Les accords de Bretton Woods signés le 20 juillet 1944 et ratifiés par 44 pays visaient à rétablir le système monétaire mondial mis à mal suite à la Seconde Guerre Mondiale. Le FMI, la Banque Mondiale ont été créés à la suite de ces accords et devaient servir d'organismes régulateurs. Le système de Bretton Woods s'était écroulé à la fin des années 1960 et définitivement en 1973 avec l'abandon par les américain de la convertibilité-or du dollar qui ne devait fonctionner que comme un gigantesque fonds de garantie et de couverture. Cet effondrement avait jeté les bases, selon les défenseurs de la taxe Tobin, d'une instabilité excessive permanente du marché monétaire mondial due à la spéculation.

La Taxe Tobin n'a jamais été adoptée par un Gouvernement. Il avait manqué seulement 4 voix le 20 janvier 2000 lors d'un vote au Parlement européen sur une résolution présentée par les groupes PES (PS européen), la GUE (gauche unitaire, PC, LCR), les Verts et les libéraux (droites) pour rédiger un rapport sur l'introduction éventuelle de la Taxe Tobin dans la zone européenne. Bayrou avait voté contre ce texte qui de toute façon n'avait rien "de dangereux". En réalité, le texte de la résolution avait été vidé de son sens lors de sa rédaction par les amendements et n'avait résumé qu'une étude de faisabilité sur cette taxe, tout en inscrivant pour objectif "la stabilisation" ­et la pérennité­ des marchés financiers globalisés", pour rester conforme à l'esprit néo-libéraux des concepteurs de l'Europe dont la ligne directrice est la libre circulation dans une concurrence libre et non faussée et garantie par l'autorégulation des marchés. Les amendements, qui éliminent les textes progressistes européens, constituent le modèle normal de fonctionnement du Parlement Européen. Ensuite, depuis 2000, l'Europe était affairée avec elle-même avec les Traités constitutionnels à faire entériner "d'une manière ou d'une autre" et avec le soute-mouton entre la crise asiatique, la crise de la new-economy, la crise Enron et avec le money-push d'Alan Greenspan. Le Gouvernement canadien avait aussi failli adopter la Taxe Tobin.

L'agité de la République française a oublié de rappeler devant le G20-Bretton Woods 2 que seules la France (en novembre 2001) et la Belgique (en juillet 2004) avaient voté une loi précisant qu'une taxe de type Tobin entrerait en vigueur lorsqu'elle aurait été votée dans tous les pays de la zone euro. Il aurait pu demander à Washington l'application immédiate de la Taxe Tobin pour rétablir une vertu dans les échanges économiques mondiaux au lieu de s'affairer à vouloir rétablir la Confiance du Crédit de ses amis du patronat et de la fiducie.

Avec une telle taxe élargie - James Tobin ne la prévoyait que pour toute transaction financière - il n'y aurait peut-être pas besoin d'un haute instance financière mondiale de surveillance, comme le prévoit de manière vague le G20 Bretton Woods 2,  qui fouillerait les livres de comptes des 30 Banques centrales les plus importantes de la planète pour étouffer les bulles spéculatives en formation.

Ainsi les systèmes des fiducies, des spéculations systémiques et de bulles spéculatives se réguleraient d'eux-mêmes en payant la Taxe Tobin à chaque transaction. A chaque achat et vente boursière ou entre entreprises une taxe assez infime serait prélevée. Le long terme étant de 20 minutes dans les marchés financiers, vous pouvez vous imaginer les sommes colossales qui pourraient être prélevées et reversée dans des actions d'intérêt public, d'investissement structurel et de répartition des richesses et d'intensification des services publics fondamentaux et des services publics digne des sociétés modernes organisée dans l'élévation de l'homme hors de la pauvreté et dans les soins, l'épanouissement, la culture et le savoir. Du PIB il y en a (De tout ceci ne parle pas le PS, ni la timorée Motion C dite à gauche).

Il avait été estimé en 1999 qu'avec des échanges internationaux dépassant 1.3 trillions de $, les revenus de la Taxe Tobin seraient de 300 billions de $ par an. L'ONU avait estimé à la même date qu'il ne fallait que 40 billions de $ par an pour permettre à toute la planète l'accès à tous les services sociaux de base et pour écarter la pauvreté. Vous connaissez les milliers de billions de $ qui sont irrémédiablement détruits depuis le début de la crise des subprimes et les milliers de billions de $ qui serviront en Plans de Sauvetage pour racheter les positions toxiques des spéculateurs et pour les recapitaliser pour les sortir de la situation de faillite dans laquelle ils se sont mis par irresponsabilité cupide et criminelle. De telles dilapidations doivent être punies au civil et au pénal. Elles sont un crime.

