Le G4 de Potsdam a été une tentative de réaliser avec un groupe restreint une négociation commerciale réunissant à Potsdam d'un côté les USA et l'Europe, et de l'autre l'Inde et le Brésil. Nous comprenons encore mieux que ce sommet des G4 de Potsdam scelle l'échec définitif du Cycle de Doha de l'OMC, voire de l'OMC en entier. Un nouveau Cycle de l'OMC ne pourra s'engager normalement à la suite de cet échec. Ceci est le début concret de la fin de l'OMC dans sa phase de croisade de l'ouverture libérale de tous les marchés mondiaux. Peut-être que certaines personnes à gauche, des verts engagés et des altermondialistes vont pouvoir avoir une lueur d'espoir? NON. L'OMC, en tant qu'instrument de domination du Club des Riches est un "échec" depuis les Cycles de Seattle (États-Unis, 1999), Doha (2001), et Cancùn (Mexique, 2003) et les sommets alternatifs de pauvreté comme celui de Monterrey. Aussi, et sans que les médias ne s'emparent du sujet, encore moins les partis politiques et le Parlement, des milliers d'accords bilatéraux entre États se font jour depuis 5 à 7 ans. Ces accords opaques ne sont plus que gouvernés par les grands groupes industriels et leur serviteurs, les parlementaires, les gouvernements des États (article sur les accords bilatéraux à venir sur mon site).
Il ne sera définitivement plus nécessaire de parler de Gouvernance Mondiale ou de Démocratie Globale.

La grande majorité des pays membres de l’OMC a été exclue des négociations de ce G4 de Potsdam alors qu’elles peuvent avoir un impact crucial sur leurs économies et leurs sociétés. De plus, la conclusion d’un accord dans le cadre du round de Doha aurait pu avoir des conséquences catastrophiques pour les populations pauvres, particulièrement dans les zones rurales. Depuis le sommet de Cancùn, en septembre 2003, le round de Doha a été bloqué en raison des mobilisations internationales toujours plus importantes contre les processus de libéralisation d'une part et d'autre part parce que les pays en développement se sont opposés fermement à un accord que l’UE et les États-Unis tentaient de leur imposer. Quatre pays ont essayé à Potsdam d’imposer au monde un accord conduisant à davantage de libéralisation et d'ouverture des marchés. Ce type d’accord a un impact particulièrement négatif sur le développement rural. Le libre-échange et les privatisations ne sont pas dans l’intérêt des populations. Augmenter la compétition internationale sur les marchés agricoles marginalise la grande majorité des petits paysans. Transformer les ressources agraires en marchandises permet aux multinationales de prendre possession des terres, de l’eau, des semences et du savoir-faire au détriment des communautés rurales.

Voici le second chapitre de mon billet sur l'échec définitif de Doha. Pour écrire ce billet je vous ai d'abord livré un historique de l'échec du Cycle de Doha et des négociations de Cancùn provenant d'un article du site de l'ONU au sujet de la naissance du G21. Puis je vous livre ici le compte rendu du G4 de Potsdam que j'ai traduit du Links Zeitung (journal de la Linke allemande, à gauche du SPD). Vous verrez que l'ONU ou la Links Zeitung écrivent la même chose. Donc je vous invite à faire cesser le ravage de ces terminologies idiotes de "gauche de la gauche" ou "extrême gauche" à chaque fois que vous entendez quelque chose qui vous semble être de gauche mais que vous ne comprenez pas avec les lunettes de courtoisie de Marie Ségolène Royal ou de son extension, le Parti Socialiste français.
(Premier chapitre: Historique de l'échec du Cycle de Doha et des négociations de Cancùn)

2] Le G4 de Potsdam selon Links Zeitung, journal allemand de la Linke (19 juin 2007)

Le Deal du WTO pour les multinationales:

Ulla Lötzer, porte-parole du groupe parlementaire Die Linke (la gauche) pour les questions de politique économique internationale et de la globalisation craint un deal au profit des des grands groupes industriels exportateurs et au détriment des petits paysans, des secteurs industriels nécessitant une protection, des services publics et de l'environnement menacé. La campagne mondiale du WEED (Economie Mondiale, Ecologie et Développement) et le groupe de réflexion et d'action "Commerce" du forum Environnement et Développement exigent un arrête définitf du Cycle de Doha dont les négociations se poursuivent au niveau des conférences ministérielles organisées par l'OMC.

Les Chefs de Gouvernement, les diplomates chargés de la négociation commerciale et les lobbies des grands groupes transnationaux répètent avec la frénésie de moulins à prières qu'une nouvelle conclusion positive des négociations est un deal incontournable pour l'OMC. Ils l'avaient aussi tout récemment répété au G8 de Heiligendamm. Ils ignorent les voix innombrables qui prédisent les conséquences catastrophiques qu'aura la poursuite de la libéralisation effrénée dans la lutte contre la pauvreté, dans la lutte pour la protection du climat et de l'environnement tout comme pour l'organisation d'une politique économique entre le Nord et le Sud.

