteurs économiques, des consommateurs, des travailleurs, des partis et des syndicats (Vous pouvez sans problème passer au § 2)

Le soucis majeur d'un détenteur de surplus en biens, non nécessaires à sa consommation immédiate dans et autour de sa chaumière, est de les transformer en biens de rapport. Remontons au néolithique. Depuis Ötzi, le premier crime avéré du commerce international et de la globalisation, le détenteur de biens a couru après le temps pour gagner plus en travaillant encore moins. Son objectif a de tous temps été de compresser le temps jusqu'à le rendre quasi nul mais facile et lucratif avec les Autoroutes de l'information de l'ère "virtuelle". La démarche entrepreneuriale d'Ötzi l'avait télétransporté en pensée dans une analyse prospective de la maximisation du profit tiré de son investissement, pour lui encore chiffré en heures, en mois de travail. Dans sa gibecière il y avait un caillou dont la provenance est la Sicile et dont on retrouve de semblables dans les tumuli du Danemark. Ce caillou n'est pas une pierre précieuse mais son espèce géologique ne se retrouve jamais en scandinavie et elle se trouve uniquement en Sicile. Ötzi a donc véhiculé, dans son supply chain management passant par dessus la cordillère des Alpes, un mythe érigé en paradigme à l'image des golden boys, des hedgers que l'on appelle à présent traders.

Le commerce à crédit de ce caillou a été titrisé (voir définition au §2) à l'image des prêts hypothécaires américains et des subprimes (voir définition au §2) qui ont été transformés en titres négociables émis sur le marché financier. Le subprime n'est en lui-même rien, si ce n'est une promesse de réaliser un bénéfice à partir de rien d'autre que des dettes antérieures de tiers transformées en titres payables avec un gain selon le cours en vigueur au jour de la réalisation (revente). Ötzi n'avait sur lui qu'un caillou aux promesses inouïes, cette promesse était devenue un mythe nourrissant la rareté de ce bien, les rêves, la terre promise de félicité, le mythe. Le signifiant "caillou" s'est offert lui-même un second signifié, plus, un paradigme, le paradigme de la voie unique et la plus efficace pour créer de la richesse et pour la rendre durable. Le transport de ce caillou, l'acte d'import-export commis par Ötzi entre la Sicile et le Danemark, est lui-même en un premier temps un acte réel d'économie de marché, comme en un second temps un acte irréel d'émanation et de fixation d'un mythe accompagné d'un paradigme auquel tout membre intégré de la société environnante, mais aussi voisine et étrangère, se doit de s'y conformer pour exister. Le caillou se tient en main, mais sa valeur est une promesse qui passe dans l'économie moins "réelle" (irréelle?) si le paiement est réalisé en échange et à la hauteur de cette valeur, la mesure du mythe. Autour de ce caillou s'est constitué une économie irréelle, celle du commerce du mythe déconnecté de ce caillou. Le caillou n'était pas lourd à transporter mais le parcours logistique était long et périlleux.

Le capitalisme n'a pas comme objectif de pourvoir en biens et en services des masses avides à abreuver de plaisirs, mais à confondre le temps et à démultiplier la valeur promise, le mythe, le paradigme, et à intégrer le tout dans la volatilité qui permet aux plus malins de faire comme le chat de Schrödinger (voir dans la physique quantique), c'est à dire d'avoir simultanément au moins deux états différents en au moins deux lieux différents tout en se rassasiant et en se sentant bien, repu et à repaître encore plus jusqu'au jour des temps à venir (à la nuit des temps?). De Ötzi à Adam Smith rien n'avait changé et l'accroissement de la productivité des activités se faisait à pas imperceptibles pour les générations qui continuaient à se brasser.

