Les pays africains endettés jusqu'à l'étranglement sont devenus l'objectif cardinal d'investisseurs qui se promettent des marges opérationnelles d'un exceptionnel niveau. Il existe un type nouveau de fonds d'investissements qui se sont spécialisés dans le rachat à vil prix de créances non recouvrables des pays du tiers monde et dans les actions en recouvrement portées devant les tribunaux.

En avril 2007 la Zambie a été la plus récente des victimes de ces vulture funds (fonds vautours). La Cour de Londres a condamné la Zambie à payer à Donegal International, le vulture fonds américain, 17 Millions de dollars. La Zambie avait contracté en 1979 à Ceaucescu, le tyran de la Roumanie, un emprunt de 15 millions de dollars pour acheter des tracteurs agricoles roumains. Dans les années 80, la chute du cours du cuivre, qui représente la plus grande valeur d'exportation de la Zambie, a plongé le pays dans des difficultés financières insurmontables et dans l'impossibilité de rembourser la dette.

Alors que ce crédit devait être totalement remboursé dans les années 90, le vulture fonds Donegal enregistré dans les Iles Vierges anglaises, a racheté la créance pour 3,28 millions de dollars. Donegal a ajouté au capital dû les intérêts et la capitalisation des intérêts, et a porté l'affaire devant la cour londonienne et revendiqué 55 millions de dollars. La cour aurait donné raison à Donegal si ce dernier n'avait pas versé 1 million de dollars au Président Chiluba de Zambie pour qu'il remette la créance sur le second marché. La cour a rabaissé le montant de la demande de Donegal sans en remettre en question l'objet. Donegal a réalisé une marge opérationnelle de 700%. La marche opérationnelle d'uns strat-up et d'un fonds de pension est de 20%, celle d'une activité économique habituelle de 3 à 7%.

Le milliardaire new-yorkais, Paul Singer, a inventé le vulture fonds en 1996 et fondé sa société Elliot Associates Ltd. Paul Singer avait réussi a empocher 58 millions de dollars du Pérou pour une créance de 20 millions de dollars qu'il avait racheté 2 millions de dollars. Paul Singer avait menacé de faire plonger le Pérou dans la faillite. Le Pérou avait dû consentir à payer les 58 millions de dollars pour être admis a la table de nouvelles négociations avec la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International en vue d'une reconversion de sa dette. Paul Singer avait en effet menacé de bloquer toutes nouvelles négociations entre le FMI et le Pérou aussi longtemps qu'il ne serait pas remboursé.

La Zambie fait partie des "Highly indebted poor countrys" (HIPC, les Pays Pauvres Très Endettés, PPTE) qui venaient justement d'obtenir une annulation de la dette. Ces pays s'étaient engagés de réaliser en échange des investissements d'une même valeur dans les infrastructures, la santé et l'éducation. Les 17 millions dûs par la Zambie à Donegal représentent 1/4 de son budget annuel social et de santé. La Zambie qualifie d'injuste le jugement de la Cour de Londres, mais pour Donegal la cour n'a fait que d'appliquer un principe de légalité dans le cadre du remboursement d'une somme empruntée.

Cette stratégie est mise en œuvre dans toute l'Afrique actuellement. La Zambie n'est que la pointe de "l'iceberg". D'autres vulture funds comme Kensington, Elliot Associates réclament des sommes tout autant astronomiques aux autres pays africains. Selon le FMI 44 affaires sont pendantes devant les tribunaux pour un montant global de 1,9 milliards de dollars. Le ministre des finances anglais, Gordon Brown (qui va bientôt remplacer Tony Blair) avait critiqué dès 2002 ces pratiques et réclamé leur interdiction. George Bush avait cessé de critiquer les vultures funds quand Paul Singer s'était constitué comme le premier financeur de sa campagne électorale aux Présidentielles.

Nous ne pouvons pourtant pas dire que ce sont les vulture funds qui jettent dans la ruine les pays africains, mais la Banque Mondiale qui continue d'accorder des lignes et des lignes de crédits à ces pays très hautement endettés. Ces crédits ne servent qu'à rembourser les anciennes dettes. En réalité nous assistons à une augmentation de 50% du volume des crédits accordés par rapport à ces dernières années. Une surenchère a lieu depuis 3 à 4 années avec la Chine qui arrose l'Afrique sans compter, sans conditions de moralité, sans exigences de démocratie, de respect des droits de l'homme, etc... La Chine, le FMI, la France (premier partenaire de l'Afrique), sont entrain de corrompre l'Afrique comme jamais et de manière encore bien plus grave et irrémédiable que sous la période coloniale. Nous comprenons aussi mieux le nouveau Chef Président Sarkozy qui ne veut pas s'embarrasser de "repentance".

Pour signer la pétition lancée par Oxfam contre les vulture funds.

et Stop the debts vulture de Jubilee Debt Campaign