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Le site Survie se présente ainsi: "Survie est une association (loi 1901) qui mène des campagnes d’information et d’interpellation des citoyens et des élus pour une réforme de la politique de la France en Afrique et des relations Nord-Sud. Elle fonde son action sur la légitimité qui incombe à chacun d’interpeller ses élus et d’exiger un contrôle réel des choix politiques dans tous les domaines. Elle compte 1600 adhérents, plusieurs centaines de militants et une vingtaine de groupes locaux qui relaient ses campagnes dans toute la France. L’engagement de Survie repose sur un constat : Les problèmes de développement et la pauvreté dans les pays du Sud ont avant tout des causes politiques. C’est donc dans le champ politique qu’il convient d’agir."

Historique de la Présence monétaire française en Afrique

L'histoire de la présence monétaire en Afrique est liée à la Banque Internationale pour l'Afrique Occidentale (BIAO) qui était une ancienne banque privée française, fondée en 1863 et installée en Afrique.

Le 25 février 1901 par dissolution et apport, la BIAO devient la Banque de l’Afrique Occidentale (BAO) dont les actionnaires sont les maisons bordelaises (60%), le CNEP (20 %), les Marseillais (20%): la Société marseillaise de crédit, Monte et Borelli et la compagnie maritime Cyprien Fabre et Cie. Le siège était fixé à Paris, 28 rue de Provence. La banque était banque d’émission, de prêt et d’escompte. Son activité était  autorisée au Sénégal, en Guinée française, Côte d’Ivoire, Dahomey, Congo et plus étrangement dans les pays étrangers de la côte occidentale d’Afrique. Des bureaux sont ouverts à Conakry (Guinée) en 1902, à Porto-Novo (Dahomey) en 1903, à Grand-Bassam en 1905, à Grand-Lahou en 1908 et à Assinie en 1911 (Côte d’Ivoire).

La Première Guerre mondiale stoppe l'expansion de la Banque. Après 1918, des succursales sont ouvertes à Lomé (1922), Bamako (1925), Brazzaville (1925), Kaolack (1928), Cotonou (1928). En 1929, son privilège d’émission est prorogé et étendu à l'Afrique Équatoriale Française (AEF), Cameroun et Togo.

Dès août 1940, l’Afrique Équatoriale Française se rallie à la France Libre. Le Gouvernement de Vichy supprime le privilège d’émission en AEF par application des lois des 9, 16 novembre et 9 décembre 1940. En AEF, le 2 décembre 1941 est créée la Caisse centrale de la France libre chargée de l'émission monétaire. Le 24 juillet 1942, une ordonnance autorise la CCFL à émettre de la monnaie à partir du 1er août 1942. Les billets de la BAO sont surchargés de la Croix de Lorraine ou mentions diverses.

En revanche, la BAO conserve en Afrique Occidentale Française (AOF) restée fidèle à Vichy après l’échec de l’Expédition de Dakar menée par les Forces françaises libres (25 septembre 1940).

Du nazisme monétaire au Franc CFA enchaîné à l'Euro

L'expression "nazisme monétaire" est tirée du livre de Nicolas Agbohou "Le Franc CFA et l'Euro contre l'Afrique". Ce livre est préfacé par Jean Ziegler, le seul député de la Confédération Helvétique qui a été licencié (excommunié) du Parlement Fédéral Suisse après la publication de son livre "La Suisse lave plus blanc", dénonçant les pratiques de paradis fiscal dans son pays. Jean Ziegler est une référence et peut-être il sera moins excommuniable au vu de la crise monétaire internationale du Nord. Nicolas Agbohou, natif du village de Todiognoa dans la région de Gagnoa (Côte d’Ivoire) est titulaire de la Maîtrise d’Economie appliquée, du D.E.S.S. de Gestion de Paris l Sorbonne et du Doctorat en Science Politique.

En France, dans le cadre des mesures liées à la déclaration de guerre, un Décret du 9 septembre 1939 instaure un régime des changes commun pour tous les territoires de l'empire colonial français. La zone franc, en tant que zone monétaire caractérisée par une liberté des changes, est formellement créée. En 1939 le Franc Français était la monnaie qui circulait dans la plupart des colonies françaises et notamment dans toutes les colonies françaises d'Afrique. Cependant la seconde guerre mondiale conduit à la rupture de cette unité monétaire. Dans les territoires français contrôlés par le Régime de collaboration de Vichy, le Franc lié au Mark avait été volontairement fortement dévalué. A contrario, les colonies ralliées à la France libre bénéficiaient du maintien à la parité ancienne du Franc garanti par la Banque d'Angleterre.

