C'est bien.

En pressant un peu, en vous associant à moi, en s'y mettant à plusieurs, les comédons noirs français finissent par sortir. Ceci semble très difficile, même - ou justement - sur ce thread.

C'était mon objectif. Car aucun commentaire spontané ne l'avait fait ici.

Ce n'est que dans des réponses que l'on fini par lire que Günter Grass nous interroge, la France, et que l'Europe est engluée dans le même rapport de connivence avec ce 1er régime totalitaire moderne ou avec d'autres actes d'extermination, Danemark excepté.

Quelle est la "stratégie de dévoilement" de la France?

Qui détient les dossiers?

Même si les dossiers étaient au Château de Vincennes, aux Archives militaires, c'est le consensus du mensonge français qui les détient.

Le 8 mai, "on" a bouté les nazis hors de France, tué 30.000 algériens à Sétif et Guelma (30.000 manifestants algériens), et commencé à cacher sous un "on-a-gagné" toutes les autres félonies et déportations dont nous, la France, sommes responsables.

Voilà pourquoi il faut militer pour fêter le 9 mai et abandonner le 8 mai, qui ne serait qu'une victoire si la France "dévoilait" son passé en entier.

Je ne pense pas qu'en dehors de ce thread, l'on se me mette à penser pareil. Nous avons trop besoin de la "Victoire". Mais combien de temps peut perdurer une identité basée sur le mensonge? En comparaison, celui de Grass est bien maigre, mais lui a reconqui son nom.

Rédigé par: Thomas Rudolf | 26 août 06 09:37:04

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Bien sûr, le lien est à établir, vous semblez passer à chaque fois à côté de ce que sont les pressions à 360° d'un régime totalitaire allant jusqu'au sein de la cellule privée de la famille.

En lisant votre non-compréhension itérative, je suis finalement très content d'avoir été un enfant d'une famille ayant vécu dans un territoire annexé par la terreur: cette peur et cette conscience, personne ne me l'enlèvera, mais aussi cette circonspection quant aux capacités de l'homme à gérer sa guerre.

Ma double vision du monde (doppelte Weltanschauung) de frontalier m'oblige de nouveau à m'extraire de "la France de l'Intérieur" et à vous ramener à ma région: en Alsace on savait toujours comment on commence une guerre, mais jamais sous quel drapeau ou avec quel visage on la terminait. La France "meurtrie", la France "bafouée" a toujours eu une alternative simplifiée, ce qui lui permet de se signifier parmi les vainqueurs, de donner des leçons d'universalité, et de cacher "son après-guerre" de 45 à 1962.

Entre les Malgré-Nous et d'autres enrôlés, sous un régime totalitaire des plus "efficaces", la marge est peut-être parfois en un certain sens assez étroite à l'effondrement de ce régime. Certes les Malgré-Nous étaient directement menacés de Cour martiale (les parents de représailles), ils ne pouvaient s'en extraire, qu'en provoquant des intoxications et des empoisonnements assez graves (ce que mon père avait aussi fait sur lui-même) ou des désertions (comme mon père, excusez-moi d'insister, mais j'ai la chance de ne pas avoir honte de mon père, et de mon grand-père, FFI de la première heure, et de mon autre grand-père, passeur du Rhin du réseau Regal).

Mais un gamin de 17 ans, intoxiqué depuis 12 ans par la propagande, pouvait-il s'extraire de son milieu? Il était de toute façon embrigadé d'office dans la Hitlerjugend comme tous les gamins, ou dans la Flak dès 12 ans (le commentateur d'en haut avait raison). Et comme mon père, demander les sous-marins, c'était peut-être espérer qu'ils soient torpillés avant.

Son "dévoilement" est à mon sens encore trop précoce, à la vue de l'incompréhension totale contemporaine face au système tentaculaire absolu d'un régime totalitaire. Qu'aurions nous fait nous-mêmes? Je n'en sais rien, même si j'ai une nature de Hitzkopf, de tête-brûlée, d'écorché vif. Je n'en sais rien.

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Le 8 mai, pour moi c'est Sétif et Guelma, lisez plus haut mon autre commentaire. En Alsace on sait aussi que tout juste 15 jours après avoir libéré l'Alsace, Leclerc est allé en Indochine avec son corps expéditionnaire, et la France recommençait là-bas ou en Algérie, ce qu'elle avait combattu sur ses terres. Alors je redeviens circonspect et atterré devant les jugements prononcés sur un Grass gamin, un Grass honteux, un Grass auto-dévoilé.

Ceci n'a rien à voir? > Vous comprendrez qu'ils faut relativiser les commentaires sur les "stratégies de dévoilement" dans un pays qui n'a pas encore fait son devoir de mémoire, soit la France.

Quant à l'Allemagne (de l'Ouest), elle poursuit son travail de mémoire depuis 61 ans et elle n'a que 3% d'électeurs d'extrême droite. La France en a 30%, mais elle donne des leçons et s'insurge. (Les russes lâchent leurs archives. Qui détient les nôtres?)

Vous me faites terriblement aimer l'Allemagne. Merci Monsieur Assouline, de m'avoir permis de faire avec vous cette réflexion. Grüss Gott! àdié!

