Dans un cacophonie initiée par le chaman français et le chancelier de l'échiquier britannique, Bretton Woods II est annoncé comme la symphonie du nouveau monde. Dans une étude en 9 chapitres je vous livre ce que ne contiendra pas l'Accord de Bretton Woods II.
  • 3] Protectionnismes européens unis, Déni d'Europe, Dictature des marchés, l'ennemi du Sud
  • 9] Bretton Woods II - Protectionnisme intelligent - Développement prudentiel régional durable


Le G20, le club des riches et des nouveaux riches, devra inviter l'Afrique aux réunions préparatoires intergouvernementales de Bretton Woods II et devra rendre caducs tous ces APE et ALE. Tous les membres de l'OMC devront être réunis dans la négociation multilatérale consensuelle pour le développement prudentiel et durable. Il sera temps de reconnaitre que les africains sont des sujets du droit international, des sujets du commerce international et inviter la société civile, les ONG et des institutions comme l'Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) et la Communauté Économique Des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Il faudra que les Accords de Bretton Woods II donnent le mandat à l'OMC de reconnaître un traitement spécial pour tous au moins de l’agriculture des PED (Pays en Développement) et des Pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique): le droit de souveraineté alimentaire! Jagdish Bhagwati, Muhammad Yunus, Paul Krugman, Joseph Stiglitz pourraient être nommés comme consultants, ils me paraissent moins instrumentalisables par une entité hégémonique (USA, EU, Chine) comme le furent par les USA et la Grande-Bretagne John Maynard Keynes et Harry Dexter White, les concepteurs des Accords de Bretton Woods du 22 juillet 1944.

Voici in extenso deux communiqués du site abcburkina du Burkina Faso qui traitent de la production locale du riz ou de la croissance appauvrissante induite par l'Organisation Mondiale du Commerce, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International. Le second communiqué vous montre la ténacité (victorieuse) des négociateurs africains de la CEDEAO (Communauté Économique Des États de l'Afrique de l'Ouest) avec l'Union Européenne dans le cadre des APE (Accords de Partenariat Économique) et de la Filière Riz.

Ce site est le principal support burkinabé de communication qui informe sur le monde rural au Burkina Faso, un pays dont la population est composée à 80% d’agriculteurs. Ce site met à la disposition de ceux qui le désirent des outils pour l'édition de textes en langues nationales du Burkina (téléchargement gratuit), en particulier des dispositions de claviers et des correcteurs d'orthographe adaptés aux langues locales. Il propose des éléments de réflexion et de discussion sur les problématiques du monde rural au Burkina Faso et en Afrique de l'Ouest.

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  • 1] Le protectionnisme intelligent en Ouganda pour la filière Riz.
Par un bel après midi, j’ai rencontré le docteur Gilbert Bukenya à sa résidence sur les rives du lac Victoria. Nous avons parlé du futur de l’agriculture en Ouganda. Il me dit : « En cultivant de façon plus réfléchie, les Ougandais pourraient non seulement se développer davantage, mais gagner plus d’argent. »

Travailler de façon plus réfléchie n’est pas un slogan vide, c’est la clé pour la modernisation de l’agriculture en Afrique. Avocat de l’autosuffisance alimentaire en Ouganda, Le docteur Bukenya souhaite que les Ougandais mangent davantage de riz cultivé chez eux, et ainsi encouragent les producteurs et les transformateurs à investir davantage pour produire davantage. Bukenya a depuis longtemps fait la promotion d’une nouvelle méthode pour faire pousser le riz sur les hauteurs (en opposition au riz planté dans les marais), ce qui demande moins d’eau.

Adopter ce nouveau riz fait partie de la formule « travail réfléchi ». Quand la production du riz a commencé à augmenter, Bukenya et d’autres politiciens ougandais ont joué une autre bonne carte. Ils ont fait pression avec succès pour obtenir une taxe de 75% sur le riz importé, ce qui a stimulé encore davantage la production du riz local. Cette production a augmenté de deux fois et demi depuis 2004, selon le ministère du Commerce, atteignant 180 000 tonnes, alors que la consommation du riz importé a diminué de moitié de 2004 à 2005 seulement.

Les importateurs ougandais, constatant le changement, ont alors investi dans de nouvelles machines dans le pays, créant des emplois et stimulant la concurrence dans la production et les prix des producteurs. Les nouvelles machines, entre temps, ont fait diminuer le coût du transport du riz domestique vers les marchés, et ainsi les consommateurs paient maintenant le même prix qu’ils ont toujours payé.

