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Aufstehen oder sitzen bleiben? - Se lever ou rester assis?

Le nouveau rassemblement Aufstehen a démarré au début du mois de décembre. L’essai de rassembler d’une nouvelle manière les forces politiques à gauche du centre est à interpréter soit comme une campagne d’offensive en direction de DIE LINKE ou comme un projet de fédération. Mais ceci n’est pas si simple. Que ce soit une concurrence ou un complément, que veut dire Aufstehen pour notre parti ?

Aufstehen - was soll das? - Aufstehen - De quoi s’agit-il ?

Le hype éphémère autour de Martin Schulz, un bond de 10% dans les sondages, des milliers de nouvelles adhésions au SPD, une majorité dans les chiffres pour une coalition Rouge-Rouge-Vert, tout ceci a montré qu’il y a dans la population allemande un fort désir d'une autre politique et que cette politique est susceptible d’obtenir une majorité. Comme a pu le montrer le résultat des élections fédérales pour les députés, le potentiel à gauche n’a pas été exploité par la SPD, Die Linke et Die Grünen [les Verts]. La déception du candidat à la chancellerie pour la SPD n’a justement pas conduit à ce que les déceptions à l’intérieur du camp à gauche ne se soient reportées au profit de Die Linke. Mais elles se sont totalement réorientées ou elles ont simplement mené à l’abstention. Ce qui a apporté cette nouvelle situation est l’absence de volonté ou l’incapacité d’apporter au-devant du camp potentiel Rouge-Rouge-Vert des projets de société concrets et des projets pour le long terme, et de les porter avec suffisamment d’élan et de conviction devant toute l’opinion publique. Sans de tels concepts il ne peut y avoir un changement dans l’opinion.

En 2017 le camp Rouge-Rouge-Vert n’a obtenu que 38,6%, en 2005 il en avait obtenu 51%. [Note du traducteur : pour le Parlement fédéral de Berlin, le Bundestag, la moitié des députés est élue directement sur leur nom propre de candidat, et l’autre moitié est élue sur les partis qui ont établi une liste de personnes dans leurs rangs. Ceci permet tout autant une représentation régionale et personnellement impliquée qu’une représentation fédérale et partisane. Si un parti a obtenu 30% des voix indirectes ou secondaires, die Zweitstimme, il obtient aussi 30% des sièges à Berlin >>> www.refrago.de/Bundestagswahl_Was_bedeutet_Erststimme_und_fuer_was_ist_die_Zweitstimme.frage135.html   ]

Même si DIE LINKE est restée relativement stable ces dernières années, il lui manque en ce moment les partenaires de coalition afin de pouvoir occuper au niveau fédéral des postes de gouvernement. Ensuite il s'agit de savoir pourquoi DIE LINKE ne peut-elle pas profiter de la faiblesse de la SPD. Le manque de perspective de coalition et le nouveau parti protestataire AfD rendent plus difficile de mobiliser les indécis et les déçus [Note du traducteur: AfD = extrême droite, droite fasciste, droite ouvertement d’inspiration hitlérienne]. C’est pourquoi de nouvelles formes de la politique sont justifiées.

 

D’habitude les mouvements politiques de gauche surgissent de la base. Que ce soit des mouvements sociaux, des mouvements pacifistes, des mouvements pour la préservation de la planète ou Attac, ils sont tous une réponse donnée par la société civile à des problèmes qui ont été laissés à l’écart. Les structures de démocratie directe sont tout autant du même ordre. C’est pourquoi Aufstehen qui est un mouvement qui a été un projet initié par le haut n’est pas un mouvement au sens classique du terme.

 

Aufstehen se comprend tout de même lui-même comme un mouvement de rassemblement de gauche. Les adhésions sur la page internet sont à envisager comme des obstacles minimes, bien que pour l’instant Aufstehen ne se limite qu’à un sondage en ligne et qu’à de la publicité relayée en ligne. Avec une première approche ceci paraît être bien peu pour commencer. Il y a pourtant dans notre ère du numérique de nombreux exemples à succès qui avaient tout autant démarré de manière insignifiante. Nous avons comme exemple les campagnes de Bernie Sanders aux USA, de Jeremy Corbyn pour la réorientation du Labour-Party ou « La France Insoumise » en France.

La plateforme numérique qui est derrière Aufstehen provient des USA et a été, selon Aufstehen, utilisée par les gouvernements au Canada, en Nouvelle-Zélande, à Singapour ou à Taiwan. Des algorithmes informatiques doivent aider à trouver des opinions majoritaires et des compromis. Ceci constitue factuellement pour la base la possibilité de codécider au sujet des orientations. Une plateforme digitale qui est managée professionnellement peut ne pas juste mettre en œuvre des débats sur des questions de fond et les évaluer, elle peut aussi traiter les clics pour des vidéos, les liens internet relayés et les durées de visite en ligne. Une banque de donnée s’établit et à côté des contenus elle peut aussi optimiser les slogans et l’habillage, le layout. Ceci est important parce que souvent en politique l’emballage est malheureusement plus important que le contenu. Cette plateforme permet aussi de mobiliser les activistes, les dons et en plus de découvrir de nouveaux talents politiques et de les promouvoir [Note du traducteur : der Aktivist a été un terme adoré en RDA] . Un mouvement préparé peut très bien passer du net à la rue au moment approprié.

