Dans un cacophonie initiée par le chaman français et le chancelier de l'échiquier britannique, Bretton Woods II est annoncé comme la symphonie du nouveau monde. Dans une étude en 10 chapitres je vous livre ce que ne contiendra pas l'Accord de Bretton Woods II.
  • 3] Protectionnismes européens unis, Déni d'Europe, Dictature des marchés, l'ennemi du Sud
  • 6] Cycle du Développement de Cancún - De l'escroquerie de Doha à la duperie de Bretton Woods II ?


Personne ne peut décemment parler d'un Bretton Woods II sans inclure dans les négociations un agenda sur la refondation de l'OMC. Avec les Accords de Bretton Woods du 22 juillet 1944 deux organismes avaient vu le jour: la Banque mondiale (BIRD), le Fonds monétaire international (FMI). Le troisième organisme n'avait pu être créée en l'absence d'accord. Il aurait dû être chargé du commerce international. Il ne verra le jour qu'en 1995 avec la création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) après les cycles de négociations du General agreement on tariffs and trade (GATT). Le GATT visait à instaurer par convention "un code de bonne conduite" libéral et multilatéral. L'objectif principal de l'accord était la liberté des échanges par l'abaissement des droits de douane et l'ouverture de tous les marchés aux échanges. Les principes mis en œuvre par le GATT sont à rapprocher de ceux qui ont guidé l'action du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale en matière "d'orthodoxie" économique et de politique de développement (voir Consensus de Washington). L'OMC, la Banque Mondiale, un FMI rénové ayant retrouvé son rôle de gardien et de régulateur des relations monétaires internationales sont parties intégrantes de Bretton Woods II.

Je vais donc vous faire aujourd'hui un rapport différé, mais tellement prémonitoire de la situation issue de Cancún où les ONG s'engageaient pour une relance du cycle de développement et pour refonder... le consensus multilatéral. J'utilise le mot "prémonitoire", pour ne pas heurter les sensibilités, mais nous pourrions aussi dire comme les Ministres du Groupe intergouvernemental des 24 pour les questions monétaires internationales et le développement à leur 80ème réunion du 10 octobre 2008 à Washington: "Les Ministres observent aussi que la crise et les interventions qui ont suivi marquent un changement par rapport aux paradigmes acceptés, et appellent le FMI et la Banque mondiale à en tirer les leçons et les conséquences dans leurs conseils de politique économique."

Partout sur la planète, que ce soit de la part des ONG ou d'Hommes politiques, en France et à l'étranger, il y a eu de nombreuses voix éclairées qui ont critiqué avec de plus en plus d'insistance, depuis la passage du Gatt à l'OMC, le système de Bretton Woods dépecé de son son rôle de régulateur des relations financières internationales le 15 août 1971 avec la suspension de la convertibilité du dollar en or, et en mars 1973 avec l'écroulement du système des taux de change fixe avec l'adoption du régime de changes flottants.

Les économistes étaient divisés sur l'analyse à apporter au flottement des taux de change flottants. Milton Friedman, est l'économiste qui avait le plus adulé avec son Ecole de Chicago le taux de change flottant axé sur le consensus de l'héliocentrisme autour du dollar. L'économiste Robert Triffin pensait dès 1960 que les Accords de Bretton Woods induisent que les États-Unis aient, avec le dollar comme monnaie de tous les échanges internationaux, une balance des paiements déficitaire afin d'alimenter le monde en moyens de paiements internationaux.

Ces "moyens de paiements internationaux" sont les fameuses "liquidités" qui manquent en ce moment dans les échanges interbancaires depuis la crise amplifiée des subprimes de 2007/2008. Toutefois, ce phénomène d'héliocentrisme autour du dollar contribue à un affaiblissement progressif de la confiance des étrangers dans le dollar américain. Les besoins importants de l'économie mondiale en une devise fiable, le dollar, contribuent paradoxalement à la perte de confiance en la fiabilité de cette monnaie. Triffin voyait dans ce paradoxe un dilemme insurmontable, connu comme le "dilemme de Triffin", qui devait mener nécessairement à un effondrement du système et invitait, dès 1960, à une réforme du système monétaire international de Bretton Woods.