Rédigé par: Thomas Rudolf | 25 août 06 23:27:03

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Je reprends mon commentaire d'en haut au sujet de votre manière d'écrire avec des "SS" le nom de Günter Grass et je ne vois pas le narquois, l'infâmie, la saloperie, la provocation, le dérapage... et d'autres choses de mal dans ce que je vous écris.

Malheureusement vous réagissez ici à l'affect, alors qu'il suffisait de réagir comme un journaliste. De toute manière, maculer un nom patronymique peut devenir une affaire pour les tribunaux si l'interessé porte plainte, et il obtiendrait gain de cause.

Monsieur Assouline, n'a pas le droit de transformer un nom patronymique, encore moins avec ces deux lettres "S". Monsieur Assouline a réagi viscéralement et s'est vite lui-même senti confronté dans mon langage aux SS. Ce n'est pas le cas, il suffit de me relire. Il a réagi lui-même sous le couperet d'une sentence (imaginée) et s'est senti un millième de seconde jugé et rabaissé à ces deux lettres. CQFD.

Pour ma part j'en reste aux arguments et j'invite à réfléchir sur l'attitude que l'homme peut avoir dans un régime totalitaire, qui avait intoxiqué 12 ans de la vie de Günter Grass, bébé, enfant puis adolescent, depuis l'arrivée de Hitler au pouvoir.

Ensuite vous parlez de "Stratégie de dévoilement". Je pense que vous ne vous êtes pas assez confronté aux personnes de régions et de pays occupés et annexés par la terreur et l'extermination, pour ressentir leur manière et leur possibilité de gérer leur vie. Dans de tels cas tout est possible pour sauver sa peau ou celle de ses parents. En Alsace les enfants étaient d'office dans la Hitlerjugend ou dans le Bund der deutschen Mädchen (pour les filles). Mon père, Enrôlé-de-force comme tous les alsaciens masculins qui étaient des Malgré-Nous, avait le choix des armes. Il a justement demandé comme Günter Grass, les sous-marins, en espérant qu'ils seraient coulés avant. Ce fut le cas et ceci a retardé sa prise d'arme de quelques mois.

Il existe des hontes qui ont du mal à sortir ou qui seront enterrées avec leur porteurs. Ceci, Monsieur Assouline, vous ne pouvez le comprendre. C'est comme tous nos appelés du contingent français qui ont fait la guerre d'Algérie. Personne ne parle. Ils ont honte. Qui a été déserteur comme par exemple le cinéaste alscien Straub, et comme une poignée d'autres? Sur place, c'était pour eux l'exécution et en France ce n'était que la prison, puis le front et s'ils n'étaient pas morts, la "corvée de bois"...

Par exemple à l'évacuation de l'Alsace, quand mon père avait fait ses EOS à Limoges, il s'est simplement fait renvoyer au pays après quelques mois par les gradés avec les autres "Ja-Ja", les alsaciens: ils leurs disaient que "la guerre était finie". Les alsaciens connaissaient déjà le camp d'extermination du Struthof en Alsace et les autres "centres" d'élimination des handicapés et des malades mentaux à proximité de Strasbourg et de l'autre côté du Rhin. Les alsaciens ont été abandonnés par les français (la politique de la Région perdue) et violés par les allemands. Ce crime des généraux sera-t-il jugé de part et d'autre?

Oui, le devoir de mémoire et du dévoilement du côté français, n'existe pas pour les crimes commis de 39, les massacres du 8 mai 1945 à Guelma et Sétif en Algérie (30.000 manifestants algériens), jusqu'à la fin de cette guerre d'Algérie. Je ne connais pas vos autres écrits et prises de position, mais je trouve que vous êtes porteur vous aussi de l'Arrogance française. Là je vous vise directement, Monsieur Assouline, sans ambages.

Mon père a travaillé pendant la guerre à Marseille pour le Deuxième Bureau et pour le MI5 (anglais), il pourrait en raconter sur les FFI et autres résistants qui ont collaboré et tué pendant toute la guerre et qui se sont vite blanchi vers la fin. Günter Grass à côté ce n'était qu'un ado, ayant succombé à la peur panique de l'effondrement total d'un pays et à la propagande et à la compromission universelle.

Mon père ne raconte rien, il n'écrit pas ses mémoires. Il ne demande même pas au WAST à Berlin son carnet militaire. Mon père a déserté de l'armée allemande, a été hébergé par un Marseillais, il a été reconnu comme tel par les autorités françaises, il a obtenu sa Médaille du Réfractaire, et pourtant il ne demande pas à Berlin son carnet militaire. Pourquoi? "On ne sait jamais s'ils reviennent", me dit-il, "et en Alsace, depuis 1870, on ne sait jamais encore plus". Pour l'Allemagne, mon père est à plusieurs titres un criminel de guerre, pour sa désertion et pour son travail de renseignements pour le Deuxième Bureau et le MI5. Il pourrait être fier, il n'a pas de stratégie de dévoilement.

Monsieur Assouline, je vous invite à militer pour rempacer la fête du 8 mai, par celle du 9 mai, celle de l'Europe.

Rédigé par: Thomas Rudolf | 25 août 06 09:29:16