Le précédent Président français, Jacques Chrirac, avait remplacé la Taxe Tobin par une taxe sur les billets d'avion qui est reversée dans un fonds d'action contre le sida. La Taxe Tobin dérouterait l'investissement spéculatif économicide pour l'entraîner vers un investissement à long terme dans des projets sociaux et industriels.

James Tobin, Prix Nobel d'Economie, s'est lui-même détourné de son invention, sous la politique de ce que j'appelle la money-push initiée et maintenue pendant presque 10 ans par le "gourou" Alan Greenspan, l'ancien gouverneur de la banque centrale américaine (Fed'). James Tobin avait à l'époque de Greenspan encore plus ardemment défendu le libre-échange, encore plus soutenu le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), mais il n'est pas impossible qu'il fasse bientôt partie de la listes des pentitos comme Paul Krugman, le dernier prix Nobel et chantre de l'économie libérale jusqu'au moment où il s'était mis à déchanter et sentir le vent tourner, un peu avant les autres ténors. Ou comme le chaman de la République actuellement en poste à la Présidence du Pays quand il dénonce "la Dictature des marchés". Il est bon, cet homme.

La TaxeTobin est toujours pour Joseph Stiglitz l'un des objectifs à atteindre.

L'assiette et le taux de la Taxe Tobin seraient identiques dans tous les pays. L'occasion de le redéfinir comme un Plan concret d'action a été manquée au G2-Bretton Woods 2 de Washington. Collectée et administrée par chaque gouvernement, les fonds recueillis seraient ensuite reversés à un organisme géré par le FMI, la Banque Mondiale, ou un organisme indépendant placé sous le contrôle de l'ONU. Ce serait mieux qu'un club d'experts comptables versés dans la comptabilité nationale et d'entreprise et regroupés dans une haute administration internationale à inventer. Les sommes ainsi récoltées par la Taxe Tobin seraient redistribuées prioritairement aux pays les moins avancés. La Taxe Tobin aurait deux avantages selon ses défenseurs: freiner la spéculation et favoriser le développement. Le faible taux ne découragerait pas les échanges non-spéculatifs. (Tableau de Hans Maler: Anton Fugger)

En commençant cet article sur ce que ne sont pas le G20, Bretton Woods 2 de Washington et les conférences du 30 avril 2009, je m'étais mis à rêver d'une Taxe Tobin démultipliée pour empêcher l'existence même des spéculateurs systémiques et juguler l'action des hedge fonds, des fonds vautours, des fonds de pension et pour juguler les dérives de jeux de trésorerie exercés par les entreprises industrielles et de service qui spéculent avec le bénéfice issu de leurs activités et de celle des Travailleurs. Il faut le rappeler, des Travailleurs. Naïvement je m'étais mis dans la tête un facteur multiplicateur de 3 à 4 par rapport à la Taxe sur les transactions monétaires comme l'avait pensé James Tobin.

En réalité cette Taxe Tobin démultipliée  a été conçue par l'économiste allemand Spahn et s'appelle taxe Tobin-Spahn. Je vous expose en premier lieu la description du fonctionnement de cette taxe, puis j'exprime ma colère face aux arguments des détracteurs de la Taxe Tobin qui s'étaient exprimés il y a plus de dix ans quand le débat était lancé au niveau sociétal, mais qui n'avait jamais été mis réellement à l'ordre du jour des débats au Gouvernement ou au Parlement autrement qu'en un texte d'étude sur la faisabilité de son application.

La Taxe Tobin est de plus en plus associée au concept développé par l'économiste Spahn. La Taxe Tobin-Spahn est une taxe à double niveau: le premier niveau est un faible taux applicable aux transactions financières tant que celles-ci restent dans les limites d'une moyenne convenue, le deuxième niveau est un taux élevé (de l'ordre de 80 %) qui s'applique automatiquement en cas d'instabilité financière.