Nous sommes donc arrivé à partir du 15 septembre 2008, avec la faillite non repêchée de la Banque d'investissement Lehman Brothers, à l'épuisement du dilemme de Triffin. Que nous le voulions ou non, il faudra réinventer un Bretton Woods et j'avais émis l'idée sur mon site dès septembre 08 que ceci se fera autour d'une unité de compte à l'image de l'ECU du Serpent Monétaire Européen avant sa concrétisation en un Euro. Nous allons mesurer à Bretton Woods la volonté de l'Europe et des Chinois à composer cette nouvelle Currency Unit. Les USA si affaiblis, en banqueroute d'État et demandeurs auprès du FMI auront à esquisser une soumission. A moins qu'ils s'essayent encore à détourner l'attention par d'autres moyens... comme ils l'ont fait en mentant sur les fusées intercontinentales à têtes nucléaires stationnées en Irak... avant la seconde guerre du Golf... La crédibilité militaire US étant égale à celle du $, le mensonge sera à la hauteur de sa bassesse. Obama aurait-il les pouvoirs de "marquer un changement par rapport aux paradigmes acceptés"? Il lui reste peu de temps à vivre... sans ce soucis de gérance.

Avec l'adoption du taux de change flottant le FMI avait perdu son domaine de compétence de gardien et de régulateur... qu'il pourrait retrouver après Bretton Woods II. Il faudrait dépayser le siège d'un nouveau FMI hors des USA qui ne seront plus un gage de sérieux et de stabilité (on pourrait le mettre au Parlement européen bis, celui de Strasbourg, qui ne sert à rien!). Le FMI s'était transmuté en une Banque Mondiale bis dont j'ai décrit dans mon article précédent les déserrances idéologiques destinées à créer et à fluidifier un cercle "d'amis fidèles" autour du système américain de "concurrence libre et non faussée" fondue dans la "stateless governance" avec des États désengagés des services publics et de toute régulation dans les échanges internationaux et autour du "consensus de Washington" du marché qui s'autorégule. Ce consensus de Washington n'en finit pas de s'écrouler depuis la longue mort du Cyle de négociations de Doha de 2001, mais en réalité il faut monter jusque dans les années soixante vers le Groupe des "non-alignés" de l'ONU avec l'Inde en tête pour observer la nolonté de voire se réaliser ce qui se fait passer pour un grand marché unique en commençant par le GATT pour culminer avec l'OMC depuis l'Accord de Marrakech en 1996.

Créé dans le contexte de la Guerre froide, le mouvement des Non-Alignés avait dû trouver un nouveau souffle suite à l'effondrement de l'Union soviétique. Ce groupe continue de jouer un rôle important et a par exemple refusé de suivre les instances du consensus de Washington, lequel regroupe le Fonds monétaire international (FMI), l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et la Banque mondiale, considérant que ce serait nuisible aux intérêts de ses membres. Ce groupe tiers-mondiste des solidarités avec les Peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine survit encore. Mais la globalisation a aussi fait surgir des groupes beaucoup plus actifs, sinon représentatifs, dont nous voyons l'action avec le G21 et la Chine à sa tête ou avec les ONG lors des FSM ou des sommets parallèles aux G8, au G4...

Nous verrons jusqu'à quel point Bretton Woods II aura la générosité de donner de son oreille et d'écouter la voix des Pays qui ne veulent pas s'associer au marketing-mix de la Fin de la Dictature du Prolétariat et de la Fin de la Dictature des Marchés, mais qui voudront associer leurs forces à un développement harmonieux et social au service de leurs populations dans leur intégration économique locale, puis régionale. Il faudra être assez fort cette fois pour leurrer et duper ces pays non-alignables, ou il faudra redoubler d'une arrogance exemplaire. Ah! C'est utopiste? Oui, et en plus le parti communiste chinois ne s'est pas prononcé... et a laissé le Premier ministre chinois Wen Jiabao faire tout autant de jolies phrases à la Réunion Asie Europe (ASEM - Asian European Meeting du 25 octobre 2008 de Péking). L'Europe et la Chine oseront-ils tenir tête au cow-boy de papier à Washington le 15 novembre à la conférence préparatoire intergouvernementale de Bretton Woods II?

Comment le pillage de la planète sera-t-il organisé cette fois-ci, après l'éclatement de la "crise des subprimes"? Le Cycle de "négociations" de Doha pour l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) a mené à l'échec à cause de l'attitude intransigeante et égoïste de l'Europe et des USA. L'OMC avec ses velléités affichées de régularisation du commerce international a été contournée, ouvertement cette fois-ci, depuis 2001 par des milliers d'Accords de Partenariat Économique (APE) qui décuplent la violence du Consensus de Washington. La Chine pille l'Afrique comme l'avait fait la France, l'Angleterre et comme ils le font toujours. Les USA pillent la planète en lui faisant payer leurs déficits budgétaires tant que le $ jouit de son arrogance d'unité de compte pour les échanges internationaux, nous ne pouvons plus parler décemment d'une monnaie quand nous savons que le $ est surévalué de 9 fois par rapport à sa valeur réelle. Ceci n'est pas "plein de questions", c'est une seule question.

