En France, comme ailleurs tout est beau, parce que tout est bâtard. Celui qui n'est pas ouvert se cache derrière une Loi ou en rajoute une couche dans la Constitution.

Inscrire ce trucs des langues dans la Constitution française c'est comme coller sur le cul d'un malade du SIDA le post-it "je lutte pour la tolérance".

Et la France, dans son arrogance, a juste oublié que l'alsacien est une langue régionale française. Et cette langue a droit à la reconnaissance et en plus, elle est tout aussi peu latine et barbare comme que le breton, le flamand, le wallon, le welsh. D'ailleurs il y a un autre oubli majeur: le yiddish est fait à 60% d'alsacien (et non d'allemand). Le yiddish est une langue riche et fabuleuse que l'on parle dans le Bronx comme à Souffelweyersheim ou Breuschwickersheim ou Niedermohrschwihr! Même le dico Word n'aime pas le mot "yiddish" et propose "juif-allemand". (Projet Babel).

Il existe en ce moment en Moselle une exposition sur les barbares mais aussi au Palazzo Grazzi "Rome et les Barbares"

L'inconscient collectif français est encore à l'image de cette huile sur toile intitulée: "Le sac de Rome par les barbares en 410" de Joseph-Noël Sylvestre de 1890, peintre pompier biterrois.


C'est cette vision de la France "une et indivisible", "meurtrie et bafouée", ce poncif qui a cette fois-ci de nouveau poussé le législateur français à mettre sur la Constitution cette couche-culotte de la Loi sur les Langues Régionales. Tant que la France se vit comme quelque chose d'agressé (alors que les 5 dernières grandes guerres françaises depuis 1870 démontrent tout le contraire), elle ne saura offrir et rayonner. La France, cette Marianne de mauvaise vie, préfère faire croire qu'elle se couvre de sa parure de tolérance et de cohésion.

Excusez-moi, un frontalier a intégré au moins deux, voire trois cultures. Et c'est très drôle, car il se fait à lui-même constamment des traductions simultanées qui vous donnent des tournures qui n'existent ni en français ni en allemand. Donc un parler dialectal, quel qu'il soit, est un enrichissement car il offre au bavard stéréophonique (ta merde patrie, Hopla Geis!) une double Weltanschauung, une double perception du monde qui est un trou sémantique et conceptuel pour un français-de-l'intérieur plus il s'approche de la francilianie. L'alsacon, en l'occurrence, n'est pas un produit schizophrène, il ne se vit justement pas comme une chose une et indivisible. C'est bien sûr une cécité de confort de prendre un frontalier pour quelqu'un qui passe encore à l'ennemi, l'attraction jacobine fait toujours ses ravages dans la France dont le nom, si vous l'aviez oublié provient directement d'un certain affranchissement d'un certain roi fait prisonnier quelque part, en haut à gauche. Mais en France, le pays de la langue irisée et gladiolée, un mot est justement prononcé en scansion, pour qu'il dise exactement son contraire. Car une langue non objective comme le français qui puise sa sauce dans le latin et le grec est une langue qui fait semblant de dire, pour encore mieux cacher, au lieu de foncer directement sur la cible avec le matériau simple fourni par son substrat linguistique propre.

Donc "le parler français" est à prendre avec de très grosses pincettes car il n'y a pas plus centrifugeur que cette langue qui se croit encore et toujours issue du Siècle des plumières et encore plus gravement de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme dont la France a tout de même été un des derniers pays européens à en signer la Charte, soit en 1981. Un dialectophone est donc quelqu'un de riche, un francophone quelqu'un de très pauvre. La médiocrité des français en langues étrangères est l'un des sommets du ridicule de notre Nation qui brille, brille, brille, Hallo! Donc la France se met à la truelle des couches sur sa Constitution, mais un jour la couche-culotte sera pleine.

Dans ma défense du parler et du vivre dialtectal, je ne veux bien sûr pas y voir le retour chthonien du Sturm und Drang de Wagner et du IIIème Reich. Je veux y voir la source même de la dialectique.

