La globalisation remonte à la nuit des temps, plus exactement à Ötzi, l'homme congelé du Ötzthal, qui est le premier cas avéré de la criminologie qui a démontré un crime économique commis sur un exportateur qui se trouvait sur une voie commerciale reliant la Sicile au Danemark. Depuis le chalcolithique et après 7007 années de globalisation nous sommes arrivés à son accomplissement ultime, celui de l'économie financière: depuis le milieu des années '90, une nouvelle espèce mutante très agressive de globalisateurs venant tous des USA s'est choisi son habitat dans les économies nationales européennes. Nous les connaissons sous le nom de Texas Pacific Company, Cerberus, Fortress, Terra ou Apellas. Ils se référencent sous le terme d'entreprises du Private Equity, des entreprises en recherche de capitaux. Ils essayent en toute discrétion de créer leur nids et d'incuber en toute efficacité. Certains anciens politiciens de tous bord, qui ont perdu une existence politique, deviennent leurs serviteurs (voir plus bas) et essaiment à leur tour. "pecunia non olet!" Ces genre d'incubateurs de la maladie nosocomiale de la finance se retrouvent dans ces bonbonnières cerclées de barbelés comme les sommets du G8 de Davos, de Heiligendamm. Les banques, des sociétés-écrans, des sociétés-boîte-aux-lettres, des cabinets d'avocats, des consultants des sociétés de placements-investissement construisent sur Internet un maillage très dense mais opaque. C'est justement dans les espaces où l'État et la société se retirent de leurs responsabilités (AGCS, Directive Service...) que prolifèrent cette maladie nosocomiale de la finance.

Ötzi, premier crime de la globalisation

Certains apprécient la brutalité. Il en est apparemment de même pour Stephen Feinberg, autrement il n'aurait jamais donné le nom Cerberus à sa société de participations, le fonds de capital-investissement. Cerberus est le chien tricéphale des enfers qui surveille dans la mythologie grecque les portes ouvrant sur le monde de Hadès, Ἅιδης, frère de Zeus et de Poséidon, le maître des Enfers (Watchdog en anglais). L'investisseur de New York a réussi à se hisser parmi les grands acteurs des fonds de capital-investissement en quinze ans depuis la création de son groupe malgré ce nom Cerberus qui n'inspire pas confiance ou plus exactement à cause de lui. Cerberus Capital Management gère plus de 20 Milliards de Dollar et possède un empire d'entreprises qui font un chiffre d'affaire de 60 Milliards de Dollar.

La branche automobile est devenue depuis quelques années l'un des domaines prépondérants de cet investisseur financier spécialiste des crédits non recouvrables, de la branche financière et de l'immobilier. Cerberus avait acquis avec des partenaires en 2006 la filiale de financement GMAC du constructeur automobile General Motors. Cerberus voulait cofinancer l'équipementier Delphi menacé de faillite et voulait prendre une participation. Cerberus avait quitté le consortium d'investisseurs après que le syndicat UAW (US Auto Workers) avait refusé des compromis sur les avantages sociaux et sur l'engagement de Delphi dans le financement des caisses de retraite et d'assurance-santé.

Le système américain de retraite par capitalisation et par caisses privées et totalement dépendant de la gestion de ces caisses qui peut mener jusqu'à la faillite et la spoliation de centaines de milliers de travailleurs, de retraités comme dans l'affaire Enron. Le nouveau Chef Président Sarkozy est fervent admirateur du système américain et fera tout pour casser le système français de retraite par répartition et les Caisses d'Assurance Maladie de la Sécurité Sociale.

Cerberus possède aux États-Unis un petit équipementier et les sociétés de louage de voitures Vangard Car Rental, National et Alamo. Le chien des enfers est aussi actif en Allemagne dans la branche automobile. Cerberus a racheté il y a quelques années l'équipementier Peguform et l'avait sauvé de la faillite avec un plan drastique de licenciement. Pour réaliser les acquisitions d'entreprises, Cerberus fait appel à l'expertise d'anciens membres de directoire de grandes entreprises.

Stephen Feinberg avait échoué dans le rachat du groupe d'assurance Gerling à cause de son comportement de dominateur et parce qu'il aime ne pas respecter les accords et à engueuler tel ou tel collègue jusqu'à l'humilier publiquement. Cerberus est le symbole de la frontière mouvante entre les Hedge-Fonds et le capital de sociétés non cotées, en quête de capital (Private Equity). L'activité initiale de Cerberus avait été le rachat de crédits non recouvrables. Puis Cerberus s'est intéressé à toutes sortes de placements "à problèmes" et finit par fermer le capital des entreprises dont il rachète les dettes à découvert. Cerberus prend toujours le contrôle des entreprises en difficulté financière.

"Pourquoi ne faites-vous pas directement l'acquisition de vos entreprises au lieu de faire le détour par les crédits à découvert?", lui a-t-on demandé. Le "Bâtard des fonds-de-pension et des sociétés-en quêtes-de-capital" a acquis entre temps en Allemagne les grandes entreprises de bâtiment GSW et Baubecon, la branche Plasma de Bayer, Debis Air Finance. En Autriche Cerberus a racheté Bawag, la banque des syndicats. Sans commune mesure avec le moindre des fonds de capital-investissement, Cerberus utilise les services d'anciens hommes politiques. Son directeur administratif est l'ancien ministre des finances américain, John Snow, parmi les membres du directoire se trouve l'ancien vice- président Dan Quayle. En Allemagne aussi les notoriétés du monde politique se mettent au service de Cerberus comme l'ancien ministre social-démocrate de la défense Rudolf Sharping (SPD) qui est consultant.

A l'occasion du rachat de Chrysler par Cerberus le 14 mai 2006, Monsieur Hargrove du syndicat des Travailleurs Canadiens de l'Automobile (TCA) avait déclaré: "Ce genre d'entreprise a la réputation d'acheter au rabais les entreprises, de disséquer ses acquisitions pour les revendre à grand profit pour quelques investisseurs privilégiés, sans égard au bien commun et aux dépens des ouvriers et de leurs familles. Nous sommes très préoccupés par ce dénouement, mais nous sommes prêts à nous battre s'il le faut. J'aurais préféré une acquisition de Chrysler par Magna International, grand équipementier et constructeur de modèles de niches pour Chrysler, Mercedes, Saab, Steyr, etc"... Cerberus n'a même pas daigné consulter le syndicat canadien (TCA / CAW) ou américain (UAW) et n'a signé aucun engagement écrit pour le maintien des emplois. Le prochain grand coup de Cerberus est Air Canada.

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