La France de Vichy en collaboration avec l'Allemagne du IIIème Reich avait remodelé et appliqué aux États CFA (Comptoirs Français d'Afrique) le nazisme monétaire de telle sorte qu’on peut assimiler le Franc CFA et la Zone Franc au nazisme monétaire. Pour mieux exercer son contrôle, la Banque de France avait centralisé les réserves de change des colonies africaines auprès du Trésor français. Après l’occupation nazie, le Franc CFA est une simple poursuite de cette politique monétaire prédatrice à l'image du nazisme monétaire qui était infligé par l'Allemagne à la France et qui fut inclus dans la Convention d’armistice signée le 22 Juin 1940 entre la France et l’Allemagne.

Pierre Arnault, inspecteur général des finances, a rappelé dans son livre "Les finances de la France et l'occupation allemande" que le Décret instituant le Franc CFA est issu de la politique nazie que l’occupant allemand avait imposée à la France en 1940. Ce décret a été signé le 25 décembre 1945 par De Gaulle, président du gouvernement provisoire, R. Pléven, ministre des finances et J. Soustelle, ministre des colonies.

L'exploitation économique de l'Afrique par la France permettait de contribuer à financer la "Dette de guerre" théoriquement fixée par l'armistice de juin 1940, mais pratiquement fixée au cours des ans de façon unilatérale par les Allemands qui établissaient arbitrairement le taux du Franc par rapport au Mark. Cette dette, censée correspondre à l'entretien des troupes d'occupation, a été en moyenne de 400 millions de francs par jour, l'équivalent de quatre millions de salaires journaliers d'ouvriers.

L'armistice de juin 1940 laisse son empire à la France, mais elle n'avait pas pu empêcher les occupants allemands d'exploiter leur victoire. Hitler, qui n'envisageait pas dans un avenir proche d'adjoindre à son Empire continental une extension outre-mer, avait donné carte blanche au Dr Hemmen et à la commission de contrôle allemande, installée au Maroc au printemps 1941 pour exploiter l'Empire.

Alors qu’il existe des milliers de publications et de thèses de doctorats sur l’occupation nazie de la France, il n’existe quasiment rien sur le nazisme monétaire infligé par les Allemands aux Français. Pourtant en Alsace nous sommes plus sensibles à ce sujet car avec les Occupations allemandes suivies des Libérations françaises, nous avions connu 4 dévaluations monétaires artificielles de type militaire et de même ampleur, infligées par les allemands puis par les français à chaque changement de monnaie. Comme les indigènes africains, nous n'y pouvions rien non plus en Alsace d'être nés sur des territoires et de vouloir continuer à y vivre. De ce simple fait militaire les actifs économiques d'Alsace avaient été dévalués de plus de 800 % de 1870 à 1945. (1870, 1918, 1939, 1945).

Alors que le Gouvernement français actuel voudrait faire passer une Loi sur "les bienfaits de la colonisation française", le silence des Français sur l'origine et la fonction du Franc CFA est grave et injurieux pour l'Afrique. Il faut remonter soixante quatre ans plus tôt, pour trouver un Français écrivant sérieusement sur ce sujet, René Sédillot, qui a publié en 1945 son livre intitulé "Le Franc enchaîné – Histoire de la monnaie française pendant la guerre et l’occupation". Sédillot constatait: "Avec les siècles, les formes de pillage sont devenues plus savantes. Les anciens Germains dévastaient en toute simplicité les pays qu’ils avaient conquis. Leurs descendants, en 1940, ont recouru à une méthode de rapine plus subtile et plus fructueuse: ils ont mis le mark à 20 francs" (1 Franc = 0,05 Mark). D'après les chiffres de l'INSEE les nazis avaient appliqué le taux de change de 1 Mark pour 100 Francs, soit 1 Franc = 0.01 Mark.

Cette manipulation artificielle du taux de change, à l’avantage exclusif du conquérant, est l’une des caractéristiques du nazisme monétaire appliqué à la France, que celle-ci, dans sa collaboration économique avec l'occupant nazi mais aussi une fois libérée après 1945, appliquera aussi intégralement à l’Afrique.

