Le lectorat de ce site est énorme, mais les intervenautes blogosphorants ne sont pas si nombreux que ceci, je m'imagine qu'il y en a une trentaine au grand maximum. Quelle légitimité ont-il dans leur nano-dimension à laquelle ils savent donner de l'espace? La légitimité de la fugacité? La légitimité de l'esprit du temps qui atteint sur un blog un pic de volatilité que les hedgers pourraient nous envier. Il y a une autre légitimité, celle de la rémanence, car comme le disait Dürrenmatt dans "Die Pysiker" avec son "on ne peut retirer ce qui a été pensé", les écrits restent dans les planètes et galaxies-Web. Et les spiders et moteurs de recherche nous cataloguent, nous filtrent, nous redirigent, nous resservent, nous reversent en grappes ou en fleuves là où on nous attend lors d'un googling, mais aussi au détour d'icelui. Radio-Paris prend peur. Tout y est resservi: les délires d'hyperduliens, les palilalies des chefs de claque, les glossolalies des mentors de la ligne éditoriale du (P)S,... et rien sur la précarisation, sur le "prolétariat élargi" qui est savamment démoli par l'ultralibéralisme mais auquel on implémente des suppositoires un peu de partout, rien sur le Plan B, rien sur l'AGCS et beaucoup sur l'impétrant pacsé et imposteur.

Si les ségoloïdes y apportaient du Stoff, de la matière à débat avec un argumentaire. Non, ils savent exactement ce qu'ils font en n'intervenant pas de manière structurée sur RadioPirate21: ils poursuivent l'oeuvre du marketing politique choisie par MSR et le (P)S dans la lignée des stars dont le seul soucis est de faire parler d'eux le plus longtemps possible, car ceci fait augmenter les tantièmes. L'espoir du P(S) de laisser entretenir par les 89.535 webadhérisés le mascaret privé, sur lequel il croit surfer depuis les Régionales, n'est que feint; le calcul de l'appareil du parti est sidéral: des bobos à gogo pour gagner l'année des deux "S".

Le matraking politique est une forme fascistoïde d'occuper les esprits dans le paysage audio-visuel, le matraquage de slogans, de formules simples à comprendre et à mastiquer en rosaire comme la Prière de la Révolution Démocratique. Ayant très bien connu l'Allemagne de l'Est dans sa période totalitaire par mon boulot d'études, je sais comme les mantràs du "socialisme réellement existant - der realexistierende Sozialismus" peuvent garder leur structure, leur prégnance et peuvent juste changer de registre quand le vent change de direction. Ainsi quand j'étais envoyé par l'Université de Strasbourg à Jena en Thüringe en 1991 pour observer la "croissance-est" j'avais été présenté au Minsitre-Président Lothar Späth de Zeiss-Jena, à des opposants de la RDA et à un artisan plombier. Ce dernier me prit par l'épaule et me dit avec candeur et détermination que "Napoléon était le plus grand des capitalistes, car il avait apporté la révolution de la modernité et de l'industrie en Thüringe". Ainsi, l'on se rend compte, si l'on met dans son oreille une chambre d'écho et une base de temps, de la structure totalitaire des petites phrases simples, que le peuple est capable de comprendre avec la pauvreté lexicales des 400 mots à la Simenon. Ce qui me semble plus effroyable c'est l'aéropage de serviteurs qui, s'ils ne sont pas naïfs, sont de fins utilitaristes prédisposés comme dans les reich du passé à la compromission universelle, celle qui permet au "petit" de lui dégoter une part du pouvoir, le mirage de souveraineté totale, celle du jury populaire qui enverra bouler Sysiphos dans les limbes de sa médiocrité originelle, alors que lui, souverain, le regardera d'en haut de manière savante et repue. Un sentiment de puissance sera conféré au "petit" et dans nos temps modernes il n'y a plus besoin d'endosser un uniforme ou de se promener la nuit avec des flambeaux. Dans les temps modernes, pour dépasser sa détresse personnelle et la misère collective, une conformation médiavisée sera suffisante dans le silence privé de l'effondrement de sa vie précarisée et à moitié carbonisée. Le plaisir du jour de cristal se réalise dans des appareils de sondage, dans les orientations tentaculaires de l'opinion, pour laisser happer l'esprit, les dernières traces de l'indiscipline, les dernières séquelles bénéfiques de l'autodétermination, dans l'urne, le bunker final de l'homme.

(Ce billet déposé chez RM21 a une vocation plus générale)