L’Ouganda est maintenant sur le point d’exporter son riz en Afrique de l’Est et ailleurs. « C’est un vaste domaine pour la perception des impôts et la commercialisation des produits agricoles » a déclaré Nelson Gagawala Wambuzi, Ministre d’État pour le commerce.

Le succès rencontré dans le développement de la production du riz en Ouganda est intéressant surtout parce que les habitants de la région sub-saharienne dépensent près de deux milliards de dollars chaque année pour se procurer du riz produit en dehors de l’Afrique. Le montant des dépenses pour se procurer du riz importé équivaut ainsi à lui tout seul aux budgets nationaux du Ghana et du Sénégal.

Comme de plus en plus d’Africains partent vers les villes, ils se tournent vers le riz dont le stockage est facile et la cuisson rapide. Mais de telles dépenses pour le riz importé sont un scandale parce que, avec l’aide de politiques réfléchies, les producteurs africains pourraient produire davantage de riz, peut-être même assez pour éliminer toute importation de riz. L’essentiel de la production de riz du Pakistan, du Vietnam, et surtout de l’Amérique est soutenu par des subventions, et peut ainsi être déversé sur les marchés africains à très bas prix, parfois même en dessous du coût de production. De plus, ces pays exportateurs de riz, y compris les États-Unis, maintiennent des taxes d’importation rigides : de cette façon ils protègent leurs agriculteurs face à la concurrence globale.

Dans les années 1990, les gouvernements africains ont diminué fortement ou même éliminé les taxes sur le riz importé, poussés à le faire par la Banque mondiale, le Fond monétaire international et l’influence des économistes prônant le marché libre. L’hypothèse était que les pays riches cesseraient en même temps de verser des subventions à leurs agriculteurs. Mais ils ne l’ont pas fait. En réponse, quelques pays africains ont augmenté les taxes sur le riz importé, violant ainsi un principe clé de la philosophie du commerce néolibéral.

Ainsi, les taxes sur le riz fonctionnent bien en Ouganda (Au Nigeria également où la production de riz augmente tandis que le coût des importations de riz décline) et les politiciens croient fermement que ces taxes doivent être maintenues. Les gros exportateurs de riz, comme les États-Unis et le Vietnam, continuent à verser de fortes subventions à leurs producteurs de riz. Sans protection, Les producteurs africains subiraient encore une fois le préjudice des importations.

Certes, les gouvernements africains devraient s’intéresser également aux autres productions agricoles. Ils ont besoin de compter sur une diversité d’outils économiques, y compris la protection de l’agriculture, pour aider les producteurs de leurs pays.

De fait, toute l’économie asiatique qui a réussi était construite sur des barrières tarifaires sélectives, et en Chine et aux Indes, les deux économies qui croissent le plus rapidement, ces barrières existent toujours. Même la Corée et le Japon maintiennent de fortes taxes sur le riz importé juste pour protéger le gagne-pain de leurs producteurs de riz.

L’Ouganda et les autres pays africains ont besoin de rester attentifs pour que le protectionnisme ne devienne pas une couverture pour l’incompétence et la corruption. Mais un protectionnisme sélectif n’est pas la panacée pour l’Afrique, même quand de telles politiques aident les producteurs locaux. Cependant, une économie basée sur la confiance en soi est un objectif louable pour la plupart des pays africains ; et l’expérience de l’Ouganda suggère une approche possible longtemps dénigrée par la communauté internationale.

Depuis trop longtemps, les gouvernements africains ont écouté le chant des sirènes du marché libéral et ont souffert de trop d’ouverture et non pas le contraire. Avec les États-Unis et l’Union européenne qui ne sont pas prêts à cesser de verser des subventions à leurs agriculteurs, l’expérience de l’Ouganda dans le domaine du riz mérite une attention plus grande, parce qu’elle montre que les Africains ne sont pas nécessairement des victimes passives des forces économiques internationales. Ils luttent et, au moins pour ce qui est des champs de riz en Ouganda, ils réussissent.

par G. Pascal Zachary , 9 septembre 2008



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  • 2] La CEDEAO doit protéger son agriculture par des taxes à l'importation variables.
    Qui osera interdire à la CEDEAO de protéger son agriculture?
Dans les mois qui suivent la CEDEAO va prendre des décisions qui vont engager l'avenir de ses populations pour longtemps. Il est absolument nécessaire que dans chaque pays, chaque citoyen en soit informé et que des débats s'instaurent. En effet, la CEDEAO est engagée dans des négociations avec l'Union Européenne qui pourraient aboutir à un Accord de Partenariat Économique (APE). Mais cela l'oblige à définir un TEC (voir plus loin) et une liste de produits sensibles destinés à être exclus de la libéralisation que prépare cet APE.

