Le signal du départ de cette campagne d'affolement de l'opinion publique a été lancé en octobre 1994 dans un document devenu la bannière des ultralibéraux du monde entier.
Ce document s'intitule World Bank, Averting The Old Age Crisis : Politics to Protect The Old and Promote Growth, Policy Research Bulletin, 5ème volume, numéro 4, août-octobre 1994.

La Banque mondiale constate que les systèmes de retraites publics sont en crise. Elle estime que les gouvernements sont dans une impasse intellectuelle et qu'ils ne parviennent pas à réformer les retraites.

Son raisonnement est limpide :

Comme ce sont les ressources des salariés de moins en moins nombreux qui devront subvenir aux besoins d'une population âgée de plus en plus importante, les systèmes en répartition vont inévitablement diminuer leurs prestations.
En outre la Banque mondiale (BM dans la suite) constate que les systèmes de retraites publics sont défaillants et pour appuyer cette thèse donne des exemples concrets très bien choisi comme celui de la Zambie ou du Vénézuela où la gestion des régimes publics a été calamiteuse.
Elle omet de dire, volontairement ou pas, que dans ces deux exemples ce n'est pas le système qui est en cause mais plutôt l'imcompétence de quelques gestionnaires corrompus. Mais bon, ce ne sont pas les détails qui comptent.

Quelle solution propose-t-elle ?

Axiome du raisonnement:
Il est nécessaire de réduire les dépenses publiques en baissant le taux des prélèvements obligatoires..

La BM propose sa théorie des trois piliers pour les retraites (The Three Pillars):
  • Un système public obligatoire minimal
  • Un système d'épargne obligatoire, géré de façon privée
  • Une épargne volontaire et individuelle qui constituera l'essentiel du système.


Commentons la méthode proposée:

Dans le premier pilier, le mot-clé est à mon sens minimal. En effet, ce pilier doit être modeste en taille, pour laisser place aux autres piliers. Cet objectif réduira de façon substancielle le taux de cotisation et les dépenses publiques. De surcroît, la dette implicite des systèmes de retraites a des implications considérables, car l'une des dettes les plus importantes est créée par la promesse des Etats de fournir un revenu aux citoyens durant leur retraite.

Qu'est ce que la dette implicite ? Assimiler les engagements pris par les régimes de retraite en répartition à une dette n'a guère de sens. Il est du rôle naturel de l'Etat de subvenir aux besoins de la population, ce n'est pas une dette c'est un investissement humain. D'autre part, d'un point de vue comptable, les pensions ne sont pas représentées par une dette puisqu'elles sont payées en direct par les cotisations des salariés et n'ont pas à être provisionnées.

Le second pilier est fait pour favoriser les marchés financiers en y investissant les cotisations de retraites. L'avantage attendu est le développement de la croissance économique. Tout semble si facile avec la BM. Il suffit d'appuyer sur le bouton et hop la croissance arrive.
Mais la BM précise ce second pilier, pour réussir, doit réduire la demande du premier. Minimiser le minimum en d'autres termes.

Le troisième pilier enfin est fait pour développer les fonds de pensions. Il faudra donc créer des titres financiers nouveaux afin d'absorber la demande de fonds de pensions. Ils viendront des privatisations.


L'OCDE de son côté se trouve en parfait accord avec l'analyse de la BM. Elle fait même du zèle dans la définition des modalités d'action, comme vous allez le constater.
L'OCDE propose plusieurs axes de réformes (ils sont au nombre de 7 en tout, à lire dans les synthèses de l'OCDE n°5, 1998). Il s'agit d'encourager les gens à travailler plus longtemps ce qui permettra d'accélérer la croissance économique, de renforcer la baisse des impôts et de diminuer le nombre de personnes dépendantes, ce qui constituera un triple gain.

Voeu pieux, vision parfaitement abstraite des réalités économiques d'aujourd'hui.
Certes, une production plus importante de richesses permet l'opération et il est intellectuellement admissible que plus le nombre de gens qui travaillent s'accroît, plus la richesse globale de la société s'élève.
Rappelons ici qu'un million d'emplois à plein temps supplémentaires produisent 20 milliards d'€ de cotisations vieillesse de plus en moyenne. (Le Monde Diplomatique, juillet 2003)
Ce chiffre est à rapprocher des 90 milliards d'€ à trouver si l'on veut revenir sur la réforme de M.Balladur et assurer la retraite à 60 ans pour tous avec une pension égale à 75% de son salaire (100% pour le SMIC).

L'OCDE doit donc de toute urgence nous expliquer comment créer des emplois à temps plein et pérennes afin de permettre aux 12 millions de précaires en France d'occuper un emploi réel. Il existe des gens qui durant leur âge actif aimeraient bien travailler plus longtemps, ce sont les chômeurs !
Créons des postes pour les chômeurs au lieu de vouloir faire travailler les salariés vieillissants davantage encore.

Seulement l'OCDE est bien muette sur ces points là et surtout ne sait que faire du fameux mur de pierre du NAIRU autre pilier de la théorie ultralibérale qui paraît être ici un obstacle.
Mais les ultralibéraux ne sont pas à une contradiction près.

Sébastien _________________________________________

Lire aussi: Financer les retraites autrement est possible sauf pour les libéraux déprédateurs
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Note de l'auteur du site: "La France est devenue un pays de bas salaires. Quand on sait que la part des salaires dans le revenu national a baissé de 10 points en dix ans (celle revenant à la rétribution du capital a augmenté d’autant), on comprend le « trou » que cela entraîne dans les comptes de la caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV)." C'est de nouveau une parole de gauchiste? Alors cliquez ici.