Le taux du premier niveau, de l'ordre du centième de %, est trop faible pour entraver les transactions productives mais constitue déjà un frein aux transactions spéculatives. Celles-ci, en effet, se caractérisent par des échanges financiers très rapides et très nombreux avec des marges bénéficiaires très faibles. C'est la répétition de ces échanges sur un court laps de temps qui permet d'accumuler des bénéfices importants. La Taxe Tobin-Spahn s'appliquant à chacune des transactions grèverait de façon importante le bénéfice final du spéculateur et encore plus du spéculateur qui mise à la baisse comme dans les short sellings (Photo: salle de réunion à Washington, style néo-florentin).

Voici maintenant quelques arguments des détracteurs de la Taxe Tobin: "en dépit de son taux très faible, elle constituerait un frein aux échanges en général, étant donné qu'elle serait également prélevée sur des transactions de paiement et transfert non-spéculatives, du fait des entreprises fonctionnant en réseau, et des contraintes d'optimisation de trésorerie en temps réel. Elle serait dans une certaine mesure incompatible avec le secret bancaire, parce qu'elle nécessite la traçabilité des transactions financières. Il y aurait ainsi des difficultés administratives à instaurer ce système. Elle devrait être mise en place à une échelle mondiale ou continentale, ce qui implique une entente difficile à obtenir: une action isolée de quelques pays aurait des effets négatifs sur leur économie".

Nous avons ici tous les ingrédients de bases sur lesquelles pourrait se mettre d'accord le G20. Le communiqué final du G20, Bretton Woods 2, s'il se présente en 6 points est totalement vague et ne lance pas des pistes réelles d'analyse et de contrôle, de règlementation, de correction et de répression des dérives spéculatives. Je m'étonne que depuis l'annonce de la tenue de ce G20, depuis au moins le 15 Septembre 2008 soit depuis deux mois, il n'y ait rien de concret qui en soit sorti alors que la crise dite-des subprimes dépasse de très loin le krach de 1929 en sa capacité à détruire de la valeur et des actifs. Je m'étonne encore plus que nous savons tous que les USA vont être en banqueroute d'État au printemps 2009. Je pense même que l'inconsistance du communiqué du G20 est équivalente à la juste mesure de l'incapacité de nos dirigeants de comprendre la crise et à la juste hauteur de leur nolonté de réorganiser le nouvel ordre international (Photo: Palais des Doges, Venise)

La non consistance du Communiqué du G20 constitue un vide conceptuel qui doit prendre toute la place et occuper les esprit afin de faire, comme pour la résolution européenne du 20 janvier 2000 un résumé d'une étude de faisabilité des mesures à prendre, tout en inscrivant pour objectif "la stabilisation" ­et la pérennité­ des marchés financiers globalisés". Un tel show planétaire, un tel buzz, pour des textes amendés d'avance. Un tel narcisso-show qui résulte de la réunion du G20, Bretton Woods 2, du 15 novembre 2008 et qui jette les bases de l'agenda pour 2009. Je pense pouvoir vous restituer d'ici quelques jours la vision exprimée au Burkina Faso, au Ghana ou au Mali de ce show des marrons chauds.

Pourquoi un tel vide conceptuel initié avec un tel pouvoir de capilarité?  L'explication est simple. La réorganisation fondamentale du nouvel ordre international et commercial devrait écarter d'un simple trait de plume la vision du monde qui a court depuis Bretton Woods 1, et qui a été renforcée par l'abandon en 1973 du système monétaire international, puis par le Consensus de Washington qui a une valeur tacite de Traité constitutionnel planétaire, et finalement de l'OMC.

Le communiqué du G20 me rappelle le jeu d'illusionniste qui avait été fait avec le soi-disant Plan européen de Sauvetage qui est décliné nationalement grâce aux "boîtes à outils" qui permettent les interprétations nationales unilatérales et qui faussent dans son essence même toute cohésion multilatérale.

Les chefs d'État et de gouvernement du G20 ont convenu de se retrouver avant le 30 avril 2009 "afin de vérifier la mise en œuvre des principes et décisions" sur lesquels ils se sont mis d'accord. Ce sera 5 mois et 1/2 de perdus pour la définition de l'action concrète multilatérale et planétaire. Le deuxième sommet devrait se tenir à Londres en Grande-Bretagne, ce pays prenant l'an prochain la présidence du G20.

