Les sommets du G8 sont d'habitude des évènements protocolaires. Les participants se rencontrent pour un photo-shooting et un échange informel, la déclaration finale est prête dès l'ouverture du sommet hormis quelques détails. Ce sommet du G8 de Heiligendamm a été différent. Les deux thèmes centraux, l'aide à l'Afrique et le protection du climat ne sont pas des thèmes consensuels mais des thèmes conflictuels sur lesquels l'on discute de manière intense et offensive. L'agenda officiel n'avait rien d'intéressant.

"L'accord" annoncé au sujet de la protection du climat est un exemple de ce que ceci peut apporter comme résultats. Il n'y a aucune mesure concrète, simplement un assentiment partagé à "prendre au sérieux en considération" (ernsthaft in Betracht zu ziehen) la volonté d'atteindre un certain objectif. Ceci n'est pas une percée envers le sauvetage du climat mondial, mais une aide d'urgence pour le sauvetage de la renommée du sommet.

L'autre exceptionnel succès (Riesenerfolg) selon Angela Merkel réside dans la question de l'Afrique.

L'Allemagne n'a pas su convaincre suffisamment à temps les autres pays à abonder dans le sens d'un plan de mesures concrètes et contractuelles pour la mise en oeuvre des décisions déjà prises (décisions du G8 de Gleneagles, Écosse, 2005 restées sans suite) pour une plus grande et une meilleure aide au développement. Avec empressement les pays ont décidé d'une somme à donner aux États africains.

Malgré la vague de protestation, du P8 et du contre-sommet alternatif du G8, la Gouvernance Globale est enserrée dans d'étroites limites. Aucun gouvernement ne peut se déterminer sur plusieurs années à venir à partir d'une conférence qui ne dispose pas de pouvoir exécutif. Et justement la défense du climat et l'aide pour l'Afrique nécessitent ceci. Que fait alors une rencontre au sommet? Elle confirme un but politique mais elle laisse à chaque participant le choix du moyen pour y parvenir, ce qui est légitime pour des procédures démocratiques concernant chaque pays séparément. Ceci s'avère être une tare pour des efforts transnationaux destinés à régler des questions planétaires.

Pourtant Angela Merkel avait annoncé très fort plusieurs fois: "Wir gehen bis zum Eklat, wenn es sein muss" (Nous allons jusqu'au clash, si cela est nécessaire). Angela Merkel qualifie son papier de "très grand succès". Il n'en va pas mieux pour le nouveau Chef Président français, Sarkozy, qui, après être allé le lendemain de son élection pincer le bout des seins d'Angela Merkel, a brillé par sa pusillanimité lors des débats sur le réchauffement climatique qui ont eu lieu au G8 de Heiligendamm.

Il s'est agenouillé devant Angela Merkel qui s'est plié devant Gorge Bush qui ne veut pas entendre parler des accords de Kyoto ni de tout autre accord, parce que ceux-ci ne seraient pas bons pour l'industrie américaine. Bush comme tout américain veut favoriser le libre échange au travers de l'OMC dont c'est le principe fondamental. Un surcoût dû aux gestions de l'assainissement de la planète au sein de l'entreprise comme par des mesures d'État d'incitation et de contrainte ne peut que remonter le seuil de rentabilité d'une entreprise et son niveau de compétitivité. La contradiction du Chef Président français est de convoquer un Grenelle de l'environnement. Je vois mal Monsieur Sarkozy penser et agir différemment des libéraux américains du tout-commerce.

L'Allemagne est "écologique" mais 30% de son électricité est importée de France et des centrales atomiques françaises. L'Allemagne est "écologique" mais elle ne rapatrie pas ses 50 trains devant véhiculer ses déchets atomiques retraités dans l'usine française de la Cogema au Cap de la Hague près de Cherbourg. Ces trains filent en France à la vitesse commerciale des trains français, puis roulent à 2/3 kilomètres à l'heure à partir des frontières alsaciennes de Lauterbourg ou de Strasbourg. Sur une soixantaine de trains prévus pour le retour de France des déchets retraités de matières fissibles des centrales allemandes, l'Allemagne n'en a accepté que 6. Ce sont les transports Castor, du nom de la marque déposée de ces conteneurs à matière fissible retraitée.

Transport des conteneurs Castor

En Alsace nous sommes toujours médusés. Ces trains circulent comme des wagons transportant du coke; personne sur, devant, dessus ou ligoté sous les voies du chemin de fer. Sitôt la frontière passée, et sur 600 kilomètres jusqu'à Gorleben, la mine souterraine de stockage, ces trains circulent à 2/3 kilomètres, s'arrêtent tous les 10 mètres pour enlever les manifestants menottés aux voies. Des milliers de soldats marchent de chaque côté de ces trains jusqu'à destination. Ton sur ton, con sur con. L'Allemagne est "écologique". La France est sans repentance.