Cheminots allemands: Grève Générale contre la dérégulation des contrats de travail suite aux privatisations

21067842Pendant que Chérèque, le "fluidifié" chronique de la CFDT revient régulièrement à ses trahisons générales de ses syndiqués de la CFDT pour négocier directement avec le Medef dans le cadre de la Réforme sur les retraites, le syndicalisme allemand prouve une fois de plus qu’il reste fort et uni face au patronat et aux actionnaires. Il y a trois semaines IG Metall a obtenu 3,6% d’augmentation et la parité entre les salaires des CDI, des CDD et des Travailleurs temporaires. Pour leur Action d’automne – Herbstaktionen, les syndicats allemands des cheminots et du secteur ferroviaire Transnet et GDBA  lancent le même slogan que IG Metall, le Kurswechsel – le changement de cap. Ce Kurswechsel est démonstrativement une reprise totale des actions face à la dérégulation du marché du travail, aux privatisations des services publics, à la dérégulation de l’emploi, des salaires, des conventions collectives, des conditions de l’emploi, de la sécurité de l’emploi. Par exemple IG Metall a obtenu l’accord Siemens qui garantit à vie l’emploi pour ses Travailleurs. En Allemagne le patronat a peur des Travailleurs et de leur syndicat. C'est la Lutte des Classes qui n'a pas besoin de se chanter le poing levé, elle se fait une fois par an dans les Actions d'automne. IG Metall prépare pour l'automne 2011 un autre Kurswechsel: le retour à un âge normal du départ à la retraite, et quand IG Metall se lance... il gagne. Les français ethnocentrés sur leur sottise individualiste et gauloise pourront alors voir ce que c'est qu'un peuple uni et déterminé qui se bat pour ses retraites! En France on carmagnole sur le tarmac le jour, et le soir on va au Aldi ou au Norma pour faire ses achats discount parce que l'on est conscient des prix. 

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Les actions pour le rabaissement de l'âge de départ à la retraite ont commencé et culmineront aux Actions d'automne 2011. Pour mémoire les Actions d'automne 2009 dans le ferroviaire allemand n'avaient apporté aux employés de ce secteur que 2,5% d'augmentation + un complément de salaire de 500 euros versés en décembre 2009 et 2% d'augmentation à partir du 1er janvier 2010. Attention, en Allemagne la retraite est à 67 ans, mais avec cessation progressive d'activité pour les Senioren et les années d'études sont comptées. (Photo: "Les plus âgés veulent sortir, les plus jeunes veulent rentrer")





Les Actions d'automne 2008 dans le ferroviaire allemand avaient mené après 10 mois de dures négociations à la signature d'un accord salarial et d'une Convention Collective additionnelle des Conducteurs de trains de ligne de passagers, commerciaux et de rangements. Il y a bien pour les conducteurs de train, en plus de l'augmentation jusqu'à 10% pour les 100 métiers du ferroviaire, une augmentation de 11% établie en deux fois à partir de 2008 et une réduction du temps de travail d'1 heure.
Connaissez-vous les taux d'augmentation des salaires en France? 0,8% ou 1% ?

GDBA_Warnstreik_1.jpg(Photo, slogan de gauche: "Cessez l'esclavagisme moderne") Les syndicats allemands de cheminots sont passés à la seconde phase de la lutte syndicale pour les négociations d’automnes de la convention collective. La lutte syndicale allemande est une Lutte de Classe responsable, efficace, solidaire qui réussit quasiment à tous les coups.

Premièrement les syndicats organisent un Référendum de grève (Urabstimmung) dans lequel les syndiqués manifestent leur intention d’aller jusqu’au bout dans la plate-forme annuelle de revendications. Si le patronat ne cède pas lors des tables rondes, la seconde phase est engagée et les syndicats organisent des grèves d’avertissement (der Warnstreik) tournantes et ciblées dans certains Länder du nord au sud et de l’est à l’ouest de la Fédération allemande, le Bund. Si le patronat reste sourd, les syndicats lancent la troisième phase et organisent sur tout le territoire du Bund une grève de menace. Si le patronat reste sourd, les syndicats lancent la grève générale.