Aucun enseignement n'a été tiré de la crise de l'OMC. Les projets de la globalisation néolibérale, qui ont mené à l'échec, doivent être reconduits et développés dans de nouvelles procédures qui deviennent de plus en plus opaques. Quand le G4 se réunit aujourd'hui à Postdam la majorité des Membres de l'OMC, les Parlements et les peuples en restent exclus.

Tout juste avant que n'arrive à terme le mandat du Président américain G. W Bush, le G4 voulait imposer un accord décisif devant conclure le Cycle des négociations de Doha. Le G4 a effectivement aussi discuté en arrière-plan des subventions agricoles du Nord, mais l'Europe et les USA ont fait pression pour obtenir une ouverture radicale des marchés au profit des grands groupes industriels et de services. Le parti Die Linke soutient les protestation contre l'OMC et les mouvements qui contestent de manière constructive la globalisation, et espère une issue sans résultat des négociations de Potsdam.

La structure informelle de négociations de l'OMC est anti-démocratique, l'objectif du commerce libre est anti-social.
(ndw: je pense que vous avez compris la supercherie du nouveau Chef Président français qui veut faire enlever du texte du mini-Traité européen, ou Traité simplifié, la formule "concurrence libre et non faussée). C'est dans des sommets, desquels le public est exclu, que les règles des riches doivent déterminer l'économie mondiale. De très nombreuses études démontrent qu'une intensification de la concurrence en vue de conquérir de nouveaux marchés de débouchés et des sites de productions à faibles coûts signifie un désastre pour des groupes entiers de la population qui sont déjà pauvres et exploités au Sud comme au Nord.

Les négociations du G4 à Potsdam avaient pour thème central un nouvel accord agricole. Pour l'instant, tous le compromis dans le secteur agricole ont plus de désavantages que d'avantages pour les Pays en développement. La promesse de l'abolition des subventions à l'exportation est importante, mais elle ne concerne que quelques produits. Par contre les limites et les critères pour des subventions permises sur le marché intérieur des pays industrialisés vont rester inconsistants et rien ne va changer.

Les États-Unis proposent d'accepter une limite supérieure de 17 milliards de dollar par an pour les subventions déclarées qui entraînent une distorsion de la concurrence. Ceci est un leurre puisqu'ils ne subventionnent qu'à hauteur de 10 milliards de dollar, mais justement pour des produits comme le coton avec lequel ils concurrencent les pays les plus pauvres. L'Europe qui ne pratique pas la subvention à l'exportation, va aussi verser 40 milliards d'euro par an principalement aux grandes exploitations agricoles.

Les Pays en développement devront ouvrir leurs marchés pour des produits qui sont toujours subventionnés et pour satisfaire à des compromis dans le cadre de l'AGCS et de NAMA. Ce prix que les Pays en développement auront à payer pour obtenir un progrès minimal au niveau du marché agricole sera une catastrophe pour eux.
(Note du webmestre: L’accord NAMA ou "Accès au Marché des produits Non Agricoles" est un des 15 autres accords secrets constituant l’OMC, au même titre que l’AGCS ou l’accord sur l’agriculture. NAMA est au coeur des négociations à l’OMC. L'accès au marché des produits non agricoles veut dire l'accès au marché des produits industriels. Les services sont concernés par l'AGCS, l'Accord Général pour la Commercialisation des Services).

Les ONG critiquent l'énorme influence des intérêts des entreprises lors des négociations de l'OMC. L'Europe et les États-Unis aspirent à Potsdam à un deal en faveur de leurs grands groupes industriels, agricoles et du tertiaire en faveur d'une plus grande ouverture de nouveaux marchés. La politique économique est aussi de plus en plus dominée par les grands groupes exportateurs brésiliens ou indiens. Des dégâts collatéraux seront commis par le diplomatie commerciale contre la démocratie et le développement. (Fin de la traduction)

Les négociations ont capoté et se sont terminées trois jours avant la fin officiellement prévue. Les deux parties, l'Europe et les États-Unis d'un côté, l'Inde et le Brésil de l'autre n'ont pas pu s'entendre. Normalement un Cycle de négociations sur la libéralisation du commerce international, un Round, dure 4 ans pour parvenir à la réalisation des décisions prises. Le cycle de Doha a commencé au Qatar en 2001 et toutes les négociations intermédiaires, dont celle de Cancùn, où avaient pris part les 148 membres de l'OMC, puis celle du G4 de Potsdam de 19 et 20 juin 2007, avec plus que 4 Membres, ont été des échecs.

Veuillez lire mon 3ème chapitre: 3) Victoire pour les ONG, les mouvements de citoyens, les syndicats.