L'adhésion de la France au FMI a nécessité une nouvelle définition de la parité du Franc. Cette définition est réalisée en décembre 1945. L'Etat français avait par la suite réussit l’exploit de maintenir intact son système de domination monétaire des pays CFA, malgré les Déclarations d'Indépendance qu’elle leur a reconnues dans les années 1960. Rien n’avait changé: le sigle CFA, qui signifie Communauté Financière d’Afrique avait été gardé. Le Franc CFA  a servi, comme monnaie parallèle, le but pour lequel il fut créé: être l’instrument de l’appauvrissement automatique de l’Afrique et de l’enrichissement automatique de la France.

Le 20 décembre 1945, le Franc CFA (Colonie Française d’Afrique) a été créé. Le 17 octobre 1948 la parité a été fixée à 1 Franc CFA pour 0,02 Francs Français. Le 12 janvier 1994, sous l'autorité
du Gouvernement Balladur et du Président Mitterand, le Franc CFA a été dévalué de 50 %: 1 Franc CFA pour 0,01 Franc Français. Le 1er janvier 1999 le Franc CFA a été arrimé à l'euro: 655,957 Francs CFA = 1 €.

La dévaluation de 1994 du Franc CFA avait été le meilleur moment, du point de vue des investisseurs étrangers, pour entreprendre une vaste privatisation des biens des États africains de la zone CFA. Pour respecter les conditionnalités liées au prêts accordés par le FMI et la Banque Mondiale, les secteurs lucratifs tels que l'énergie, les télécommunications, l'eau et les banques ont été liquidés aux entreprises occidentales à des prix défiant toute concurrence.

Le Franc CFA est la servitude de quatorze pays africains à la monnaie française: Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo, regroupés au sein de l’UEMOA; Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale et Tchad, qui constituent la CEMAC. Et enfin, l’Union des Comores. Un système de parité fixe, sans équivalent dans l’histoire monétaire, ligote la monnaie de ces pays, à la monnaie française, hier le Franc Français, aujourd’hui l’euro. La singularité de ce système, c’est l’arsenal légal et statutaire qui régit le fonctionnement de la Zone Franc. La soumission, la dépendance, l'infantilisation dans laquelle la Zone Franc maintient l’Afrique, sont régies par la règle: "Ne le faites pas vous-mêmes, nous nous en chargerons pour vous".

  1. Au lieu de  gérer eux-mêmes leurs ressources, les États CFA les confient au Trésor français

  2. Au lieu de  fixer eux-mêmes les objectifs de taux d’inflation, ils se contentent de signer ceux de l’euro groupe, dont ils ne sont pourtant pas partenaires ni interlocuteurs. Ils sont soumis à la tutelle de la Banque de France pour discuter avec Bruxelles ou la BCE.

  3. Au lieu de  favoriser et intensifier les échanges entre eux, ils tournent le regard hors de l’Afrique vers des marchés risqués qu’ils ne peuvent influencer

  4. Au lieu de  se doter des moyens techniques pour fabriquer eux-mêmes leur monnaie, ils se contentent de tout sous-traiter aux imprimeries de la banque de France, qui facturent au prix fort

  5. Au lieu d’élaborer une élite africaine d’économistes et financiers compétents et indépendants capable d’impulser et de diriger le développement économique, les États CFA s’en remettent aux fonctionnaires de la Banque de France et au Trésor français ou à ceux des institutions internationales comme le FMI ou la Banque Mondiale.

Le partenariat conclu entre la France et ses anciennes colonies africaines autour du Franc CFA a plongé l'Afrique dans un déséquilibre spectaculaire. Avec la zone du Franc CFA, La France avait obtenu un vaste marché pour ses produits, une réserve constante de matières premières à bon marché, le rapatriement en France des richesses produites par les économies locales, une influence politique incomparable, une présence stratégique importante avec des bases militaires occupées à titre gracieux, et la certitude qu'elle peut compter sur le soutien diplomatique de ses alliés africains. Pour les Africains, le partenariat a signifié une performance commerciale faible, une somme d'argent restreinte, des taux d'intérêt élevés, une fuite massive des capitaux et des montagnes de dettes dont le remboursement empêche tout investissement supplémentaire dans les domaines de l'éducation, de la formation, de la santé, de la production alimentaire, du logement et de l'industrie. En comparaison il fait sourire que le Parquet de Paris a ordonné la décision judiciaire d’enquêter sur les avoirs en France d’Omar Bongo Ondimba, de Denis Sassou Nguesso et de Teodoro Obiang Nguema. Ces trois dirigeants africains, grands amis de la France et pivots de la Françafrique, sont soupçonnés de détournements de fonds, qu’ils auraient par la suite investi en France. Une plainte avec constitution de partie civile, déposée le 2 décembre par Transparence International France (TI), par Sherpa et un ressortissant gabonais, accuse les chefs d’Etat de "recel de détournement de fonds publics", "blanchiment", "abus de biens sociaux" et "abus de confiance". Début avril 2009, le Parquet de Paris avait déjà estimé que "les faits incriminés étaient trop anciens, que l’infraction éventuelle n’a pas eu lieu en France, et que les plaignants n’étaient pas lésés". Début mai 2009, la doyenne des juges d’instruction du tribunal de grande instance avait néanmoins décidé d’instruire la plainte, mais le Parquet de Paris a fait appel.