Je veux juste montrer que ce qui se prend pour un creuset a en tête sa clef-de-voûte d'arrogance et ce n'est plus à vous, ici, de prouver que la centrifuge jacobine a fait des dégâts de sang parmi les siècles, oui la marianne de mauvaise vie.

On peut aussi dire que le français est aux parlers locaux ce que les OGM sont aux espèces variétales habituelles. Le parler régional très répandu dans toute l'Alsace sauf dans les 3 grandes villes de la décapole (Strasbourg, Colmar, Mulhouse) est aussi une nécessité économique pour tous les travailleurs frontaliers qui oscillent quotidiennement dans le Palatinat au Nord de Wissembourg, pour le Baden-Württemberg sur le Rive droite, et pour la Regio Basiliensis entre Mulhouse et le Jura alsacien. C'est aussi un énorme atout pour les PME qui - comme vous le savez - sont très ouvertes sur la Rive Gauche et la Rive Droite et donc pour les réseaux de soutraitance, mais aussi pour les plombiers, les couvreurs zingueur, les paysagistes et pépiniéristes, etc... A l'inverse du breton, l'alsacien est parlé dans tous les villages par les plus âgés et par les jeunes et dans les villes moyennes.

Je ne vous parle pas des stations d'essence, des Lidl & Aldi, des salles de concerts et des cinémas et des multiples activités des deux rives qui dépassent le secteur de la saucisse et des chaussures Salamander. Car l'alsacien langue régionale française, s'il est un allemand qui n'a plus évolué depuis le XVIème siècle est tout de même très proche de l'alaman et du Schwizer Dütsch (Suisse allemand) et du francique-rhénan. Bien sûr nous n'avons pas de problème avec le haut-allemand. Le hollandais écrit nous est compréhensible si nous le lisons phonétiquement à haute voix; nous étonnons que des orthographes si divergentes, voire farfelues au yeux d'un alsacon, donnent des milliers de mêmes mots en alsacien et en hollandais. Cette transposition n'est pas possible pour un locuteur allemand. Et le patois de suède de la région de Göteborg a des fortes similitudes avec l'alsacien. Mais il est vrai que l'Alsace avait été occupée par les suédois.

Donc le parler-dialectal n'est pas un folklore de réserve sioux ou un communautarisme réactionnaire, mais un atout convergent des peuples européens. Et je vous rappelle que l'Europe réelle d’après-guerre ne commence pas avec la CECA en 1950 ou le discours de Schuman mais entre la ville de Colmar pour l'Alsace (dernière ville de France à être libérée de l'Annexion allemande – la France de l'Intérieur n'ayant été que occupée) et la ville allemande de Fribourg-en-Brisgau du Wurtemberg. C’était une association économique transfrontalière datant de 1947 regroupant les Chambres de Commerce.

Maintenant, la langue doit se vivre, les forcenés de sa défense m'énervent. Mais c'est sûr, l'oc, l'oïl ou d'autres parlers sont des pièces gravées sur des cylindres de cire. Au simple niveau d'un recensement, l'alsacien est la langue régionale de france la plus parlée. Nous tenons énormément à ce "régionale de france" et nous n'avons pas besoin de Constitution pour vivre notre vie duale et nous n'avons pas la moindre des velléités de faire sécession. Elle est là, elle se fait, la langue d'alsace, nous n'avons pas besoin d'un système scolaire privé comme en Bretagne pour nous vivre nous-mêmes par la bouche. Nous parlons.

Je reste profondément convaincu que le jardin européen des particularités locales, régionales et dialectales est à prendre comme une chance de symbiose. La frilosité française est exemplaire pour lutter contre ceci, et malheureusement le NON du 29 mai était à 95% nourrit de ceci, et non pas de l'impossibilité de jouer du principe de subsidiarité contre des Directives Européennes, commerciales, toutes commerciales et hégémoniques.

Même dans son (propre) jardin il faut rester à la croisée des chemins. Ce n'est pas veule ou lâche, c'est un devoir. Et un jardin n'a pas de grillage. La dissémination des pollens est une loi de la nature.