L'entreprise doit être aidée, mais il faut aussi lui faire de nouveau admettre qu'elle est en même temps dépositaire d'une concession sur la Chose publique, comme l'est une concession autoroutière, comme l'est un brevet d'invention, comme l'est un politique élu ou candidat, comme l'est la blogosphère. La réalisation personnelle ne doit être possible que s'il y a réalisation pour la société, le pays, le collectif (mais je vois déjà pointer les réallos qui vont me traiter de stalo). Le droit de jouissance doit être accompagné d'un devoir de service au public. Et là tu reconnais mon esprit scandinave et germanique; les libéraux anglais, les gaulois des paillotes, les latins, ou les néo-démocrates de pays entrants dans l'UE auront du mal à se mettre à cette idée du bien commun de la Chose publique. Même Chrirac a su bégayer le concept de "l'entreprise citoyenne".

Une entreprenance (j'invente ce mot) doit de très très loin dépasser l'entreprise claquemurée. Une entreprenance va de la conception du produit/service, en passant par le rôle social de l'entreprise dans sa région économique d'implantation et d'influence jusqu'au plan de durabilité de son développement pour aboutir au retraitement des produits en fin de vie. Il n'y a donc pas de management d'analyste financier au service des share-holders, mais un management d'entrepreneur, de stake holder dans une entreprenance.

L'entreprenance fait augmenter les coûts d'établissement et les coûts globaux de l'entreprise et de sa concession qu'elle a sur la Chose publique. Mais le marché financier sait aussi honorer de manière très vive cette démarche moderne de l'entreprenance avec les "fonds d'éthique" et les "fonds solidaires". L'Etat pourrait penser à un allégement de taxe pour les entreprises basées sur l'entreprenance et financées par les fonds d'éthique. Ce ne serait pas de l'emploi aidé ou des aides d'Etat qui finissent comme toutes en trésorerie d'entreprise. Après-tout il faudrait menacer d'amende de telles entreprises déprédatrices de la Chose publique comme celles qui obtiennent des fonds français ou européens d'aide du développement régional et qui délocalisent trois ans après. L'amende fait partie d'un système dirigiste? Le non-respect des 4 critères de Maastricht de stabilité et de croissance entraîne aussi un avertissement de Bruxelles et une menace d'amende. En quelques années, et surtout sous la gauche, les impôts sur les bénéfices sont passés environ de plus de 40% à 24% (le rapport de proportion est exact).

Évidemment, comme nous sommes membres de l'OMC, auquel notre pays a adhéré par simple signature de nos gouvernements sans avoir eu le droit d'amender quoi que ce soit, nous n'avons pas le doit de favoriser les entreprises, sans être punis par la Cour arbitrale de Genève de l'OMC et nous serons sommés de laisser agir la libre concurrence. D'autre part, le Marché Commun de Bruxelles, ne permet pas non plus une aide directe ou indirecte de l'Etat.

Ces nouvelles méthodes managériales sont tout autant étouffées sur la scène publique que les courants à Gauche dans le P(S), car elle ne permettent plus comme avant le transfert de richesses, de savoirs et de pouvoirs vers un même clan. Il n'est donc pas étonnant que les systèmes Cigales ou Finan Sol, pourtant actifs et efficaces et qui permettent à plus de 70% des entreprises créées une durée de vie de plus de sept ans (ce qui est un très bon chiffre), ne soient pas connus.

La récompense donnée au nouveau Prix Nobel du Prêteur aux pauvres est le signe fort que nous sommes rentrés dans l'ère de l'entreprenance, mais Muhammad Yunus n'a strictement rien inventé avec sa Grameen Bank, banque rurale en bengali: le système Raiffeisen allemand de prêt aux agriculteurs et aux artisans avait démarré en 1846 en Allemagne avec "l'Association pour le pain" qui finançait pour chaque commune un four à pain suite aux grandes famines de cette période. Le système Raiffeisen a débouché sur les Caisses mutuelles. Le Crédit Mutuel que vous connaissez a été co-fondé à partir de l'Alsace par mon arrière grand-père, Caissier-général, Inspecteur général et Réviseur, sous les ordres de la fille de Raiffeisen. (Les Caissiers généraux étaient des gens aisés, mais pas fortunés, ne me traitez pas de bourgeois, il ne reste rien de la "fortune" de mon arrière grand-père)

Histoire du Système Raiffeisen et du Crédit Mutuel

Qui est Raiffeisen: consulter "l'homme, l'idée, l'oeuvre, l'économie liée"

Banques et assurances solidaires dans le Tiers-Monde

Wikipédia > Raiffeisen Bank: Banque coopérative, Caisses de crédit mutuel. Traduction anglaise: not-for-profit co-operative financial institution

Mon arrière grand-père, Joseph Lutz