(communiqué du site Stop EPA - Signez en ligne la pétition)

Depuis 2002, l'Union européenne (UE) et les pays de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) négocient des Accords de Partenariat Economique (APE) dans le cadre de l'Accord de Cotonou. Ces APE visent à conclure de «nouveaux accords commerciaux compatibles avec les règles de l'OMC en supprimant progressivement les entraves aux échanges» entre l'UE et les pays ACP, en se fondant sur «les initiatives d'intégration régionale des Etats ACP» et en encourageant «le développement durable et en contribuant à l'éradication de la pauvreté dans les pays ACP».

Les APE dans leur forme actuelle, constituent essentiellement des accords de libre-échange.

L'UE insiste sans cesse pour que les APE soient fondés sur une interprétation stricte des règles de l'OMC visant la suppression de toutes les entraves pour plus de 90% des échanges commerciaux entre l'UE et l'ACP , et ce dans des délais de transition les plus brefs possibles.

L'UE exige, en outre, des négociations sur l'investissement, la concurrence, la facilitation du commerce, les marchés publics, la protection des données et les services. Pour les quatre premiers domaines précités, les pays ACP ont refusé de négocier à l'OMC, estimant qu'ils auront des conséquences négatives sur le développement. Sous prétexte d'un «partenariat pour le développement», l'UE est en train de réintroduire, au travers des APE, le programme libre-échangiste de l'OMC.

Malgré une forte réticence des pays ACP, la Commission européenne exerce de lourdes pressions économiques et politiques sur ceux-ci afin qu'ils se précipitent, sans préparation adéquate, dans des négociations de libre-échange sur les APE.

Les voix qui se sont fait entendre en Europe et dans les pays ACP, pressant la Commission européenne de chercher d'autres options, ont tout simplement été ignorées. En raison de leur dépendance massive à l'aide au développement, les gouvernements ACP n'ont eu d'autre choix que de céder devant les exigences de l'UE visant à l'ouverture de leurs marchés aux produits et aux services européens. (ndlr: ceci n'est rien d'autre que la déclinaison européenne de l'AGCS et de la Directive Service).

L'insistance assourdissante mise dans les négociations des APE sur la libéralisation des échanges démontre que ces négociations ne visent qu'à élargir l'accès de l'Europe aux marchés ACP plutôt qu'à assurer le développement des pays ACP.

Les efforts d'intégration régionale sont au cœur des stratégies de développement des pays ACP. Les APE vont mettre en danger le fragile processus d'intégration régionale et exposeront les producteurs des pays ACP à la concurrence déloyale de l'Europe sur les marchés internes et régionaux.

Ils auront pour résultats l'augmentation du chômage, la perte de moyens d'existence, l'insécurité alimentaire et l'inégalité sociale.

Les gouvernements ACP vont subir des pertes substantielles de revenus du fait de la suppression des droits de douane et continueront à souffrir des problèmes de fuites de capitaux associés à la libéralisation. La Commission européenne a beau soutenir que les APE sont des «instruments de développement», toutes les évaluations faites jusqu'à présent indiquent que le fardeau de l'ajustement aux APE sera exclusivement supporté par les pays ACP, y compris les PMA (Pays les Moins Avancés).

L'UE a réduit les objectifs d'éradication de la pauvreté et de développement durable de l'Accord de Cotonou de sorte qu'ils ne servent que ses propres intérêts de libéralisation du commerce et de l'investissement.

Les APE augmenteront la domination et la concentration des entreprises, des biens et des services européens.

Par conséquent, les APE aggraveront - et prolongeront - le déclin socio-économique et la fragilité politique qui caractérisent la plupart des pays ACP. Pour les pays ACP, des APE fondés sur des accords commerciaux réciproques n'ont aucun sens sur le plan économique ou du développement.

Par conséquent, nous rejetons ces «Accords de Partenariat Economique» tels qu'actuellement conçus.

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Lire mon analyse détaillée et l'historique:
Uruguay Round > Lomé > Cotonou et OMC > Suspension a sine die du cycle de Doha

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