La CEDEAO regroupe 15 pays, dont 8 appartiennent à l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Tous ces pays veulent former un marché commun. C'est-à-dire une zone où les hommes et les marchandises circulent librement, où ils ont une protection commune contre les importations du reste du monde et où ils se dotent de politiques communes, notamment une politique agricole commune (ECOWAP). C'est un travail important, qui demande une collaboration de tous. Parmi les questions à résoudre, il y a la façon dont cette zone va faire du commerce avec le reste du monde. Tous les pays du monde se protègent de différentes façons en instaurant, entre autres, des taxes à l'importation. Le plus souvent ces taxes sont fixes. On parle alors de droits de douane, et même (les spécialistes !) de droits de douane ad valorem, calculés en % de la valeur de la marchandise au point d'importation (port, aéroport, frontière terrestre). Chaque pays (ou ensemble de pays comme l'UEMOA et la CEDEAO) définit donc le taux qui sera appliqué pour chaque produit susceptible d'être importé. L'ensemble de ces taux est appelé le Tarif Extérieur Commun (TEC). Souvent, pour simplifier, les produits sont classés à l'intérieur d'un petit nombre de catégories de taux. C'est ainsi qu'en l'an 2000 les pays d'Afrique de l'Ouest qui avaient en commun le Franc CFA ont décidé de s'unir et d'adopter un Tarif Extérieur Commun applicable à toutes les importations. Ces pays ont classé les produits en 4 catégories avec respectivement des Droits de Douane de 0 %, 5 %, 10 % et 20 %. C'est ainsi que le riz a été taxé à 10 %, et le lait en poudre à 5 %. Cela devant permettre de nourrir les populations urbaines au moindre coût.

Dans un premier temps, en effet, les populations se sont tournées massivement vers le riz importé. Souvent du vieux riz de mauvaise qualité. Sans doute les familles pauvres ont-elles pu préparer du riz (appelé « denkakia » en jula – c'est-à-dire « famille nombreuse ») une ou deux fois par semaine. Mais à quel prix pour la santé des enfants ? Il s'agit de riz qui gonfle à la cuisson, donc avec de l'eau. On pourrait aussi l'appeler « Trompe la faim ». Mais à quel prix aussi quant à l'avenir des producteurs de riz ? En 2004, les magasins des producteurs de riz du Sourou étaient pleins, le riz ne trouvant pas preneur à un prix rémunérateur pour les paysans. Ces derniers ont fini par abandonner la culture du riz, et ce qui devait arriver arriva.

En 2008, le prix du riz a flambé sur le marché mondial. Et la production nationale était au plus bas. Quelle fut la réponse du gouvernement ? Il a supprimé les droits de douane à l'importation sur le riz pour une durée de trois mois. Il a donc introduit, sans le dire, des prélèvements variables, que nous appellerons ici des taxes à l'importation variables. Sans grand résultat, car dans la hâte et l'improvisation.

Le TEC de l'UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine) s'est donc révélé inadapté. Pendant quelques années, les droits de douane sur le riz se sont révélés trop faibles. Puis en 2008, avec la crise alimentaire, ces mêmes droits de douanes se sont révélés trop élevés, à tel point que le gouvernement burkinabè les a supprimés temporairement. Or, en un premier temps, la CEDEAO a semblé vouloir adopter le TEC de l'UEMOA. Heureusement, elle s'est donnée quelque temps de réflexion.

Aujourd'hui, les très fortes variations des produits agricoles et de la parité FCFA / Dollar, fragilisent l’agriculture de la CEDEAO. Elles ne permettent pas aux agriculteurs d’investir en toute sécurité.

De plus, maintenant que les prix mondiaux ont déjà baissé assez fortement et qu'il est probable qu'ils continuent à baisser, compte tenu de la crise mondiale, les Etats de la CEDEAO qui ont réduit ou supprimé les Droits de douanes fixes sont bien plus réticents à les relever vis-à-vis de consommateurs appauvris, ce qui réduit la confiance des agriculteurs pour augmenter leur production.