Lorsque l'Organisation de l'unité africaine (OUA) avait mandaté la Communauté Économique Des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) afin de promouvoir l'union monétaire et économique régionale, la France et ses alliés avaient fait obstacle en menant la création de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) et de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC).

Avec les indépendances, une critique traverse la zone franc. Selon ses détracteurs, le mécanisme du Franc CFA pérennise des relations dépassées entre les pays nouvellement indépendants et l'ancienne métropole coloniale. Les États africains sont privés d'un réel pouvoir monétaire qui est un rouage d'une réelle indépendance. C'est cette conviction qui explique en 1973, le départ de Madagascar et du Mali. Cependant, rapidement ces deux pays se retrouvent avec de sérieuses difficultés économiques et le Mali finit par réintégrer le système en 1984. Cette expérience, finalement, servit à renforcer la cohésion artificielle des pays membres très affaiblis par l'entrée dans l'organisation internationale du libre échange, ceux-ci ayant vu que la liberté monétaire pouvait surtout être la "liberté de faire faillite".

Un autre débat, tournait autour des conséquences des fluctuations du Franc Français, car la valeur du Franc CFA dépendit longtemps des impératifs des relations économiques et financières entre la France et l'Allemagne plutôt que de la réalité et des besoins des pays membres de la Zone Franc. Quand le Franc Français était dévalué, toutes les autres grandes monnaies devenaient plus chères, leurs produits plus onéreux et leurs dettes en dollars toujours plus lourdes. Par contre, les exportations des pays de la Zone Franc devenaient plus compétitives, mais comme ces exportations ne concernaient en général que des produits agricoles de base (banane, café, coton, bois...) dont la demande n'est pas élastique, l'avantage s'avérait relativement faible, excepté pour la France qui voyait ses produits industriels acquérir un avantage concurrentiel dans la Zone Franc, d'où la notion de "chasse gardée". Le Franc CFA a toujours dépendu de la Banque de France, et la définition de sa valeur, du Ministère des Finances de la France, alors que celle-ci à délégué pour l'euro sa souveraineté monétaire à la BCE de Francfort. Après toutes ces années "d'indépendance", en Afrique les dévaluations de la monnaie nationale de l’ensemble des pays francophones ne se sont jamais décidées dans leurs capitales respectives, mais toujours à Bercy à Paris. C’est dire ce que vaut pour la France le respect de la souveraineté nationale des pays africains et l'infantilisation dans laquelle ils sont maintenus.

La Zone Franc CFA doit être démantelée si l'Afrique française veut se développer. La création de l'euro n'a pas été saisie par ces anciennes colonies françaises comme une chance de se libérer de la France. Elles ont fixé leur devise sur l'euro tout en gardant les mêmes règles, les mêmes institutions et le même mode de fonctionnement. L’euro n’a apporté aux Africains aucun des nombreux bienfaits qu’on leur avait promis lors de l’introduction de cette monnaie et de l’arrimage du franc CFA à elle. Au contraire, les populations africaines souffrent aujourd’hui plus que jamais de l’asservissement du Franc CFA à l’euro: l’appréciation considérable de l’euro par rapport au dollar a pour conséquence l’appréciation automatique du franc CFA et donc aussi une dévastatrice perte de compétitivité des pays CFA. Le débat pour la libération définitive de l’Afrique ne peut plus être interdit. Cette libération passe par un rejet du franc CFA, comme l'Amérique Latine vient de se donner les moyens avec la Banque du Sud de rejeter le $.