Les conditions réunies à Cancùn pour lancer les Accords bilatéraux ou régionaux: revenons pour un cours instant aux dates effectives de la "mort" de l'OMC. Pour l'antenne Oxfam du Kenya, la structure de l'OMC convenait aux grandes puissances qui avaient la possibilité de présenter des délégations importantes, sachant que les négociations se déroulent en même temps dans différents comités et même la nuit. La Commission Européenne envoyait jusqu'à 600 cadres techniques, un pour chaque virgule, l'Union Africaine ne disposait que de 10 délégués. Pour Kofi Annan, Secrétaire général de l'ONU, trop de décisions sont prises en privé, on protège les intérêts catégoriels et trop de promesses ne sont pas tenues. Les dégâts causés par les négociations sont sérieux et les victimes se comptent par milliards.

C'est donc à Cancùn, à mi-parcours des négociations entamées à Doha, qu'une opposition interne à l'OMC s'était formée: il s'agit du G21. Le G21 a fait contrepoids lors des négociations face aux 4 pays qui ont de tout temps occupé le devant de la scène à l'OMC: le Canada, l'UE, les USA et le Japon et qui sont collectivement désignés sous le nom de "Pays du Quad". Le G21 regroupe plus de 50% de la population mondiale et compte plus de 60% des agriculteurs mondiaux, et produisent plus de 25% des exportations agricoles mondiales. Le G21 ne représente pas une "démarche du Sud par opposition au Nord", selon l'Afrique du Sud, mais "le sens de l'avenir et l'esprit d'initiative que nos peuples et le monde entier attendaient depuis longtemps face aux déséquilibres qui caractérise le système actuel d'échanges agricoles". A la veille de la conférence de Cancùn, le G21 avait annoncé son existence en présentant une contre-proposition à la déclaration finale visant à imposer la réduction ou la disparition des subventions agricoles et des aides aux exportations agricoles tout en réduisant les obligations imposées aux pays en développement en matière d'accès aux marchés.

Les pays industriels avaient alors essayé en privé de faire obstacle au G21 en proposant des arrangements bilatéraux séparément aux pays de ce groupe, selon le principe du diviser-pour-régner en se basant pour désunir sur les préférences, sur le statut de pays plus ou moins avancé ou sur le continent dont sont originaires ces pays. C'est donc bien à partir de Cancùn que l'OMC commence sa fin comme instrument de domination planétaire. Des menaces directes ont été proférées par le sénateur Charles Grassley qui dirigeait le Comité des finance du Sénat américain. Pour la CNUCED, la Conférence des Nations-Unies sur le Commerce et le Développement (UNCTAD), l'entrée en scène du G21 avait immédiatement été perçu comme "un facteur important pour les futures négociations de l'OMC car les principales nations commerciales devront tenir compte de cette nouvelle force bien réelle." Pour ActionAid, l'action du G21 avait rappelé les luttes anticoloniales des années 60 et 70.

Pour Pascal Lamy, Commissaire au commerce de l'Union européenne, "l'échec des négociations de Cancùn suscitait de vives préoccupations quant à l'avenir de l'OMC, cette institution moyenâgeuse qui avait profondément besoin d'être réorganisée." Il craignait que "le système commercial multilatéral ne soit délaissé au profit d'accords bilatéraux ou régionaux". Les États-Unis avaient annoncé dès Cancùn qu'ils allaient donner la priorité à ce genre d'accords. L'Europe ne s'est pas laissée prier pour en faire autant. Elle a fait encore plus fort.

En juillet 2007, toutes négociations ultérieure du Cycle de Doha avait été reportée à sine die. Le semblant de cohérence prétendument multilatéral de l'OMC étant aussi écroulé, l'instrument de domination planétaire des USA accompagnés (le Quad) s'étant écroulé, le dollar comme outil de domination planétaire s'étant écroulé, le FMI qui sera bientôt asséché en ayant redistribué toute sa réserve de 200 milliards de $ à des pays en banqueroute, la Banque Mondiale et le FMI ayant perdu depuis longtemps leur crédibilité parce qu'ils ont été détournés de leur fonction pour être des instruments de ré-éducation des pays à la cause du Consensus de Washington, il faudra tout refonder à ce Bretton Woods II. Le chaman de la République française a dit que l'on ne va pas que parler, mais que l'on va agir à Washington, le 15 Novembre, à la réunion intergouvernementale préparatoire de Bretton Woods II.

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Information sur la Prévention contre les Sectes:

Un vieux politicien français d'extrême-droite est protagoniste du retour à Bretton-Woods. Faites votre recherche sur prevensecte.
Son parti existe, change régulièrement de nom, nom qui fait semblant de bien sonner à gauche.