Puis surgit en 1990 le hedger, le golden boy, le trader qui misât depuis sa chambre sur la valeur à acquérir au plus vite et de manière phénoménale. En marché financier, le long terme commence au delà de 10 minutes. Toute économie - activité créatrice de richesses dans une chaine élaborée de process systémiques - a pour objectif la transgression du caillou au mythe et au paradigme pour festonner la socialisation des membres d'un groupe mis au service et sous la tutelle de cette transgression. Toute économie réelle a pour seul objectif la transgression de cette économie réelle en une économie "irréelle", l'économie des bulles, qu'elles soient financières, de la "Nouvelle économie", de l'Internet, de l'immobilier, des nouvelles technologies, des biotechnologies et du séquençage du phénotype humain, et maintenant des subprimes. Je pense qu'il ne vous a pas échappé que les fonds de pensions et d'investissement, se sentant subitement en chômage technique, viennent de se retourner en catastrophe vers les valeurs alimentaires au niveau mondial en amplifiant la raréfaction, la spéculation, la hausse des prix, la crise alimentaire et la guerre du pain.

La révolution par rapport à Ötzi a eu lieu ces 15 à 20 dernières années et en tous cas depuis 1989 avec la chute du Mur de Berlin et avec l'ouverture d'un monde sur l'autre pour créer la "Maison commune" et pour récolter "les Dividendes de la paix". La globalisation du Grand village a apporté avec elle la quintessence de cette économie non-réelle, l'internationalisation financière. Les nouveaux Ötzis n'ont plus à craindre une flèche plantée dans l'omoplate et de mourir sur le glacier de l'Ötzthal dans le Tyrol du sud. Ils se télétransportent sur les marchés financiers comme le chat de Schrödinger en étant partout et dans leur chambre à la fois, en créant quelque chose qui est une richesse cumulative tant que la valeur et le mythe ont cours et tant que le paradigme est en vigueur dans le mental et dans la symbolique commune et dans les partis et dans les syndicats pour organiser une fourmilière sociétale d'humains ahanant en les mettant à leur service. Cette capacité à la télétransportation se régénère d'elle-même en de nouveaux produits financiers à l'effondrement du dernier produit financier en date ayant eu cours (éclatement de la bulle) pour accéder à un nouveau (nouvelle bulle) produit financier encore plus prometteur. Il n'y a pas d'irréel. Il n'y a pas de mise-en-scène, tout est réel et vérité, même le mensonge.

Depuis la globalisation et l'internationalisation financière, les deux dernières décennies n'ont été que secouées par des métamorphoses sinistres, de bulles en éclatements de bulles, des produits financiers en d'autres, tout ceci en orchestrant des déports massifs de richesses de groupes sociaux à d'autres, de régions à d'autres en ayant comme effet collatéral la déprédation de groupes de plus en plus grands à l'intérieur de cette fourmilière sociétale de serviteurs.


2] La dernière bulle des subprimes et de la titrisation a été géniale:. Cette dernière bulle en date a consisté en la transformation en un nouveau et inventif produit financier (titrisation) à valeur spéculative (le subprime simple ou le subprime basé sur le prêt hypothécaire) à partir du risque bancaire des prêts ou des prêts à risque octroyés pour des placements immobiliers et donnés sans contrôle, sans couverture, sans caution, sans apport à des demandeurs insolvables, douteux et incapables de rembourser dans l'échelle du temps allant de l'ouverture du prêt jusqu'à toute la durée des échéances à venir. Nous pouvons prétendre que ces banques sont des créanciers véreux. Avec ce nouveau produit financier les banques ont réduit encore plus leur part de la couverture bancaire légale et pour certaines elles se sont mises en situation de faillite, voire en faillite: Bears Stearns (5ième banque américaine, en faillite, USA, rachat avec fonds publics de la Fed' en février 08), Northern Rock (en faillite, GB, nationalisée cet été 2007), West LB et Sachsen LB et Bayern LB et IKB (en faillite, D, renflouée par l'État en février 08 et/ou rachetées par une autre banque publique Landesbank Bade-Wurtemberg), UBS (en difficulté, Suisse), Société Générale (en difficulté, F, renflouée par augmentation de capital en février 08 et menacée d'une OPA par la BNP).

