Entre 1981 et 2001, en 20 années d'austérité et de rigueur initiées par Jacques Delors alors ministre des finances, la part des salaires bruts + cotisations sociales employeurs dans la valeur ajoutée des entreprises françaises est passée de 70,3% à 58,3%. Soit une baisse de 12 points.
Si l'on affine et que l'on étudie de plus près l'évolution du salaire brut, on constate une baisse de la part de celui-ci de 8% sur la même période.
Il est à noter ici qu'il existe de nombreuses divergences selon les sources choisies. L'INSEE par exemple semble minimiser ces différentes baisses même s'il confirme la tendance générale.

Imaginons le scénario suivant, qui, soyons clair, est une utopie totalement folle et pourrait mettre en danger l'équilibre économique planétaire:
Imaginons que la part des salaires soit égale simplement à la moyenne sur les 20 dernières années c'est -à- dire à 63% de la valeur ajoutée. La différence de 4,7% (63-58,3) représente environ 72 milliards d'€ (soit 472 milliards de F) si on suppose que le PIB s'élève à 1531 milliards d'€, chiffre faisant consensus. Rapportée aux 26 millions de salariés enregistrés en France, cette bagatelle représente la modique somme d'environ 2800€ (18200 F) par salarié et par an qui manquent à chacun soit encore 233€ par mois (1530F).
Belle prime de Noël, non? Si nous voulons distribuer les richesses autrement, ce n'est pas une augmentation de 5% qu'il faut revendiquer mais bel et bien 20% voire plus.
En réalité c'est bien pire puisque les 8% de pertes représentent 122 milliards d'€ mais je n'ose même pas les réclamer, preuve que je suis déjà un peu formaté.

Mais où est passé le trésor ?. A qui bénéficie ce transfert de 122 milliards d'€ ?

Il y a en France environ 7 millions d'actionnaires, petits et grands. Ils sont les premiers bénéficiaires de ce transfert de richesses. L'argent que rapporte le capital est d'abord distribué sous forme de dividende. La part des dividendes est passée de 2,8% à 5,8% du PIB, soit une augmentation de 45 milliards d'€. Pour 7 millions d'actionnaires je le rappelle, soit 6400€ (43000F) par actionnaire et par an.
Autre évolution plus technique mais très significative, les entreprises ne payent presque plus d'intérêts mais versent des sommes considérables aux institutions financières qui servent ensuite à la rémunération des contrats d'assurance-vie. Celle-ci est passée de 1,3 à 4,8% du PIB soit un gain de 54 milliards d'€. C'est vrai laissons-le à mamie et papi, ils en auront besoin.

Voilà quelques chiffres qui, je l'espère, vont faire réagir, après la publication ce week-end de l'étude menée par le CERC qui conclut que "tout va bien du côté des salaires depuis quelques mois".

Sébastien