Soucieux, comme l'a conseillé le président américain George W. Bush, "de ne pas se laisser tenter par le protectionnisme", le G20 a demandé dans son communiqué un accord avant la fin de l'année 2008 pour relancer les négociations de l'OMC de libéralisation des échanges mondiaux. La phrase enrobée d'afféteries de Bush est un genre de drapeau blanc du belligérant issu de la tranchée ou il s'était replié par peur et torpeur et qui avance à découvert, feignant d'implorer l'armistice, une grenade à fragmentation en poche. Je vous ai expliqué que le Cycle de Doha est mort et irréversible à cause des milliers d'Accords de Partenariat Économique de libre échange qui ont été conclus depuis 2001. Ces milliers d'Accords donnent des avantages concurrentiels (protectionnistes) tels aux pays industrialisés que je ne m'imagine pas qu'ils veuillent subitement les abandonner ou feindre "de ne pas se laisser tenter" par eux. Le Cycle de Doha dont les négociations se sont prolongées 7 années de plus que prévu a justement été mené à son échec définitif parce que le Quad (USA, Canada, Japon et UE) n'a pas voulu éliminer ses propres subventions et lever ses barrières protectionnistes contre les produits agricoles, textiles, manufacturés ou industriels des pays émergents ou en développement. Le propos de Bush au sujet du protectionnisme qui ne doit plus tenter, est vide de sens, un vide conceptuel sur lequel les influenceurs se rassemblent en revers. Le fait de s'y accrocher et d'élever cette idée comme préalable quant aux futures négociations pour un accord mondial du type de Bretton Woods 2 existe pour occuper le terrain mental mondial et pour faire perdurer ce qui n'est qu'un désordre commercial international.

Le G20 a rassemblé le G8 (Allemagne, France, États-Unis, Japon, Canada, Italie, Royaume-Uni, Russie, UE), ainsi que l'Afrique du Sud, l'Arabie Saoudite, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, l'Indonésie, le Mexique et la Turquie. L'Espagne et les Pays-Bas ont également été invités.

En conclusion:

Face à des "conditions économiques dégradées au niveau mondial, nous sommes tombés d'accord sur la nécessité d'une réponse politique plus large fondée sur une coopération macro-économique plus étroite pour restaurer la croissance", indique le communiqué officiel diffusé à l'issue du sommet des chefs d'État et de gouvernement qui s'est tenu à Washington.
(Photo: Quentin Massys, le Prêteur et sa femme)

L'objectif du G20 est de restaurer la croissance et non pas d'organiser autrement la division internationale du travail et non pas de piloter autrement la croissance entre le créancier-consommateur américain et le débiteur-producteur chinois et encore moins de considérer que la croissance est appauvrissante pour les PED, les Pays ACP et une couche de plus en plus grande de la population des pays industrialisés.

Vous avez donc ici le ferment de la nouvelle bulle qui éclatera avec comme corollaire une privation d'une part du PIB qui sera mutée en actifs toxiques et pourris et un détournement d'une autre part du PIB qui sera reversée directement pour relancer la croissance des groupes de la fiducie et des groupes industriels.

L'appareil de surveillance prudentielle et du calcul du risque des systèmes d'investissement et des des banques spéculatives qui se veut être la grande nouveauté du G20, n'en est pas une une. Tout ceci était déjà inscrit dans les systèmes et normes comptables qui portent les noms IAS, IFRS, IFRS-7, et Basel 2. Principalement les USA et le Royaume-Uni s'étaient opposés à leur application pour les hedge fonds, les fonds en général, les banques d'investissement et pour les activités concernant la spéculation des produits financiers dérivés comme les subprimes.

Il ne vous a pas échappé que le G20 de Washington portait le nom de "Wold Economy". Vous n'êtes pas sans avoir que ce club ne s'est pas demandé pourquoi les pays riches industrialisés sont en récession et les pays émergents ne sont qu'en ralentissement économique. La réflexion sur le partage international et prudentiel du travail ne s'est pas faite. La Tribune de Genève a publié une infographie du G20 pour 2009 sur la situation de récession (Allemagne, France...) ou de croissance dans le monde et sur les Plans d'investissements et de relance gouvernementaux. Il sera intéressant de voir qui va diriger le G21, le club des pauvres formé à Doha en 2001. Il sera intéressant de voir par quelle tentation le monde "développé" de l'hémisphère riche va essayer cette fois-ci de rediriger à son compte les assets, les potentialités et les capacités de l'hémisphère pauvre.