Comme d'habitude les bénéfices sont privatisés et les risques sont mutualisés, huile de Georg Grosz intitulée Hitler en enfer c'est à dire payés par l'État avec son armada de contribuables serviles et corvéables. La politique est bien ce que je dis depuis toujours et de manière apparemment cynique: c'est l'art du réel qui consiste à opérer, d'un groupe social à un autre, un transfert des savoirs, des richesses et des pouvoirs. Pour l'instant je passe encore pour un sale gauchiste, vous verrez quand la crise fera rage et que les gueules noires sortiront des égouts pour réclamer leur dû à moins que ce soit pour "sauver" un régime en matant les manifestants comme lors des minériades de Temeschwar (Timisoara). Avez-vous remarqué que les médias avouent tout de même du bout de lèvres et des doigts que cette "mutualisation des pertes et des risques n'est pas morale, mais vous comprenez il faut bien rétablir la confiance des marchés".

Vous êtes donc à présent observateurs comme moi de l'érection d'un paradigme devant être le credo de tous les credi. Il suffit de le dire pour y croire, ou d'y croire pour le dire. Dans le paradigme ce qui est le plus important est l'absence de contre-offensive mentale pour détrôner ce paradigme. Une société ne se mesure donc pas à la valeur de ses valeurs, mais à la paralysie qu'elle s'impose pour ne pas se transgresser elle-même. L'indiscipline est un devoir, mais il faut être très courageux pour s'y essayer.

Mais au fait, c'est quoi le subprime et la titrisation?
Voici d'abord une explication simple: Aux USA, les foyers qui ont construit des maisons et les banques d'investissement étaient devenus des joueurs au lotto. Ils ont trop cherché et couru le risque dans ce sport vidéo du "capital risque" qui devait faire passer tous les autres acteurs de l'économie, qui ne le pratiquaient pas, pour des arriérés. Le problème était que tout le monde, la femme de ménage, le chauffeur de taxi, devait acheter à crédit une maison même sans apport personnel et que les banques l'avait financée à 100%. L'emprunteur du crédit n'était redevable que sur le prix de la maison, et pas comme Europe, aussi sur ses autres biens et sur son salaire. Celui qui achetait une maison à crédit, ne pouvait que être gagnant. Ceci avait libéré une propension à la prise de risque totalement déconnectée de la réalité économique de chaque foyer (devenu le premier maillon spéculateur) et avait déclenché une sur-liquidité pour payer des maisons et pour consommer d'autres biens à crédit, dont les crédits prenaient comme garantie la même maison dont la valeur devait indéfiniment augmenter. Les banques, elles-aussi n'agissaient plus que dans le seul esprit de tirer un maximum du capital risque, sans avoir la moindre des couvertures en fonds propres et même en s'endettant aussi énormément. Les banque avaient alors revendus les créances en des produits dérivés, qui sont de pures merveilles d'invention créatives de nouveaux produits financiers, des titrisations destinées uniquement à la spéculation sans se reposer sur la moindre des économies réelles. Puis les banques avaient vendu et racheté des paquets de ces titres et créances, les avaient transformés en d'autres paquets de titres en inventant d'autres nouveaux produits financiers à "haute" valeur spéculative, pour les revendre en externalisant à chaque fois le risque sur le dernier acheteur, en tous cas sur d'autres. C'est le principe des lettres pyramidales.

