1] Histoire de l'Allemagne depuis 1989: L'Allemagne revient de loin depuis la Chute du Mur de Berlin. Elle avait à résoudre une réunification que j'ai toujours qualifiée de guerre civile froide. Je me suis d'ailleurs fait engueuler vertement à cause de mes propos en 1990 en personne et de vive voix par Lothar Späth à Iéna, patron de Jena Glas et ancien Ministerpräsident de l'Etat le plus riche d'Europe, soit le Baden-Württemberg. Si la France avait eu une réunification à gérer, elle aurait eu une guerre civile chaude. Il avait fallu se serrer le ceinture, l'Allemagne n'a plus cru en elle, paradoxalement en colonisant l'Allemagne de l'Est et en imposant une fusion pure et simple des constitutions des nouveaux États de l'Est dans la Loi fondamentale Ouest, celle du Bund, et ceci sans amendements mis à part qq trucs comme le délai légal pour l'avortement. L'Allemagne de l'Ouest avait colonisé l'Allemagne de l'Est, car les entreprises de l'ouest avaient racheté toutes les entreprises de l'est, les avaient démantelées pour pouvoir "exporter" leurs produits dans les nouveaux Länder de l'Est. Du coup, l'économie ouest allemande avait cassé l'économie est-allemande, la plus prospère du block de Varsovie, et n'avait pas su profiter du tissus économique que l'Allemagne de l'Est avait construit avec l'URSS. La Treuhandanstalt était le plus gros syndic de faillite du monde et elle avait bradé tout un pays.

Schröder est un blairiste depuis toujours, élu pour virer Kohl qui a payé les frais de la Réunification. Et c'est à son avènement que tous les syndicats de branche, apolitiques mais naturellement amis de la SPD, se sont déconnectés de ce parti. D'ailleurs la discussion au sujet du Mindestlohn (Smic) menée aussi par la SPD est désapprouvée par les syndicats de branche (pas par le syndicat chapeau, le DGB, qui ne regroupe que des fonctionnaires de syndicats). Les syndicats allemands sont toujours les plus grands du monde au niveau taux d'adhésion. La Loi fondamentale allemande garantit l'autonomie tarifaire, affaire des partenaires sociaux. Ainsi, en Allemagne, le socialisme est un travail pratique quotidien mené par les syndicats de branche. C'est plus sûr que de déléguer le socialisme au parti.


2] Comparaison des salaires France Allemagne: Quand nous comparons les salaires français et les salaires allemands, de quoi parle-t-on? Des salaires Est ou Ouest en Allemagne?

Voilà les chiffres officiels pour le salaire moyen allemand et non pas médian.
Chiffres officiels de 2004 pour une semaine de 35 heures, of course: 3580 Euro dans le Baden-Württemberg, 3384 Euro pour la fédération; les salaires sont à l'Est de la fédération de 26% inférieur aux "anciens Länder".
Chiffres officiels de juillet 2006: 3386 Euro à l'ouest et 2500 Euro à l'est, soit 71% du niveau de l'ouest.

Helmut Kohl avait promis un alignement des salaires Est sur l'Ouest, comme on a aligné le Ost-Mark sur le West-Mark. Donc en sachant que tous les nouveaux Länder ne sont pas économiquement viables aujourd'hui et qu'ils ont 25% de chômage, je ne sais pas de quel salaire médian on parle dans une comparaison entre la France et l'Allemagne.
Officiellement le salaire précaire allemand est inférieur à 2163 Euros, le "salaire de la faim" (Hungerlohn) est de 1470 Euro brut.
D'après actuchomage.org et l'INSEE, le salaire moyen français de 2005 est entre 1790 et 1.903 euros mensuel nets en juin 2005 ce qui est à peu près équivalent au salaire précaire allemand ou à 58% du salaire moyen allemand (Est inclus!!).

Le coût de la vie en Allemagne est à présent comparable à celui de la France et les coûts du logement sont astralement inférieurs à ceux de la France. Les impôts sont plus élevés, mais il n'existe pas d'impôts locaux. Les coûts salariaux y sont aussi plus élevés pour l'employeur.


3] Retour de la croissance et partage des richesses: L'Allemagne renoue avec la croissance d'abord par ce que son management des KMU's (PME) est internationalisé. Ensuite par ce que l'Allemagne a une économie saine en restant depuis 8/9 record mondial à l'exportation. Ensuite par ce que l'Allemagne reste à des années lumières devant la France au niveau de la machine-outils et des équipements industriels. Ensuite par ce qu'il y a eu modération salariale à l'Ouest. Ensuite parce que la France préfère briller avec quelques produits phares et néglige le tissus industriel et économique régional.

L'Allemagne n'a pas remis en cause son système de cogestion et son système paritaire rhénan pour "cause d'orthodoxie libérale", mais par ce qu'elle est empêtrée dans les coûts abyssaux de la Réunification, qui en plus est un très grave échec économique avec 25% de chômage pour les nouveaux Länder (ancienne RDA). L'Allemagne avait perdu son prénom (République Fédérale ou bien République Démocratique) et elle était/est en fait dans une guerre civile économique. L'Allemagne est tout simplement endettée pour les 50 années à venir pour rembourser les emprunts contractés pour financer l'Allemagne de l'Est qui n'est toujours pas viable économiquement et industriellement. Dans ce dépit, l'Allemagne a été en récession ces 8/9 dernières années tout en restant le champion des exportations en valeur.