Il n’existe pas en Allemagne des dames aux porte-monnaie comme la française Christine Lagarde, Ministre des Finances, qui grondent les citoyens parce que la grève coûte à l’économie nationale et grignote un pourcentage du PIB. En Allemagne la Tarifautonomie est garantie par la Grundgesetz (Loi Fondamentale - Constitution) parce qu’elle fait partie du fonctionnement normal et sain d’une démocratie et de la démocratie d’entreprise. En France la lutte des syndicats est quelque chose comme une lutte des papes de Rome et d'Avignon au niveau des Secrétaires Généraux de l’arc-en-ciel syndical français, et d’une lutte devant les pissotières d’entreprise entre des Travailleurs qui sont plutôt CGT mais qui votent Sarkozy, ou plutôt CFDT mais qui rêvent d’Alain Juppé et de Villepin. En Allemagne il n’y a qu’un syndicat de branche ou exceptionnellement pour le ferroviaire un syndicat de branche (Transnet + GDBA) et un syndicat pour les conducteurs de longue distance (GDL - Gewerkschaft deutscher Lokomotivführer). Ceci n’empêche pas que les syndicats forment un front solidaire face au patronat. Transnet et GDBA ont fusionné en 2009, et il n’y a pas eu de crise de petit chef pour garder son siège de directeur et sa limousine tout cuir. Transnet + GDBA s'appellera d'ici quelques semaines EVG - Eisenbahn- und Verkehrsgewerkschaft.

Selon la Deutsche Bahn AG qui est le pendant allemand de la SNCF privatisée, AG = SA, société par actions = société anonyme, il n’a suffit que de 1700 cheminots grévistes pour bloquer presque tout le réseau allemand. La Deutsche Bahn AG se dit "étonnée" de la "Massivität" avec laquelle les cheminots sont intervenus sur le réseau. Les syndicats Transnet et GDBA veulent exercer une pression sur la DB fédérale allemande en même temps que sur les concurrents de la DB pour qu’ils signent ensemble une convention collective de branche (Branchentarifvertrag) pour le transport de personnes sur le réseau longue distance et de proximité. Cette action d’automne revêt un caractère historique parce que c’est la première fois que les syndicats du ferroviaire parviennent à revendiquer une convention collective de branche. A défaut de parvenir à ceci les syndicats menacent d’une grève générale, et en Allemagne ceci fait très peur. Les 35 heures légales hebdomadaires avaient été obtenues avec 8 semaines de grève générale il y a plus de 20 ans.

La Deutsche Bahn est d’accord sur une augmentation des salaires de 5% au dessus du niveau actuel de ses rémunérations, mais les concurrents privés de la DB n’offrent qu’une augmentation de salaires qui laisserait le niveau des rémunérations inférieur de 10% à celui de la DB. Les syndicats démontrent avec détermination qu’ils vont empêcher le dumping salarial et le dumping social sur les rails. Les syndicats sont conscients que leurs grèves bloquent les trains de tous les acteurs du rail semi public et privés.

Les syndicats du rail veulent obtenir un niveau unique de rémunération dans tout le secteur ferroviaire. Pour les syndicats la concurrence entre les différentes sociétés opérant dans le ferroviaire sur le marché privatisé et libéralisé ne doit pas se faire sur le dos des employés. Il est bon que la Deutsche Bahn partiellement privatisée et donc encore entre les mains de l’Etat soit touchée par les grèves, parce qu’elle exerce sa concurrence sur les entreprises privées par l’intermédiaire de ses propres filiales régionales, dans lesquelles les employés sont moins payés qu’à la société mère, la DB. La Deutsche Bahn réalise à l’intérieur de son propre groupe un dumping salarial et social.

Les syndicats insistent sur le fait que les temps sont révolus où au nom de l’ouverture des marchés, de la privatisation et de la globalisation et de la libre concurrence en Europe les employeurs se permettaient d’exercer une pression sur les salariés. Cette nouvelle attitude globale des syndicats est appelée depuis l'automne 2010 "Kurswechsel" - (Changement de cap) par IG Metall et maintenant par les syndicats allemands du ferroviaire. En un mot, la page de la torpeur dans laquelle les Travailleurs avaient été jetés par cette mode déprédatrice de la globalisation, du Consensus de Washington et du Consensus de Bruxelles, qui est toujours plus violent que les clauses de l’OMC, est tournée en Allemagne. Les syndicats se lancent eux aussi dans la Historische Korrektur comme le parti Die Linke qui est l’équivalent du PG - Le Parti de Gauche. Pour les syndicats allemands il doit se propager à présent l’idée que cela va maintenant et à long terme aller mal pour ceux qui pratiquent le dumping social sur le Standort Deutschland. Standort signifie "site de production et d’activités". Les syndicats allemands adoptent dès aujourd'hui leur mode de pensée et de fonctionnement de l'après néo-libéralisme. En France les syndicats se demande s'ils existent.

En Allemagne, la Grève est un moyen moderne de conquête sociale,

en France "il faut trouver d'autres moyens d'action".