La titrisation est une technique financière qui consiste classiquement à transférer à des investisseurs des actifs financiers tels que des créances, comme des factures émises non soldées ou des prêts en cours, en les transformant en titres financiers émis sur le marché des capitaux. Une telle titrisation s'opère en regroupant un portefeuille (un lot) de créances de nature similaire (prêts immobiliers à risque, prêts à la consommation, prêts pour s'acheter une trottinette, prêts sur n'importe quoi et pas seulement immobilier...) que l'on cède alors à une société, un fonds qui en finance le prix d'achat en plaçant des titres auprès d'investisseurs. Les titres (obligations, billets de trésorerie, ...) représentent chacun une fraction du portefeuille de créances titrisées et donnent le droit aux investisseurs de recevoir les paiements des créances (par exemple quand les factures sont payées, ou quand les prêts immobiliers à risque versent des mensualités) sous forme d'intérêts et de remboursement de principal. La titrisation peut également viser à ne transférer aux investisseurs que le risque financier lié aux actifs concernés, auquel cas les actifs ne sont pas vendus, mais le risque ou partie du risque transféré grâce à une titrisation synthétique. Née aux États-Unis dans les années 1980, la titrisation a connu une expansion importante également en Europe à partir de 2000 tandis que les produits et les structures devenaient de plus en plus complexes. La crise des subprimes survenue en 2007 a provoqué un ralentissement du marché, tandis que les autorités de marché considèrent la question de savoir si la titrisation devraient être mieux encadrée. Cette titrisation des subprimes a été l'élégante manière pour les établissements émetteurs de crédits de se défausser du risque sur d'autres établissements financiers ou sur d'autres investisseurs privés ou particuliers qui ont acheté ce genre de titres. En bon français grossier, c'était la manière d'en**ler l'investisseur, ou la manière de vouloir le beurre et son argent à la fois, comme le chat de Schrödinger. En termes juridiques c'est un dol. Les émetteurs de prêts hypothécaires étaient encore plus raffinés que ceci. Ils avaient créé des sociétés dont le rôle était d'acheter ces titres, de les regrouper en "parts seniors", destinées aux personnes âgées et qui seront remboursées les premières, et en "parts junior" destinées aux moins âgés, plus chères et avec un taux d'intérêt moins élevé. Ces émetteurs se sont débrouillés pour racheter les parts seniors. Evidemment les argentiers disposent du luxe de se permettre de ne pas assumer le risque. En cas de crise ils peuvent toujours s'appuyer sur la continuité de l'État, le refinancement de la dette par le Trésor Public... pour rassurer les marchés financiers.

La crise des sub-primes (en anglais subprime mortgage meltdown) est une crise financière et boursière mondiale, déclenchée en 2006 par un krach des prêts hypothécaires à risque aux États-Unis (les subprimes), révélée au monde en février 2007, puis transformée en crise financière mondiale à partir de l'été 2007. Les subprimes sont des crédits à risque comprenant les prêts hypothécaires, les cartes de crédit, les locations de voitures, accordés aux États-Unis à une clientèle peu solvable, sur la base d'une majoration du taux d'intérêt (prime appliquée à un emprunteur dont la solvabilité est en dessous d'un certain seuil) censée compenser les risques pris par le prêteur. Les remboursements d'emprunt immobiliers à risque étaient limités au paiement des intérêts (déductibles aux États-Unis), celui du capital étant souvent différé pour s'imputer sur le prix de revente du logement deux ou trois ans après, avec une plus-value tant que les prix de l'immobilier montaient, ce qui était le cas avant 2006. Ces prêts étaient majoritairement accordés à des conditions de taux d'intérêt variables. Le double mouvement de baisse des prix de l'immobilier aux États-Unis (dégonflement de la bulle immobilière) à partir de 2006 et de remontée des taux d'intérêt a conduit au défaut de paiement de nombreux emprunteurs, et donc à la mise en situation de faillite, ou de quasi-faillite, des établissements spécialisés aux États-Unis. D'autant que les prix des habitations sont tombés sous la valeur de garantie. La crise des crédits subprimes américains a conduit à une défiance au niveau mondial envers les créances titrisées (ABS, RMBS, CMBS, CDO) qui comprennent une part plus ou moins grande de crédits subprime, puis envers les fonds d'investissement, les OPCVM (dont les SICAV monétaires) et le système bancaire susceptibles de détenir ces dérivés de crédit. Soit un mouvement de réévaluation du risque et d'aversion au risque. De façon plus indirecte, la crise a provoqué à partir du 18 juillet 2007 une crise de confiance générale dans le système financier, une chute des marchés financiers et une crise de trésorerie bancaire. De crainte que la crise ne touche la sphère de l'économie réelle, les Banques centrales ont été amenées à injecter des liquidités dans le marché interbancaire et à assouplir leur politique monétaire (la Fed' en septembre 2007).

