Et puis sur le chemin du retour j'ai assisté durant la demi heure de mon trajet jusque chez moi à un spectacle aussi nauséabond que pénible. A une heure du matin par -3° à Dublin, tu croisais en une demi heure dans la rue une dizaine de pauvre gens qui dorment par terre sur le sol gelé. J'ai dit "dormir" parce que je ne voulais pas dire "en train de crever", parce que ça me fait mal. Le cauchemar résidait dans le fait que tous les autres qui ne dormaient pas étaient en train de vomir-pisser-chier leur alcoolisme tout autour, dans une ambiance à l'obscénité insoutenable. Sinon en journée, on rencontrait dans la principale rue du centre-ville des militaires qui mendiaient des sous pour les hôpitaux, et un prêcheur cinglé, qui hurlait ses bouffonneries sur l'apocalypse à la foule... 


Qu'est ce que la vie dans cette capitale, que l'on nous vantait en permanence depuis 10 ans? Un profond merdier, une grande ivresse vulgaire et absurde, de ceux qui ne savent pas si demain ils ne seront pas à la place des misérables qui leurs tendent, le bras frigorifié, un gobelet à la sortie de la boîte de nuit, sorte de lieu qui a réalisé un syncrétisme local entre l'église et le pub. Ici tu comprends la crise et cette récession. Tu vois la fragilité de tout un système absurde voué à un grand "collapse". Je relativise la France et l'Allemagne devant la violence, les traumas de la société d'ici. Ce ne sont plus des inégalités, ni même une "fracture sociale", comme disait le grand Jacques C, c'est une société atomisée, dont les petits noyaux se retrouvent parfois la nuit pour se défoncer ensemble. L'attitude des gens ici me remplit d'un tel dégout, je ne comprends même pas comment ils peuvent se comporter ainsi. A force, j'aurais presque l'impression que c'est moi qui suis dingue, et tout les autres qui seraient raisonnables... Cette récession va nous apporter une incalculable régression sociale, culturelle, éducative, que sais-je encore... Nous n'avons pas fini d'en baver, mais en Irlande, on peut déjà entrevoir le bout de l'horreur que ça va être. Effroyable.

Bonne nuit,

P