Parmi les concurrents de la Deutsche Bahn nationale ou parmi les filiales de la DB il y a le britannique Arriva et le français Veolia Transport qui fait partie de Veolia Environnement qui était il y a quelques années Vivendi. Veolia Transport est le premier opérateur européen du transport et va maintenant se casser les dents, au moins sur le sol allemand. Et plus les opérateurs allemands du ferroviaire affrètent des autobus de compagnies privées, plus denses sont les Actions d’automne et les grèves. En Allemagne personne n’a jamais utilisé le discours culpabilisant et castrateur sur le / du Travailleur selon lequel "il faut employer d’autres moyens pour affirmer les revendications syndicales et que la grève est un mode d’expression dépassé". Si les syndicats français s’ingénient eux-mêmes à tenir ce discours castrateur, c’est pour reporter leur misère mentale, leur indolence et leur pusillanimité sur les Travailleurs eux-mêmes qui finissent par sombrer dans un "qu’est ce que nous, nous on peut y faire; ils font là haut de toute façon ce qu’ils veulent". C'est tellement français de danser la carmagnole sur le tarmac, de se laisser castrer en douceur par le patron et le Président qui envoie les CRS sur les grévistes, et d'aller au Norma ou au Aldi parce que l'on est conscient des prix.

La Commission de Bruxelles ne parviendra jamais

à interdire la Tarifautonomie en Allemagne!

Ce Kurswechsel et cette Hitsorische Korrektur ne peuvent que me plaire, parce que Bruxelles et la Commission à la concurrence et au marché intérieur avaient tenté ces dix dernières années de mettre l'Allemagne à genoux sous l'étouffoir parce que pour eux "le syndicalisme allemand et les conventions collectives de branche contribuaient à entretenir une distorsion dans la libre concurrence", contribuaient à "renforcer un frein au libre établissement des entreprises",  et était "une barrière à la libre circulation des capitaux et des investisseurs". Pour Bruxelles, l'Allemagne devait changer ses manières de procéder. Tous les politiciens allemands de Gauche avec la SPD et de droite avec la CDU/CSU et du Centre avec la FDP qui n'est devenu qu'un parti néolibéral à la Madelin, avaient tenté d'imposer dans les débats politiques et sociétaux cette castration volontaire des Travailleurs. De toute façon ceci aurait été vain, car la Tarifautonomie - l'Autonomie tarifaire est garantie en Allemagne par la Constitution, la Grundgesetz.

Oui, en France les syndicats doivent au plus vite se dissoudre pour se former en syndicats de branche, car se bagarrer devant les pissotières d'entreprises pour les Travailleurs, et se laisser fluidifier par les patrons pour les Secrétaire généraux, ne relèvent pas d'une démocratie digne et moderne mais des guerre tribales et de la Guerre du Feux.

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Quant à la soi-disant modération salariale en Allemagne j'ai expliqué ici la réalité de la lubie franco-française relayée même par Alternatives Économiques. Si vous faites sur Google   courbe des salaires france   , mon site est en page 1 ligne 6. Quelle médiocrité de notre infocratie! Pour l'entrée   répartition des richesses en Europe   mon site est en A2 et en A3. Ça veut tout dire. Dans le net francophone français, où tout se trouve toujours, tout de suite et tout le temps, il y a un consensus mêlé à une médiocrité généralisée pour occulter de telles informations nécessaires à la décision démocratique de l'électeur et de l'ouvrier. Dans l'ère numérique nous vivons en France dans un système autoritaire par adhésion et par négligence des sujets citoyens soumis et/ou adeptes de la compromission universelle avec le dominant. Le fascisme est chez les français une vertu intériorisée dans laquelle le "citoyen" laisse bavarder en lui-même les deux derniers frères bessons qui l'habitent: le maître et l'esclave. Ainsi le gouvernant n'a plus besoin d'agir pour contenancer le peuple, il empoche. Le sniper est mort, mais le hedger guette et caquette, comme papon tapie guettent et caquettent.

Commentaires

1. Le 29. octobre 2010, par windofchange

D'accord avec toi sur le constat de la risible démission des syndicats d'accompagnement en France (à mon avis la CFDT devrait désormais s'abstenir de toute contestation, puisque l'on connaît la fin de l'histoire) ; en revanche, j'aimerais beaucoup avoir ton avis sur le dernier ouvrage de Wallraff, évoqué dans un autre blog très intéressant :

http://allemagne-et-plus.a18t.net/?...

Quelle est la portée réelle des lois Hartz ? VerdI a-t-il autant de poids dans les services qu'IG Metall dans l'industrie ?
Merci - si tu as quelques minutes - pour ta réponse et merci encore pour l'angle d'analyse proposé par ton blog : l'absence de couverture de ces mouvements sociaux en Allemagne (et ailleurs) dans la presse française est sidérante...