Historique, sémantique et rentabilité présumée des subprimes: le terme subprime est un dérivé de prime lending rate, qui est le taux d'intérêt accordé aux emprunteurs les plus fiables. Prime lending désigne ainsi le crédit accordé aux emprunteurs fiables, et subprime lending le crédit accordé aux emprunteurs à risque. L'écart de taux, c'est-à-dire la différence entre le subprime lending rate et le prime lending rate sert à payer le risque supplémentaire pris par les investisseurs quand ils décident de prêter de l'argent aux emprunteurs à faibles garanties.

Pour les créanciers, les prêts subprime étaient considérés comme individuellement risqués mais collectivement sûrs et rentables. L'estimation de rentabilité reposait sur une hausse régulière du prix de l'immobilier, justifiée par l'absence de baisse à l'échelle nationale depuis 1945. Ainsi, si un emprunteur venait à défaillir, il était toujours possible de revendre la propriété avec une plus-value. Cependant, la conjonction de l'augmentation des taux d'intérêt à court terme (de 1 % à plus de 5 %) et de la baisse des prix dans l'immobilier a mis en faillite les clients les plus fragiles, puis certaines des banques elles-mêmes. En 2007, plus de trois millions de foyers américains étaient en situation de défaut de paiement et contraints de vivre dans la rue en ayant tout perdu et en étant couvert de dettes.


3] 1000 milliards de pertes présumées, et révélées sous peu, de la dernière bubble economy en date.
Externalisation du risque bancaire et émission de monnaie par les banques privées de commerce et d'investissement


Selon les dernières estimations du FMI d'aujourd'hui le 9 IV 2008, nous savons que ces prêts (douteux) à la consommation et à l'investissement s'appuyant sur les hypothèques atteignent les 1000 milliards, milliards garantis par rien et perdus définitivement. Il y a effectivement 24 heures (vingt quatre) on parlait de 600 milliards, il y a une semaine de 300 à 400 milliards. Quand on parlait, il y a 15 jours, de 300 à 400 milliards de prêts non remboursables, les banques américaines annonçaient des "avertissement sur bénéfices", des "provisions pour pertes" pour révéler leurs "actifs dépréciés" ou les "engagements hors bilan" (oui, ça existe... la Bilanzmakulatur), soit 150 à 200 milliards pour les banques américaines, mais aussi 100 à 150 milliards pour les banques européennes qui avaient racheté ces titres des subprimes émis sur le marché. Selon Georges Soros, inventeur des Hedge Fonds et qui a fait fortune en misant en 1992 sur la sortie de la livre du système monétaire européen: "Nous n'avons pas encore touché le fond. Cette crise est la pire que l'on ait jamais connu depuis 1930".

Ces prêts à la consommation et à l'investissement ont été accordés sous la forme de prêts hypothécaires à risque (subprimes) devant en théorie être garantis sur la valeur des biens bâtis, eux-mêmes financés par des prêts. Ce système de télétransportation du profit n'avait fonctionné qu'à partir du moment où valeur immobilière continuait à alimenter le mythe de l'augmentation de cette valeur. L'inversement de tendance a juste provoqué la prise de conscience que ce mythe n'avait plus cours, que cette économie n'avait rien de palpable (réel), que le bien immobilier ne valait qu'une partie excessivement inférieure, que le paradigme dominant n'avait plus de support et que tous les emprunteurs et spéculateurs sur les titres de ces emprunts revendus comme produits financiers ne seront que des Ötzi, des Ötzi morts.