Sammlungsbewegung oder Spaltungsbewegung? - Mouvement de rassemblement ou de scission ?

Il existe un grand espoir que Aufstehen atteigne des personnes qui ont depuis longtemps été abandonnées par les partis traditionnels. Le format online et des structures en vrac aident sûrement. Par principe DIE LINKE a toujours été un mouvement de rassemblement de personnes déçues et de gauche. Dans cet appel  tout de même bien simpliste à une constitution de Aufstehen il n’y a rien de ce que DIE LINKE n’ait pas revendiqué depuis des années. Et naturellement le parti a aussi réagi depuis des années aux nouvelles possibilités du net et de mobilisation (il y a de toute façon toujours des opinions différentes de la manière avec laquelle un parti doit intervenir sur la scène publique). Qui y-a-t-il donc qui devrait mobiliser les gens ?

Les initiateurs eux-mêmes de Aufstehen ne savent pas ce que doit devenir ce mouvement. Ainsi aucun jugement définitif n’est possible. C’est pourquoi il est légitime d’être sceptique quand la figure de proue, Sahra Wagenknecht, n’est pour l’instant pas du tout prête à travailler à un compromis et à un rapprochement de DIE LINKE, avec la SPD et les Verts, mais qu’elle se soit scrupuleusement créé la réputation de hardliner. Ses collègues de Aufstehen, issus de la SPD ou des Verts, sont certes de respectables personnes, mais ceux-ci n’occupent au mieux dans leurs propres partis que des rôles au troisième ou au quatrième rang.

Il n’est ainsi pas du tout envisageable que Aufstehen puisse faire bouger les lignes dans la SPD ou chez les Verts. Ceci assurément parce que Aufstehen met continuellement en avant des concepts ayant une connotation de populisme de gauche qui doit apporter au peuple une ligne de front nette opposée aux élites dominantes, même s’il est tout à fait juste que la critique du capitalisme et du système politique vise les causes de la polarisation de la société. Ce populisme-ci penche dans son mode d’expression d’une manière des plus empoisonnées depuis quelques temps vers le social-libéralisme ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Social-lib%C3%A9ralisme ), vers l’ouverture au monde et vers de bons soldats chrétiens (en all.  >>> der gutsituierte Gutmensch) ayant une bonne situation dans la société. Ce qui pour certains est le dernier-cri des ateliers politiques de gauche, apparait dans des cercles plus établis comme de l’Agit-prop et de la scission. En aucun cas ce populisme ne peut être un concept pour un parti populaire de gauche.

Bien que Aufstehen ne veuille pas être un parti, l’idée d’un nouveau parti populaire de gauche était dans l’air. Aucune réponse claire n’a été donnée lors d’une conférence de presse de Aufstehen pour savoir si le projet n’allait pas in fine déboucher sur un parti. Pourquoi en serait-ce ainsi, la menace de la constitution d’un parti est donc un potentiel moyen de pression. Les mouvements français de Macron et de Mélenchon - mais aussi la « Liste Sebastian Kurz » qui a fait faire au ÖPV [Note du traducteur : un virage à droite en 2017 à ce parti conservateur chrétien ordo-libéral] - ont montré, que des partis d’un genre nouveau qui sont dimensionnés à des personnes individuelles peuvent avoir des succès respectables au détriment de la démocratie interne du parti.

Aufstehen en est encore très éloigné. Pour que ce mouvement devienne à long terme attractif, il doit apporter quelque chose de consistant. Ce qui rend Aufstehen si intéressant, ce n’est sûrement pas le fond mais la position de force et le potentiel de disruption. « Quand notre pression sera suffisamment grande, les partis ouvriront dans une coalition leurs listes pour nos idées et nos personnes », cette citation de Sahra Wagenknecht dans une conférence de presse vise les trois partis Rouge-Rouge-Verts, mais en réalité avant tout DIE LINKE. Aufstehen surgit dans une période où Sahra Wagenknecht se trouve tout en haut de sa carrière dans la direction du groupe parlementaire, mais où elle doit continuellement constater que ni le parti ni le groupe parlementaire ne la suivent. A un moment où justement il faudrait obtenir des compromis dans son parti et dans son groupe parlementaire pour occuper des commissions, on essaye au travers de Aufstehen et des médias d’influencer le ligne politique de DIE LINKE.

Afin que Aufstehen ne devienne pas un mouvement de scission mais qu’il devienne un mouvement de rassemblement il faut que plusieurs choses aient lieu: la discussion sur l’évolution du parti doit être conduite à l’intérieur du parti et non pas en-dehors. Pour y parvenir il faut que ce soit clair qu’une réponse simple n’est pas possible face aux défis actuels et en particulier de la migration, et que le parti doit accepter un débat ouvert à toutes les opinions. Les diffamations doivent en être exclues. En même temps la direction doit respecter les résultats des débats ayant permis en interne à la formation de l’opinion. Les personnes qui veulent réorienter notre parti avec de bonnes idées et de bons concepts y sont accueillies à bras ouverts. Ceci ne peut que se faire depuis l’intérieur, mais des impulsions venant de l’extérieur seront bien évidemment étudiées.
(Photos: après celle de 2014, ma deuxième conquête du Cap Nord à vélo en 2016)

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