2. Le 29. octobre 2010, par Thomas, le Cimbre,

J'ai un exemple d'une Action d'Automne de la fonction publique. Bien sûr, avec un regard français, toute Action d'Automne, la Table Ronde annuelle des négociations appelée Tarifverhandlung est une réussite en Allemagne. Tu y pardonneras dans ce billet, auquel je te renvoie, ma prose de provocation, mais à l'époque j'écrivais un peu plus dans ce sens.

Le syndicat de la fonction publique communale, territoriale et fédérale est Ver.Di - Vereinte Dienstleistungsgewerkschaft. La Tarifrunde de l'automne 2009 avait duré jusqu'au 27 février 2010. Ver.Di avait obtenu 2,3% d'augmentation de salaires + 1 versement unique de 240 euros + 1 versement annuel de 250 euros pour tout employé embauché après le 30 IX 2005, ce qui est un premier pas vers la revalorisations des échelons inférieurs. Le syndicat Ver.Di était très confus de n'avoir pas pu obtenir plus et communique amplement depuis mars 2010 pour s'expliquer. Mais relativisons et comparons ce que les syndicats français de la fonction publique obtiennent. Et de toute façon il y a en France autant de syndicats que de métiers, ils ne veulent pas comprendre qu'ils doivent s'unir, de l'éboueur au garde-forestier, du policier au conservateur de musée ou au contrebassiste d'un orchestre régional.

Il y a trois jours le gouvernement Merkel a communiqué sur le chômage "qui est passé sous la barre des 3 millions", mais a oublié de dire que les chômeurs au-dessus de 58 ans ne sont plus comptés, comme les chômeurs sous contrats d'insertion, contrats de formation, etc. En réalité le chômage est de 4,09 millions en Allemagne. Les services publics allemands pratiquent le dumping salarial et social et il existe un grand éventail de salaires à travail égal pour les CDI et les CDD ou les emplois temporaires. Ver.Di va se lancer dans sa prochaine négociation d'automne comme IG Metall, comme le syndicat fusionné du ferroviaire Transnet/GDBA dans le revendication de la parité salariale.

Il faut aussi casser une intox franco-française. Proportionnellement il y a autant de fonctionnaires en Allemagne qu'en France, mais l'Allemagne est une Fédération et les statisticiens français gouvernementaux ou apparentés adorent se perdre dans les statistiques quand il regardent l'Allemagne.

Hartz IV est une autre manière gouvernementale d'imposer un dumping salarial et social. Hartz IV est une usine à gaz inventée par le chancelier Gerhard Schröder, SPD et défendue actuellement par le SPD et les partis de droite CDU/CSU et le FDP qui se perd dans ses lunes néolibérales. Hartz IV correspond aux aides et allocation chômage mais avec un imbroglio de clauses.

Oui, Fassbinder, Günter Wallraff, Werner Herzog, Günter Grass valent bien plus que des Fabrice de Gonzague, des BHL, ou des chignoles comme Glücksmann. Mais en Allemagne les médias publics sont de par la Constitution (Grundgesetz) controllés et programmés paritairement par des représentants de tous groupes sociaux, intellectuels, politiques, syndicaux, si bien que les infos qui font mal se diffusent déjà aux heures du Abendbrot, car les allemands mangent le repas du soir dès 18:00. En France les médias appartiennent à Dassault armement, etc. Je connais très bien les "contrats de travail" des employés des hard-discounters Aldi, Lidl, Norma en France. Ce ne sont pas du tout les mêmes qu'en Allemagne. Je crois que personne en France n'a sondé la situation du déni du droit du travail comme il est pratiqué dans ces groupes. Ou comme dans les MacDo, Pizza Hut, etc.

En Allemagne est considéré comme seuil de pauvreté ce qui correspond en France au SMIC. Dans le Kurswechsel engagé cet automne par de plus en plus de syndicats de branche, la revendication salariale portera aussi sur la pauvreté et les exclus. Car tous les syndicats de branche parviennent à présent à expliquer que la privatisations débridée, la dérégulation et la globalisation ont créé une croissance appauvrissante. Mais comme dit, un Travailleur Frontalier préfère aller "s'appauvrir" en étant employé en Allemagne, car à travail égal il y gagne au moins de 1,8 à 2 fois plus et avec une convention collective qui a de la gueule. Les niveaux de vie allemand et français sont à parité depuis l'euro. Les impôts sont plus élevés en Allemagne, mais il n'y a pas d'impôts locaux pour l'habitation. Ceux qui le veulent peuvent verser 12% de leur salaire comme impôts pour l'église, et ils ont alors droit à un management de l'événementiel qui se promet de les suivre dans l'au-delà. Sinon ils sont enterrés comme des sacs. C'est le tour-opérateur le plus cher que je connaisse. Mais ses employés sont bien sûr syndiqués dans le syndicat unique de la fonction publique, Ver.Di.

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