Des millions de faillites personnelles sont ajoutés à des faillites des plus grands groupes bancaires américains, anglais, français (Société Générale), allemands, et Suisse (UBS). Les banques américaines ont revendu leur risque face à ces prêts douteux, les prêts hypothécaires/subprime, en produits financiers, soit des titres. Les banques européennes ont été assez cupides pour déroger à leur attitude habituellement moins risquée pour acheter en masse ces titres voués à être sans valeur. La légendaire banque suisse UBS, connue pour son attitude très portée sur l'économie "réelle", celle de l'entrepreneuriat et non du management financier, s'est aussi laissée aller à cette télétransportation organisée par le manège financier. Le cours de l'action de l'USB avait même augmenté de manière significative la semaine dernière à l'annonce de ses provisions pour pertes majeures, car l'actionnaire Ötzi Schrödinger avait encore préféré honorer la subite transparence de cette banque, dans ce climat de totale perte de confiance des marchés financiers. Malheureusement tout n'est pas encore avoué du côté des banques spéculatives de cette dernière bulle et il reste encore 600 milliards de pertes à avouer en ce jour du 9 IV 2008. En connaissant déjà l'effet des 350 à 400 milliards avoués... (Blague >>> US GAAP, new definition of UBS Accounting: 1, There are two sides of the balance sheet - the left side and the right side. 2, On the left side, there is nothing right, and on the right side, there is nothing left!)


4] Le fautif: Alan Greenspan, ancien secrétaire général de la Fed', la réserve fédérale US, banque centrale américaine.

Alan Greenspan n'est rien d'autre que l'un des ces paradigmes, ce genre de valeur communément acquise autrement que par la raison et par la réflexion, auxquelles tout le monde se soumet de manière servile et contre lesquelles tout mode de réflexion achoppe sans rémission. Pendant les 15 ans de son règne, Alan Greenspan avait passé pour le sorcier des chefs des banques centrales jusqu'au jour où il fut contraint à la démission au regard de la crise financière américaine au début de l'année 2006. La Fed' qui pourvoyait les banques en liquidité à bon marché avec un taux d'intérêt très bas avait conduit ces banques à négliger le risque sur le marché hypothécaire. De l'argent à bon marché avait été déversé en masse sur le marché américain par la Fed' à la suite de l'éclatement de la bulle de la Nouvelle Economie et des attentats du 9 XI sur les twin towers de Manhattan. C'est justement à partir de ce moment que les banques abandonnèrent toutes mesures de précaution et allouèrent des crédits immobiliers à risque aussi à des emprunteurs dénués de la moindre des garanties. Tout semblait correct tant que les prix de l'immobilier accusaient une hausse constante. L'inflation des valeurs immobilières finançait une grande consommation, payée elle-même par crédit. A partir du moment où la bulle des prix de l'immobilier commence à éclater, des millions de crédits pourris menacent le système financier mondial parce que les banques américaines avaient externalisé leur risque en inventant ce nouveau produit financier en opérant une titrisation de leur prêts hypothécaires devenus des titres sur lesquels placements et spéculations se sont jetés avidement.

Alan Greenspan, sorcier déchu, n'avait pourtant qu'à étudier le modèle d'école fourni au Japon dans les années 80' par l'effondrement de la bulle spéculative de l'immobilier qui était alimentée par la politique de l'argent à bon marché conduite par la BoJ (Bank of Japan, banque centrale) et qui avait poussé vers le haut la croissance des cours de l'immobilier. La BoJ avait fini par réaliser que cet investissement de masse des banques dans l'immobilier n'avait pas été suivi par le reste de l'économie productive ("réelle"). La BoJ avait alors restreint les liquidités, la masse monétaire, en augmentant le taux d'intérêt directeur et l'éclatement de la bulle immobilière avait conduit à la faillite de plusieurs très grandes banques japonaises et avait jeté tout le pays dans une récession et une déflation qui avaient duré 10 ans.