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Voici ci-dessous un article du site:
CADTM, Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde, du 14 mai 2009 par Renaud Savéan

La zone franc CFA dans la crise financière internationale

Retour sur un héritage colonial

Les indépendances africaines de la deuxième moitié du XXe siècle s’inscrivaient dans la lutte pour l’universalité des droits humains. L’espoir de mettre un terme au pillage des ressources naturelles et à l’exploitation des peuples se conjuguait alors avec la construction du droit international sous l’égide de l’Organisation des Nations unies. Mais les anciennes puissances coloniales disposaient de mécanismes de domination qu’elles ont parfois su présenter comme une preuve de leur solidarité à l’égard de ces nouveaux États : la zone franc en est une illustration.

Durant les années 1960 et 1970, les pays en développement se sont endettés massivement sans que cela profite réellement à leurs populations. Les créanciers publics ou privés des pays riches octroyaient les prêts afin d’imposer leur vision du développement, qui consistait surtout à drainer l’appareil productif africain vers l’extérieur, avec la complicité des gouvernants du Sud. La baisse des cours des matières premières dès la fin des années 1970 renforça le mécanisme. Les pays endettés se trouvèrent dans l’incapacité de rembourser. En 1982, le système financier international en crise fut alors sauvé par l’intervention des institutions financières internationales (ou IFI, c’est-à-dire le Fonds monétaire international, la Banque mondiale...). Avec cette crise de la dette des années 1980, les pays africains ont subi les injonctions des IFI et ont dû mettre en place des programmes d’ajustement structurel : les dépenses publiques sont allées en priorité au remboursement de la dette. Cela a entraîné – entre autres – des licenciements massifs dans la fonction publique, une réduction des subventions aux producteurs et aux consommateurs, et des privatisations dans toute l’Afrique. En particulier, les quinze pays de la zone franc ont eu à affronter une dévaluation de moitié de la valeur du franc CFA en janvier 1994. Cela a contribué à faire figurer une dizaine de ces États à la fin de la liste du classement IDH du PNUD et de faire entrer treize d’entre eux dans l’initiative Pays pauvres très endettés. Aujourd’hui les formes de protection publique des populations (sécurité sociale, chômage, retraite…) sont donc réduites au minimum dans bien des pays africains – tandis que l’ONU constate que l’Afrique est créancière du reste du monde en termes financiers. Notons qu’à cela s’ajoute la récente crise alimentaire, comme l’illustrent les nombreuses révoltes populaires face à la vie chère sur le continent.

Crise du crédit

La crise actuelle se manifeste par un étranglement du crédit (credit crunch) qui aura des implications sur le volume et les conditions des nouveaux prêts, tandis que les taux d’intérêt de ces prêts augmenteront. Les marchés financiers considèrent en effet les investissements sur le continent africain comme très risqués. Cet argument est fallacieux : il masque le fait que 60 % des multinationales implantées en Afrique sont européennes et qu’elles s’y livrent à une concurrence acharnée tout en réalisant d’importants bénéfices. La crise se manifeste également dans la baisse des cours des matières premières non agricoles, dont l’Afrique dépend à plus des deux tiers pour ses entrées de devises (et donc pour rembourser la dette). Les accords de partenariat économique (APE), sous couvert de permettre aux produits africains de trouver des débouchés au Nord, organisent en fait la concurrence entre pays et empêchent la création de cartels de pays producteurs qui pourraient influer sur les prix de vente (comme c’est le cas pour le pétrole avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole). De plus, le fait que ces produits ne soient pas transformés sur place enferme l’Afrique dans le sous-emploi. Actuellement, 40 % des exportations africaines partent pour l’Europe, alors que les exportations intra-africaines atteignent 9 % à peine du volume global (Organisation mondiale du commerce, 2006).