A présent l'Allemagne renoue avec la croissance, les syndicats de branche qui pour raison de réunification avaient ravalé toutes revendications, se rappellent au très bon souvenir du système paritaire rhénan et obtiennent coup sur coup ce printemps, et en avance sur les négociations paritaires annuelles d'automne, 3,5%, et IGM, la Métallurgie, vient d'obtenir 4,1% pour tout de suite avec effet rétroactif sur l'année civile ajoutés à 2,4% supplémentaires pour juin 2008. L'Allemagne avait obtenu les 35 heures après six semaines de grève!!! VW a augmenté la semaine de travail de 28,8 heures à 32 avec un versement de 1000 euros annuel pour tous et de 6000 euros pour tous pour la caisse de retraite.

Nous les alsacons, nous avions toutes ces années le moral à zéro, car elle, l'Allemagne, était pour nous le modèle du respect, de la valorisation et de la rémunération du travail. Ca y est, l'Allemagne renoue avec sa culture sociale, la grande Koalition se casse. Et les salaires allemands tirent vers le haut les salaires frontaliers. Ce qui plait aux alsaciens, est qu'en Allemagne on est carré, aussi pour les négociations salariales.

4] Autonomie tarifaire allemande et Économie sociale de Marché: les constituants allemands avaient eu après 45 tellement peur de la main-mise ou de la tutelle du politique et de l'Etat, qu'ils ont préféré organiser à ce niveau aussi une démocratie directe en Allemagne.

C'est d'ailleurs pourquoi j'écris assez régulièrement sur mon site, qu'en Allemagne la politique sert aux questions globales du pays, mais que les travailleurs peuvent se passer de politique car ce qui les concerne directement, le travail, le salaire et les conditions dans lesquelles il est accompli, relèvent des syndicats. Ces syndicats sont de branche et intégré dans la gestion des entreprises par le système de la cogestion (Mitbestimmung). Pour moi, c'est ça l'Économie Sociale et Solidaire.

Dans la Loi fondamentale allemande (Constitution), l'autonomie tarifaire est ancrée et aménagée par le droit à la liberté de conclure, sans les interventions de l'Etat, les conventions collectives par les partenaires sociaux.

Cet article de la Loi fondamentale signifie que les syndicats (Gewerkschaften) et les organisations patronales (associations de donneurs de travail = Arbeitgeberverbände), ou même qu'un employeur isolé, sont habilités à négocier et à conclure une convention collective sans influence ni ingérence des autorités de l'Etat.

Dans le cadre de sa compétence législative de l'Etat et dans la cadre de sa politique économique, l'Etat énonce certaines directives et certaines conditions cadres à l'intérieur desquelles ces conventions collectives (Tarifverträge) peuvent être négociées. Ceci justement pour éviter un dumping social ou toute autre forme d'asservissement. Ce Tarifvertrag allemand trouve sont équivalent en Autriche, le Kollektivertrag, et en Suisse, le Gesamtarbeitsvertrag.

L'Autotnomie tarifaire allemande est garantie en Allemagne par l'Article 9, §3, de la Loi fondamentale (das Grundgesetz = Constitution) qui protège, à côté de la liberté de l'individu, la possibilité de fonder une Union pour la défense des conditions de travail et des conditions économiques, d'y adhérer ou non ou de la quitter... A un niveau socio-philosophique, l'autonomie tarifaire est un application du principe de subsidiarité.

L'Etat, en tant qu'autorité politique supérieure ne considère pas qu'il relève de sa compétence et de son devoir de préparer des conventions collectives et de les conclure; ceci relève du droit des partenaires économique (Tarifpartner) à qui incombe une compétence administrative spécifique au niveau économique et social.

Évidemment l'État crée en même temps, dans cette démocratie sociale, la force du syndicat, la force de la négociation qui fait force de loi. Ceci constitue le cadre juridique de l'Économie sociale de marché. Ce terme d'Économie Sociale de Marché avait été repris tel quel dans le TCE, mais ne voulait bien sûr plus rien dire d'autre qu'une supercherie destinée à voter OUI.

5] Capitalisme rhénan ou fonds de pensions? Quant au capitalisme rhénan, il se soumet beaucoup moins aux fonds de pension, et je vous garantis que le quotidien FAZ, journal centre droit et des affaires mais meilleur journal au niveau linguistique et intellectuel, que je lis tous les jours, consacre chaque jour des articles sur le management de la croissance durable (das anhaltende Wachstum). Les produits financiers misant sur la volatilité ont ainsi énormément moins de succès en Allemagne qu'en France. Beaucoup de financiers avides comme les hedgers ne cessent d'ailleurs de le déplorer depuis une quinzaine d'années en disant que "l'Allemagne a besoin de ces produits financiers modernes" ...sans doutes comme "la France a besoin d'Alain Juppé".

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Lire aussi sur mon site sur le Partage des richesses, le Nairu... la série d'études sur La France, arriérée sociale http://www.renovezmaintenant67.eu/index.php?2007/05/05/242-l-etat-sarkozy-travailler-plus-pour-perdre-plus-les-dividendes-des-actionnaires-de-eads-airbus