Alan Greenspan, sorcier déchu, avait lui-même fait sa propre expérience infructueuse de la même manière sur son propre terrain de jeu. C'était l'époque de la crise Enron, ce fonds de pensions en faillite qui avait plumé de toutes leurs économies des millions de retraités. Il avait débloqué en 1998 de l'argent à bon marché aux banques américaines qui ont racheté le Fonds de pensions LTCM pour le sortir de la faillite. Cette action et cette mesure d'urgence de la Fed' avait donné un signal fatal aux marchés financiers dont les acteurs à très forte tendance spéculative ne se sont plus sentis jugulés dans leur course effrénée à encourir de hauts risques. Cette politique de la banque centrale de l'argent à bon marché avec des taux d'intérêts très bas n'a été qu'une stimulation aux comportements déviants ("moral hazard") sur les marchés et les marchés financiers. En conduisant cette politique de l'argent facile avec un taux d'intérêt très bas, la banque centrale américaine avait délégué une part de son monopole, soit celui de l'émission de la monnaie et du contrôle de la masse monétaire. En effet, les banques commerciales n'opérant plus elles-mêmes les contrôles préalables à l'octroi des prêts, ouvraient elles-mêmes le robinet de l'argent, alors que la banque centrale feignait de croire que la rigueur de ces banques ne pouvait que garantir un bon emploi de cet argent dans des investissements de consommation ou des investissements productifs. La banque centrale n'avait dans les faits uniquement dans son champs de compétences et d'attributions que l'outil du taux d'intérêt comme seul instrument de contrôle de régulation de la masse monétaire.

La leçon japonaise ou de la faillite du fond de pension américain LTCM n'a pas été apprise par le successeur d'Alan Greenspan, Ben Bernanke, chef de la Fed' depuis 2006. Il poursuit la politique agressive de la baisse des taux d'intérêts (de 5,25 % à 2,25 % en septembre 07) et de l'inondation du marché par la masse monétaire en espérant maintenir la croissance, ou tout au moins l'activité économique, ou l'évitement de la récession. En une action similaire à celle de 1998, il a "aidé" avec un crédit de 30 milliards de $ en février 2008 la banque JP Morgan à racheter la banque faillitaire Bears Stearns et il a donné de nouveau le même signal fatal aux spéculateurs dont le métier se réduit à engranger des bénéfices et à faire payer les pertes par la banque centrale, donc l'État, puisqu'en cas de crise il y a un rachat aidé du faillitaire (comme aux USA) ou une nationalisation du faillitaire comme la Northern Rock en Grande-Bretagne, ou de la IKB ou de la West LB comme en Allemagne.


5] Comment éviter de telles crises financières des bulles?

Les économistes néolibéraux comme Joseph Schumpeter et actuellement von Hayek expriment leur sympathie pour la convertibilité or (réserve en or de Fort Knocks égale, jusqu'à une certaine hauteur, à la masse monétaire en circulation) qui agirait comme un frein idéal sur l'économie du crédit. Un autre économiste néolibéral, Milton Friedman, pensait que cette convertibilité or est trop chère et que les tendances inflationnistes peuvent être évitées en agissant de manière stricte sur la masse monétaire.

Pour les USA, un retour à la convertibilité or tout comme une dénationalisation de l'argent, telle que préconisée par von Hayek (protagoniste de l'État minimal), ne semblaient pas être les mesures appropriées pour la Fed'. La dénationalisation de l'argent prévoit de retirer à la banque centrale le monopole de l'émission de la monnaie et de confier cette tâche à un ou des émetteurs privés (comme en Europe avec la BCE) soumis à la libre concurrence et qui pourvoiraient ainsi le marché commercial et financier en de l'argent doté d'une solide réputation. Ni l'une ni l'autre des possibilités n'est choisie aux USA. C'est alors que le Secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, annonce son projet de révision des attributions de la Fed', la banque centrale américaine.


Veuillez lire la seconde partie: Bubble economy. De Paulson à Tobin? La Fed' donne l'exemple à la dogmatique BCE? - II

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1] Pour signer la pétition lancée par Oxfam contre les vulture funds et Stop the debts vulture de Jubilee Debt Campaign

2] Pour signer la pétition européenne "Spéculation et crises financières: ça suffit".