La domination monétaire

Dans ce contexte de crise, la zone franc ne sera pas épargnée. Elle a un poids démographique et économique comparable à celui du Nigeria pour une étendue six fois plus grande. Le fait marquant est que les dirigeants des pays de la zone franc ont abandonné toute souveraineté sur la question monétaire : ils n’exercent aucun contrôle sur les changes ni les mouvements de capitaux. Tout se fait en France, et une grande partie des réserves de devises de ces pays est déposé au Trésor public, à Paris, sur des comptes d’opération. Cet argent est donc dans les caisses de l’État français, et les pays franc CFA renoncent ainsi à une importante marge de manœuvre budgétaire. Avec un euro dont le cours est supérieur à celui du dollar, les exportations (cacao, coton, pêche, bois, pétrole, minerais variés dont l’uranium, etc.) sont trop chères sur les marchés mondiaux où la cotation se fait souvent en dollars. Cela accroît la relation de dépendance vis-à-vis de l’Union européenne et vide de sens les perspectives de développement régional. Les produits importés des pays hors zone euro sont certes moins chers, mais c’est sans tenir compte des subventions européennes à l’exportation ou de l’aide publique au développement liée à l’achat des produits européens. L’obligation primordiale de rembourser la dette parachève la structure néocoloniale des relations entre la zone franc et l’Union européenne en forçant les États africains à trouver toujours plus de devises étrangères. Le mécanisme de domination qu’est le franc CFA simplifie grandement le pillage des ressources naturelles, y compris pour les mafias extérieures à la zone franc, qui n’ont pas confiance dans la stabilité de leurs monnaies nationales et font ainsi un placement sûr. L’exemple des stations-service de Cotonou (Bénin), désespérément vides, et de la multitude d’échoppes vendant l’essence du Nigeria en bonbonnes en verre de 25 litres au bord des routes en atteste : ce sont les recettes fiscales du Nigeria qui s’en trouvent diminuées. Les principes essentiels du franc CFA (liberté absolue de transfert et de conversion, garantie par l’État français) permettent surtout le rapatriement des bénéfices en Europe et favorisent la fraude et l’évasion fiscale, alors que toute décision ne peut se prendre qu’avec l’accord des Français au sein des conseils d’administration des trois banques centrales.

D’abord l’indépendance

Ces États ne peuvent prétendre à une quelconque politique allant dans le sens de la satisfaction des droits de leurs populations puisqu’ils sont avant tout attachés à rétribuer leurs créanciers. Alors que l’épicentre de la crise financière et économique se situe aux États-Unis et en Europe, les peuples d’Afrique seront donc touchés par ses répercussions à l’échelle mondiale tandis que la surévaluation du franc CFA laisse planer le spectre terrifiant de la dévaluation. Néanmoins, des ébauches de solutions se dessinent en Amérique du Sud, qui pourraient inspirer des gouvernements africains soucieux du droit des peuples. Mais créer une Banque du Sud africaine qui accorderait une place centrale à la solidarité entre les États, une intégration régionale permettant de commercer sur un pied d’égalité et une monnaie unique africaine au service des Africains pour promouvoir un développement autocentré ne peut pas se concevoir sans une souveraineté politique du continent. Si des éléments du droit international peuvent servir d’appui à cette construction, ce seront avant tout les mouvements sociaux africains qui pourront l’imposer par leur lutte.

<<< Fin de l'article de CADTM


Le FMI pousse l'Afrique à dévaluer ses monnaies.

Dominique Strauss Kahn a fortement invité les pays africains à dévaluer leur monnaie pour contrer la Crise. Ce sera la seconde dévaluation du FCFA (Franc CFA), 17 ans après la première (1994). Les déclarations de Christine Lagarde -ministre Française de l’économie- qui se voulait rassurante sur la question lors de la dernière conférence de Ouagadougou sur la zone franc, n’étaient que l’arbre qui cachait la forêt. Le rapport du FMI daté du 25 Avril 2009 prévoit une baisse de la croissance des pays de l’Afrique subsaharienne dans l’ordre de 4 points (de 6 à 2%), causée par une baisse drastique des exportations, des transferts d’argent à destination du continent, et la baisse de la demande des matières premières Africaines. D’où la recommandation faite par l’institution financière internationale, de dévaluer les monnaies Africaines.

Les conséquences d’une telle décision, seront très négatives pour les économies Africaines déjà en péril:

  1. Le dépouillement de ses matières premières, par leur acquisition à un taux presque nul
  2. Le relèvement des prix des produits importés,
  3. L’anéantissement des efforts fournis dans le cadre des programmes d’ajustement structurels

Les pays de la zone Franc CFA pourront-ils supporter une autre dévaluation de leur monnaie?

Espérons que l'Afrique crée sa propre Banque Africaine du Sud et sa propre monnaie avant qu'elle ne devienne la Chine-Afrique.


Seconde partie:

L'Afrique enchaînée dans le Franc CFA s'est soumise à la volonté du G20 de Londres sous la pression de Bercy