Il est donc urgent de tirer profit de l'expérience du TEC de l'UEMOA (qui, répétons le, s'est révélé inadapté) et de reconnaître la nécessité de mettre l'agriculture de l'Afrique de l'Ouest à l'abri de la trop grande volatilité des cours mondiaux des marchandises et du dollar.

La CEDEAO pourrait informer l'OMC et ses principaux partenaires qu'elle a l'intention d'adopter, pour le marché commun qu'elle veut créer entre ses États membres et la Mauritanie, l'ensemble des règles commerciales suivantes (qui forment un tout) :

La CEDEAO consolide son TEC à 150 % pour les produits agricoles. Cette expression consacrée veut dire que la CEDEAO se réserve le droit, si nécessaire, de relever ses droits de douane appliqués jusqu'à un plafond de 150 % (qu'elle s'engage également à ne pas dépasser). Ce taux de 150 % ne devrait pas faire problème à l'OMC car c'est le taux actuel de nombreux pays de la CEDEAO dont le Nigeria qui représente plus de 50 % de la population.

  • 1. Ensuite la CEDEAO va déterminer une liste de produits agricoles et/ou alimentaires (par exemple le riz et la poudre de lait entier) sur lesquels elle va instaurer des taxes variables qui seront toujours inférieures au taux consolidé de 150 %.
  • 2. Prenons l'exemple du riz. La CEDEAO va définir les prix de production moyens de la tonne de riz par ses propres producteurs. A partir de là elle détermine un prix d'entrée de sorte que si on importe du riz à ce prix, il arrive sur le marché de la CEDEAO légèrement plus cher que le riz local. Quand le prix sur le marché mondial est plus bas, le riz importé est taxé (d'une taxe qui varie selon les cours du marché mondial. Le prix de la taxe est donné par l'équation : taxe + prix du marché mondial = prix d'entrée.
    Le prix d'entrée est calculé de sorte qu'il assure des revenus aux producteurs et qu'il ne soit pas trop cher pour les consommateurs urbains. Quand le prix du marché est supérieur au prix d'entrée, il n'y a pas de taxe à l'importation.
  • 3. Cela ne remet pas en cause la nécessité d'ajouter une 5° bande tarifaire de droits de douane fixes à 50, 65 ou 80 % pour des produits non agricoles ou pour certains produits agricoles moins sensibles. On peut penser aussi que le passage de droits de douanes fixes à des taux variables se fasse progressivement.
Reste une question. Et de taille ! Cette façon de protéger l'agriculture peut-elle être acceptée par l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et par les partenaires de la CEDEAO. Notre réponse est « oui ». Même si ces taxes variables (appelées « Prélèvements Variables ») sont mal vues à l'OMC, il existe de bons arguments pour les faire reconnaître. C'est le moment de se rappeler qu'il est prévu un traitement spécial et différencié pour les Pays en développement, et tout spécialement pour les Pays Moins Avancés (PMA).

De plus le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966 stipule (article 1) que : "Tous les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes… Pour atteindre leurs fins, tous les peuples peuvent disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources naturelles… En aucun cas, un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance". Et l'article 11 précise que "Les Etats parties au présent Pacte, reconnaissant le droit fondamental qu'a toute personne d'être à l'abri de la faim, adopteront, individuellement et au moyen de la coopération internationale, les mesures nécessaires".

Notons également qu'en Mai 2008 le Réseau de Prévention des Crises Alimentaires du CILSS (Comité Permanent Inter-États de Lutte Contre la Sécheresse dans le Sahel) soulignait : "La préoccupation qui demeure est de savoir si des dispositions ou mécanismes sont également envisagées pour faire face à un éventuel effondrement des prix dans les années à venir. Une telle situation de «prix non rémunérateurs» pour les producteurs pourrait compromettre la sécurité alimentaire et les moyens d’existence des exploitants familiaux agricoles, fournissant l’essentiel des vivres de la région".

Qui osera interdire à la CEDEAO de protéger son agriculture par des taxes à l'importation variables, et condamner ses populations à la misère, à la faim et aux violences urbaines ?

Qui interdira à la CEDEAO d’offrir un prix plancher à ses producteurs de riz ? Et donc de fixer un prix d’entrée à l’importation de riz ?

Sûrement pas le Japon qui met 500 % de taxe à l’importation sur le riz !



Koudougou, le 5 octobre 2008
Maurice Oudet
Président du SEDELAN


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Vous comprenez ce qu'est la "croissance appauvrissante"?
Bretton Woods II va renier la croissance appauvrissante.